Thèmes Tikoun Hatzot

À savoir
Tikoun Hatzot : la prière de minuit pour la destruction du Temple
Le Tikoun Hatzot est un recueil de lamentations et de prières récitées à minuit, dont le contenu exprime le deuil et la douleur liés à la destruction du Beit Hamikdach (Temple de Jérusalem). Son nom même indique le moment prescrit par la Halakha pour son accomplissement : après le milieu de la nuit, « 'hatzot ».
Origine et fondement halakhique
Nos Sages (Hazal) enseignent qu'il est juste pour chaque Juif de ressentir en permanence la peine de la destruction du Temple. La base scripturaire de cette obligation se trouve dans le verset des Tehilim : « Si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite m'oublie... si je ne place pas Jérusalem au sommet de ma joie. » De ce verset, les décisionnaires ont déduit l'obligation de réserver un moment particulier au souvenir du 'Hourban, à l'image du Tikoun Hatzot, ou encore de la coutume de briser un verre lors des mariages en souvenir de la destruction de Jérusalem.
L'établissement du rite par le Ari Zal
Initialement, les communautés séfarades ajoutaient des lamentations sur la destruction uniquement durant les trois semaines de deuil (les Shalosh D'Puranova), entre le dix-sept Tamouz et Tisha BeAv. C'est le Ari Zal (Rabbi Its'hak Louria) qui abolit les pratiques de deuil du Chabbat et institua en contrepartie la récitation quotidienne du Tikoun Hatzot, lui donnant ainsi sa forme universelle actuelle.
Le déroulement du Tikoun Hatzot
Le Tikoun Hatzot peut être accompli seul, sans minian. À minuit, on s'assoit à terre et on retire ses chaussures, en signe de deuil. La prière se divise en deux parties :
Tikoun Ra'hel : c'est la première partie, axée sur les pleurs et la peine liés à la destruction. Elle comprend le Viddouï (confession), le Psaume 137 (« Al Naharot Bavel »), le Psaume 79 (« Mizmor LeAssaf »), le chapitre 5 de la Méguila Eikha, ainsi que les lamentations d'Isaïe sur la destruction. Cette partie est omise le Chabbat, les fêtes et Roch 'Hodech.
Tikoun Léa : c'est la seconde partie, dédiée aux Tehilim en vue de la reconstruction du Temple. Elle est récitée en toutes circonstances.
Signification spirituelle
Selon le Tour (Orah 'Haïm, siman 1), la prière récitée aux heures où la garde céleste change — au tiers de la nuit, aux deux tiers et à la fin — est particulièrement agréée et proche d'être exaucée, car c'est à ces moments que Hachem évoque la destruction du Temple et la dispersion d'Israël parmi les nations. Le Tikoun Hatzot s'inscrit donc dans une démarche de deuil actif et d'aspiration à la Guéoula (rédemption) et à la reconstruction du Beit Hamikdach.
Pratique selon les traditions
Si le Tikoun Hatzot est davantage répandu parmi les personnes très attachées à la Kabbale et au mouvement 'hassidique, il reste une pratique recommandée dans l'ensemble du monde juif orthodoxe, séfarade comme achkénaze. Le soir de Tisha BeAv, certains ont la coutume de réciter uniquement le Tikoun Ra'hel, accentuant ainsi le caractère de deuil propre à cette journée de lamentation collective.
Lois de Tikoun Hatzot : questions-réponses pratiques
La nuit de Ticha Béav, on ne récite que Tikoun Rahel et non Tikoun Léa, car il est interdit d'étudier la Torah ce jour-là. Toutefois, Tikoun Rahel est récité car il traite de la destruction.
Si une partie de l'assemblée souhaite réciter le Tikoun Hatsot, il leur est permis de le faire en public, sans qu'il y ait à craindre un comportement ostentatoire. Il est préférable qu'ils le récitent ensemble dans la synagogue, et non dans une pièce annexe, car la synagogue est plus sacrée et il y a davantage d'honneur à Hachem lorsque la foule est réunie.
Même un talmid hakham apte à enseigner doit réciter le Tikoun Hatsot, en particulier pendant la période de ben hametsarim. Toutefois, il ne doit pas s'attarder en ajoutant des lamentations ou autres, mais se limiter au texte établi par Rabbénou HaAri, sans aucune addition, puis reprendre l'étude de la Torah. Il convient d'agir ainsi. Par ailleurs, tout talmid hakham doit multiplier l'étude du Chass et des poskim, et ne pas trop s'adonner à la lecture des Tehilim. Ainsi, si l'on a pris l'habitude d'organiser une "journée de jeûne de la parole" consacrée à la lecture des Tehilim, les avrekhim et les élèves de yéchiva ne doivent pas interrompre leur programme habituel d'étude de la Guemara et des poskim pour lire les Tehilim, car il n'y a rien de plus grand que l'étude du Chass et des poskim, chacun selon ses capacités et la profondeur de son analyse.
Il est préférable de réciter le Tikoun Hatsot, même si cela risque d'entraîner qu'en restant éveillé jusqu'à minuit, on ne pourra pas se lever pour la prière de vatikin. A plus forte raison, durant le mois de Eloul, il faut privilégier le Tikoun Hatsot plutôt que la récitation des selihot, lorsqu'il n'est pas possible de faire les deux.
A priori, il est bon de dire le Tikoun Léa avant l'aube. Toutefois, il est permis de dire le Tikoun Léa même après l'aube, car il ne s'agit que de psaumes. Mais il est interdit de dire le Tikoun Rahel après l'aube.
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