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Sciences et Talmud: Seconde Partie

Dimanche 9 Novembre 2008 | 11h10   Vue : 7141 fois
 
 
 
 




Quelle est l'attitude des talmudistes vis-à-vis du phénomène de la sorcellerie ? Elle se résume en trois termes indiqués dans notre texte : apprendre, comprendre, légiférer.

On ne préconise pas vis-à-vis de la sorcellerie une attitude de rejet systématique et a priori. La lutte contre la sorcellerie passe par la connaissance approfondie de ses manifestations, par la distinction minutieuse entre ce qui est connaissance vraie et ce qui est mystification, enfin éventuellement par l'utilisation de moyens juridiques appropriés pour son élimination. Ce point sera éclairé sous un autre jour ultérieurement.


La deuxième perversion de la vérité signalée par notre texte est l'idolâtrie. Il ne s'agit pas ici de l'idolâtrie en tant que pratique mais en tant que conception. La doctrine essentiellement visée par le texte est le dualisme qui était répandu en Babylonie où enseignait Rav mais ce n'est là qu'un exemple.

D'une manière générale, vis-à-vis de toute idéologie dont les principes sont en contradiction nette avec ceux de la pensée juive, les Sages du Talmud et leurs successeurs adoptent une attitude de rejet. Commentant notre texte, Rachi énonce : Même apprendre un enseignement de la Tora de la bouche d'un idolâtre est interdit.

Ce principe dévoile tout d'abord une méfiance à l'égard de la séduction que peuvent exercer toutes sortes de personnalités dotées d'un pouvoir charismatique. Mais cela signifie aussi le refus du syncrétisme. Que le judaïsme puisse se développer en intégrant en son sein des idées puisées dans des idéologies ou des religions étrangères est une conception absente de la littérature traditionnelle. Il est possible que des spécialistes de l'histoire des idées montrent que dans tel ou tel cas des doctrines extérieures ont influé sur le développement de la pensée juive. Mais il ne peut s'agir que d'un cas d'exception, d'une sorte d'effraction. Cela est contraire à la volonté explicitement formulée et constamment rappelée par les autorités traditionnelles de s'opposer à l'intrusion d'idéologies extérieures au sein du judaïsme. Alors que vis-à-vis de la sorcellerie, les Sages préconisent une attitude de connaissance et d'analyse, au contraire dans le domaine idéologique et religieux, ils penchent nettement pour un rejet systématique.


On peut ajouter deux remarques à ce sujet. La première est que les considérations qui précèdent ne s'appliquent pas à la philosophie. L'attitude de la tradition juive envers la philosophie se caractérise par son ambiguïté.

Tantôt l'étude de la philosophie est condamnée, tantôt elle est prônée. En fait, on peut montrer que l'ambiguïté de la position des Sages envers la philosophie provient de l'ambiguïté de la nature de la philosophie elle-même. Est-elle constituée par une recherche de vérités objectives, démontrables ou vérifiables ? Ou, au contraire, est-elle inévitablement entachée d'idéologie et d'affirmations dogmatiques échappant par nature à tout examen possible ?

C'est ce caractère équivoque de la philosophie qui a empêché les Sages de prendre une position nette à son sujet. Deuxième remarque : l'attitude négative de notre tradition envers les idéologies étrangères est essentiellement à usage interne. Que objectivement, ces idéologies aient une part, même dans leurs erreurs, au progrès de l'humanité, n'est pas nié. L'expérimentation de l'erreur et son rejet progressif constituent une voie d'accès possible vers la vérité. Ce thème a en particulier été développé par Juda Halévy dans son ouvrage le Kuzari.

Venons en maintenant à la deuxième partie de cette étude : comment la tradition juive perçoit-elle sa relation avec la science ? Comment se situe-t-elle par rapport à elle ? Nous avons déjà observé qu'un même terme, le terme 'Hokhma, englobe simultanément la vérité qui se révèle dans la Tora et ses développements et celle qui apparaît dans les sciences. Autrement dit, pour la tradition juive, la Tora et la science sont deux modalités ou deux domaines relevant d'un horizon commun, l'horizon de la connaissance.

La distinction faite habituellement entre le domaine de la foi et des croyances d'un côté, le domaine des connaissances rationnelles de l'autre, cette opposition est étrangère à la manière dont la tradition juive se pense elle-même. Pour elle, Tora et science sont deux domaines appartenant à un même plan, celui du dévoilement de la vérité. Cette manière de voir se confirme encore avec l'expression 'Hokhmote 'Hitsoniote (sciences extérieures) par laquelle on désigne couramment les sciences en général, à l'exclusion de la connaissance de la Tora.


Le Maharal
Mais à l'intérieur de leur horizon commun, la Tora et la science sont-elles des voies parallèles et d'égale importance ou bien au contraire sont-elles hiérarchisées ?

Un texte du traité Avote (III, 18) éclaire ce problème : Rabbi Eli'ézèr Bèn 'Hassma dit : " Les nids et les débuts de l'impureté sont dans le corps même de la loi ; l'astronomie et la géométrie sont les périphériques de la 'Hokhma" (La traduction du mot Guématriote par géométrie est donnée par le Maharal de Prague dans son ouvrage le Chemin de la vie (Dérèkh 'Haïm) ; les lignes qui suivent s'inspirent largement de son commentaire).

D'abord quelques remarques sur ce texte. Le terme de "nids" est générique : il désigne l'ensemble des lois concernant les sacrifices d'oiseaux qu'une femme apportait au temple après un accouchement. L'expression "les débuts de l'impureté" est également générique. Elle renvoie à l'ensemble, très complexe à l'époque, des lois concernant le calcul des périodes de pureté et d'impureté de la femme. Enfin le mot hébreu "Parparaote" que j'ai rendu par "périphériques" a pour sens concret, soit le dessert d'un repas, soit l'apéritif qui le précède. Il provient effectivement du mot grec qui a donné en français le mot périphérique.


Les nids et les débuts de l'impureté constituent dans l'esprit des talmudistes l'exemple type de lois très sophistiquées, soulevant de nombreux problèmes, mais éloignées dans leur acception première des principes moraux universels.

Un texte Notre texte leur oppose l'astronomie et la géométrie, sciences prestigieuses, exactes, universellement respectées. Ainsi, les aspects les plus bizarres de la loi de la Tora sont mis en regard des aspects les plus brillants des sciences extérieures. La relation que le texte établit entre ces deux domaines est précise : la loi constitue la partie centrale de la 'Hokhma; l'astronomie et la géométrie en sont la partie périphérique, l'apéritif ou le dessert, au choix.

Pourquoi cette hiérarchie ? Comme nous l'avons vu précédemment, elle n'est pas fondée sur une différence dans le degré de vérité auquel parviennent respectivement la Tora et la science. Elle n'est pas non plus fondée sur une considération de théologie dogmatique : la Tora serait obtenue par révélation prophétique, tandis que la science résulterait de l'effort de la seule raison humaine. Là n'est pas l'essentiel du problème.


Ce qui distingue la Tora de la science, c'est le contenu. La Tora a pour objet premier de définir ce que doit être le comportement humain.

Autrement dit, elle se conçoit comme science de l'homme en tant qu'homme, ce qui pour elle signifie tout à la fois libre, conscient, responsable, soumis à des obligations encadrant le faisceau des liaisons multiples dans lesquelles il est inséré. Toutes les relations que l'homme entretient, relations avec autrui en premier lieu, mais aussi avec la nature, avec soi-même, toutes les aspirations de l'homme à la valeur, à la perfection, à la transcendance, y sont considérées, analysées et jugées. Recherche que l'on peut à bon droit qualifier d'infinie aboutissant à la Halakha, à la loi, juste règle d'action ou de comportement. Recherche jamais achevée, toujours approfondie ou complétée à mesure qu'apparaissent dans l'histoire de nouvelles situations ou de nouvelles relations.


En d'autres termes, la Tora vise à répondre à la question : qui est l'homme ? Mais non pas l'homme en tant que substance ou en tant qu'objet dont on détaillerait les propriétés. Il ne s'agit pas de répondre à la question "qu'est l'homme ?", mais bien à la question "qui est l'homme ?", en tant que sujet, en tant que personne.

Il résulte immédiatement de cette définition que la Tora s'adresse à la fois à la volonté de l'homme et à sa pensée (Orote Hakodech), que son contenu se présente d'emblée et d'une manière indiscernable comme connaissance et comme norme, car dans la réponse à la question "qui est l'homme ?", il est impossible de distinguer ce qui est et ce qui doit ou devra être.

L'idéal et l'avenir, le projet à réaliser et l'être qu'il faut engendrer, font autant partie de la définition de l'homme que son passé et l'identité déjà constituée. Or les sciences extérieures scrutent chacune un contenu particulier, un aspect de la réalité, et visent à répondre à la question "qu'y a-t-il ?", "qu'est-ce ?". Non plus à la question "qui ?" mais à la question "quoi ?" Qu'il s'agisse des sciences de la nature physique ou biologique, des sciences sociales ou même des sciences de l'esprit, telles la psychologie ou la psychanalyse, chacune, avec son approche et dans son domaine, vise à décrire et comprendre un aspect particulier de la réalité objective.

Elles ne sauraient atteindre l'étude de l'homme en tant qu'homme, en tant que personne, en tant qu'être moral en donnant à cette expression l'acception la plus large. Le domaine ainsi exploré transcende tous les autres, même ceux auxquels il est le plus directement lié, tels la politique, l'économie etc.


Pour mieux expliciter cette distinction, prenons un exemple. Il est bien connu que l'un des dix commandements reçus au Sinaï est l'interdit de l'assassinat (Lo Tirtsa'h). La nécessité d'un tel interdit fait partie des évidences premières.

Une société dans laquelle l'assassinat serait autorisé ne pourrait subsister, sa légalisation étant parfaitement incompatible avec toute vie politique et toute organisation économique. Mais est-ce là la signification intrinsèque de cet interdit ? On se convainc vite qu'il ne s'agit là que de considérations pratiques, quasiment techniques, qui ne justifieraient pas la présence de l'interdit au sein d'une révélation. Son fondement véritable réside en l'humanité même de l'homme, laquelle implique par définition reconnaissance et respect de l'autre homme en tant que tel et donc en premier lieu conscience de la valeur de sa vie et de son unicité.

Chaque commandement, interdiction ou obligation, a cette double nature à des degrés divers, est nécessaire ou souhaitable en vertu de considérations pragmatiques d'un côté, est fondé sur tel ou tel aspect de l'humanité de l'homme de l'autre.


L'homme a aussi une histoire et cela est spécialement vrai du Juif pour qui l'histoire tend paradoxalement à se faire immémoriale. Que faut-il en assumer, en rappeler, en réactualiser ? A chaque génération, chacun doit considérer que c'est lui-même qui est sorti d'Egypte (Péssa'him, 116b).

La multiplicité et l'enchevêtrement des problèmes posés deviennent parfois vertigineux et aucun effort individuel ne pourrait suffire pour les délimiter et à plus forte raison les résoudre. Ce travail ne peut être effectué que par une collectivité se vouant à sa tâche avec acharnement, héritant des conclusions du passé, les approfondissant et transmettant les nouveaux résultats aux générations ultérieures. Le caractère central attribué à la Tora ne réside pas dans des caractéristiques formelles mais dans la conception que la tradition a de son propre contenu. La Tora est la science du qui, les autres sciences étant celles du quoi.

Cela étant établi, une question importante se pose : la connaissance des sciences extérieures est-elle utile, voire nécessaire, à l'approfondissement de la Tora elle-même ? Cette question a deux aspects, l'un technique ou pédagogique, l'autre théorique.







   


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