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Comprendre le Ma'hatsite Hachékèl (le demi-sicle)

Lundi 26 Février 2018 | 17h21   Vue : 6615 fois
 
 
 
 

Le Ma’hatsite Hachékèl (Le demi-sicle)


L’époque du Temple

Demi Shekel en argent de l'époque de Bar Kokhba. Années 66 / 70 de l'ère vulgaire


Au temps du Temple, tout Juif devait donner chaque année un demi-sicle (ou demi « Chékèl ») pour prendre part à l'achat des sacrifices. On lit le dernier Chabbate du mois de Chévate la Parachate Chékalim, afin de rappeler au public cette obligation, dont il fallait s'acquitter avant Roch 'Hodèch Nissane.

Le Minhag de nos jours est, ainsi que le rapporte le Rama (Ora'h 'Haïm. 694), d'offrir avant Pourim une demi pièce, ou plusieurs pièces de la monnaie courante, en souvenir de la Mitsva qui avait cours dans le temps. Cette habitude a été acceptée également par les Séfaradim (cf. Kaf Ha'haïm, Kitsour Choul'hane 'Aroukh de Rabbi Réfaèl Baroukh Tolédano, etc.).


Quel montant faut-il donner ?


Le Rama (id.), qui rapporte ce Minhag, cite deux avis :

Le premier est celui du Maharil (Hilkhote Pourim), qui demande de donner une pièce ayant la valeur d'un demi-sicle de l'époque (nous verrons plus loin comment on en fait le compte), et de plus trois pièces considérées de nos jours et dans notre région comme étant des demies pièces de la monnaie courante.

Le second avis est celui du Mordékhaï (Méguila 777), qui considère qu'il suffit d'offrir trois demies pièces de la monnaie locale (à condition qu'il s'agisse tout de même d'une pièce importante).


Le Michna Béroura ( chap.694, Biour Halakha) conseille à qui en a la possibilité d'offrir une pièce de la valeur d'antan d'un demi-sicle d'argent, et trois pièces de monnaie d'un demi comme le Maharil.

On a pris l'habitude, comme le second avis, de donner trois demies pièces de la monnaie du pays dans lequel on réside : en Chékèl, en euros ou en dollars.

Cet avis est souvent suivi dans les communautés Achkénaze

Comment définie-t-on de nos jours la valeur de ces demi-sicles ?
Selon le Rambam (Hilkhote Chékalim chap. 1), le Chékèl de la Tora équivaut à 348 « Sé'orote », qui font trois « Dirham », le tout nous amenant à 9,6 gr d'argent pur. Actuellement, 100 gr d'argent valent en Israël 286 Chékèl, donc 9,6 gr correspondent à 27,50 Chékèl.


Actuellement (26/02/2018), le gramme d'argent pur vaut 0,43 euros, donc 9,6 gr d'argent correspondent à peu près à 4,13 euros. soit 18 Shekel.

Sur cette base, le grand rabbin d'Irael, le rav Ithak Ovadia à estimé qu'il convenait de donner pour l’année 5778 (2018) une somme de 20 shékels par personne.


A défaut de pièces on peut également donner des billets, voire des chèques (dans le cas du rachat du premier-né, les billets sont également acceptés -Na'hal Its'hak 66).

On ne pourra pas utiliser de la monnaie d'un autre pays, sauf si c'est une monnaie qui est acceptée partout ailleurs (Halikhote Chélomo - Pourim ): il faut vérifier si des pièces de dollars ou d'euros sont acceptées sur le marché en Israël par exemple. En revanche, il est certain que des « Chékalim » ne sont pas utilisables à l'étranger.

Pour faire simple, celui qui donnerait 4,5 euros en France ou 20 Shekel en Israël, serait quitte de la Mistva de donner "En souvenir du Ma’hatsite Hachékèl" (Zékher LéMa’hatsite Hachékèl). Ce minhag est suivi dans les communautés Séfarad.

On a pris l'habitude, dans les communautés Achkénaze de donner trois demies pièces de la monnaie du pays dans lequel on réside : en Chékèl, en euros ou en dollars.


A qui incombe-t-il de donner ce demi-sicle ?


Est tenu de participer à cette Mitsva toute personne ayant atteint l'âge de vingt ans. D'autres sont d'avis que c'est à partir de l'âge de la Bar Mitsva qu'il faut y participer (Rama). Le Minhag est toutefois de donner même pour des enfants mineurs, voire pour une femme enceinte en faveur de son bébé (Michna Béroura alinéa 5), sans parler du fait que toute femme y participe pour son propre compte (Kaf Ha'haïm alinéa 27.

Il faut dire que du temps du Temple, ce n’est qu'aux hommes qu'il incombait de donner leur participation sous la forme de ces demi-sicles (même s'ils étaient pauvres), et non les femmes ou les enfants. Toutefois ces derniers pouvaient y participer.

Un père qui a commencé à donner le demi-sicle pour un enfant mineur ne peut plus cesser de le faire, et devra continuer les années suivantes (Michna Béroura alinéa 5), sauf s'il a pris la précaution de le faire « Béli Nédèr », c'est-à-dire sans prendre sur lui d'agir toujours ainsi.


Que fait-on de l'argent ?


Cet argent est destiné à la Tsédaka, et de préférence à des « Talmidé 'Hakhamim » dans le besoin. C’est généralement le cas des centres d'étude ou des Yéchivote (Mahari Faladji - Roua'h 'Haïm 694).
Certains ajoutent qu'il est bon d'envoyer cet argent aux pauvres vivants en Érèts Israël, puisqu'à l'époque, les demi-sicles de tous les habitants devaient être envoyés à Jérusalem pour les besoins du Temple (Maharil et Yossèf Omèts 1089).
A défaut de pauvres, il est possible de destiner cet argent à l'entretien de la synagogue (Kaf Ha'haïm 22).



A quel moment donner?


Le Maharil affirme qu’il faut le donner à Min'ha de la veille de Pourim (Ta'anite Ésthèr), par contre, le Minhag à Jérusalem est de le faire après l'office (Loua'h Érèts Israël).
D'autres préfèrent le donner avant la lecture de la Méguila le soir (Kitsour Choul'hane 'Aroukh 141,5).
Le Kaf Ha'haïm apporte comme raison, le fait que le jour de jeûne d'avant Pourim, venant aider à expier nos fautes, il est bon de donner alors cet argent pour la Tsédaka.


En conséquence, à Jérusalem où on lit la Méguila le 15 adar, il vaut mieux donner cet argent le jour du jeûne au moment de la prière de l'après-midi.
Ceux qui ont pour habitude de donner cet argent avant la lecture de la Méguila ne tiendront pas compte de cet avis et le donneront le soir du 14 ou celui du 15.


Il faut faire attention à bien dire, quand on transmet cet argent, que ce n'est fait qu'en souvenir (« Zékhèr ») du demi-sicle et non point que l'on donne effectivement un demi-sicle pour les sacrifices, car dans un tel cas l'argent risque d'être frappé de la sainteté inhérente aux sacrifices et d'être interdit à l'utilisation!
On ferait donc faire une faute grave aux personnes qui reçoivent cet argent (Loua'h Érèts Israël).



Il ne faut pas donner ces demi-sicles de l'argent de « Ma'assèr » (le prélèvement de dix pour cent des bénéfices que l'on doit donner à la Tsédaka) que l'on doit (Eliyahou Rabba 686,4).

Si toutefois cette personne veut donner une grande somme, la partie qui dépasse la valeur d'un demi-sicle peut être considérée comme faisant partie du « Késsèf Ma'assèr » (argent de la dîme).

Le Yalkoute Chim'oni (Ki Tissa) rapporte au nom de Rabbi Yéhouda, que du fait que les enfants d'Israël ont fauté en faisant le Veau d'Or à la sixième heure,
ils devront donner le demi-sicle valant six « Garmissim » (une pièce ayant cours à l’époque) - ce qui est peut-être la raison pour laquelle certaines habitudes veulent que le demi-sicle soit donné après Min'ha, que l'on prie à partir de la sixième heure.
Rabbi Yéhouda bar Na'hmani admet, au nom de Rabbi Yo'hanane ben Zakaï, que leur faute ayant été de transgresser les Dix Commandements, on donnera dix « Guéra », qui équivalent au demi-sicle. Il ressort en tout cas de ce texte que cette Mitsva du demi-sicle a pour caractère d'amener l'expiation des fautes.


A l'époque du Temple, le jour de Roch 'Hodèch Adar on rappelait cette obligation de donner le demi-sicle. Le 15 du mois, on faisait un rappel général, et le 25, les percepteurs commençaient à siéger. Après cela, on forçait toute personne qui n'avait pas encore accompli son devoir de s'exécuter. En cas extrême, on effectuait des saisies sur les biens des récalcitrants. Les gages étaient conservés jusqu'au paiement (Rambam Hilkhote. Chékalim, chap.1,9). C'est peut-être la raison pour laquelle on donne de nos jours le demi-sicle déjà avant Pourim, afin de montrer que nous n'attendons pas que l'on nous somme de nous exécuter, mais le faisons même avant l'échéance du 15 Adar!

Nous rappelons donc, avant la fête de Pourim, le souvenir de cette Mitsva qui était, entre autres, à l'origine de notre délivrance.






   


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