Ce dossier vise à démontrer que l'obstination de la République islamique d'Iran n'est pas une anomalie politique, mais le fruit d'une rationalité alternative profondément ancrée dans l'idéologie islamo-coranique. Là où l'Occident, par héritage des Lumières, analyse les rapports de force à travers le prisme de la survie matérielle et du compromis diplomatique, Téhéran opère dans une dimension où la vérité divine supplante la réalité tangible.
L'erreur fondamentale des chancelleries occidentales est de lire l'Iran avec la loupe de la raison profane. En évacuant le sacré de leurs calculs, elles ne voient qu'un régime en quête de puissance, là où se joue en réalité une mission métaphysique. Pour cet Iran conquérant et agressif, le triomphe de la foi l'emporte sur toute perte humaine ou économique.
L'Islam face à la raison : la perspective de Rav Sa'adia Gaone
Dès le IXe siècle, Rav Sa'adia Gaone, dans son œuvre magistrale Emounote VéDé’ot (Croyances et Opinions), fut l'un des premiers à se confronter à l'Islam conquérant. Bien qu'il reconnaisse à l'Islam une forme de monothéisme, il souligne une faille fondamentale, la substitution de la révélation par une volonté de puissance qui s'affranchit des preuves logiques antérieures.
Pour le Rav Sa'adia Gaone, l'Islam se définit par le concept de "Naskh" (abrogation). Le Naskh est cette doctrine islamique selon laquelle une révélation tardive peut annuler ou remplacer une loi divine précédente. Pour le Rav, cette capacité à changer la règle au nom d'une volonté divine immédiate rend le dialogue rationnel avec l'Occident (héritier de la permanence des lois) quasi impossible. L'Islam ne cherche pas à négocier une vérité, il cherche à l'imposer comme l'ultime étape de l'histoire humaine.
Le rapport entre la temporalité contre l'éternité
Si la mort, pour les islamistes, ne constitue pas un problème, c'est précisément en raison de cette dimension islamiste où l'éternité vaut plus que la temporalité de ce monde.
La temporalité désigne ici le caractère limité et passager de l'existence terrestre par opposition à l'éternité religieuse. Dès lors, Khomeiny ne peut être impressionné par l'armada américaine. Sa guerre devient ontologique et, peu importe ses résultats, il a le devoir religieux de la mener.
Le chiisme, avec son culte du martyre et son attente messianique de l'Imam caché, pousse cette logique à l'extrême.
Pour le Chiisme radical, la raison (Aql) n'est pas un outil de libération individuelle (comme en Occident), mais un moyen sophistiqué de servir une vérité préétablie.
Ce que l'Occident perçoit comme une folie psychotique de ces Ayatollahs, est de leur point de vue, une transcendance. Pour eux, utiliser son génie pour construire des missiles ou des centrales nucléaires afin de hâter le retour de l'Imam caché est le sommet de la logique, car le monde matériel n'est qu'un voile temporaire.
Comme l'explique le Pirké De-Rabbi Eliezer (Chapitre 30) à propos de l'exil d'Ishmaël, le nom même d'Ishmaël (D-ieu entendra) suggère que vers la fin des temps, les cris et les souffrances causés par ce fils de l'Orient seront tels que D-ieu devra entendre.
Dans la pensée kabbalistique, l'Islam est souvent associé à une bonté dévoyée, un zèle fanatique ('Héssed DéKlipa). La Klipa, littéralement écorce, désigne dans la pensée juive les forces qui occultent la lumière divine et créent le mal par excès ou manque.
C'est ce que le Rav Moché Shapira soulignait en expliquant que l'ennemi d'Israël à la fin des temps n'est pas celui qui nie D-ieu (comme l'Occident laïc), mais celui qui prétend agir au nom de D-ieu avec une cruauté absolue.
L'enjeu de l'action américaine
L'Occident, en faisant abstraction de cette dimension religieuse, ne peut gérer que le temps mesurable. L'Iran ne cédera pas, jamais. Les Juifs connaissent cette détermination de l'ennemi impitoyable.
C'est ici que l'action des États-Unis devient cruciale. Ce qui effraie le plus Trump c'est de ne pas finir comme Obama, et donc une confrontation directe devrait être inévitable.
Le danger d'une attaque limitée est immense et dans la psychologie orientale telle qu'analysée par le Rambam (Maïmonide) dans son "Épître aux Juifs du Yémen", la faiblesse ou l'hésitation face à Ishmaël est interprétée comme une invitation à une agression plus grande encore. Le Rambam y explique que plus on cherche la paix avec eux de manière servile, plus ils nous provoquent.
Une frappe limitée serait donc la pire des solutions. Elle validerait la thèse iranienne de la faiblesse occidentale tout en laissant intacte leur capacité de nuisance, empêchant Israël d'atteindre son objectif de survie à long terme. Face à cette rationalité de l'abîme, l'approche purement diplomatique ou proportionnée est un leurre.
Pourtant, c'est précisément là que réside la force singulière d'Israël. Contrairement à l'Occident qui ne gère que le temps mesurable et à l'Islam radical qui s'égare dans un temps apocalyptique, le peuple juif est le gardien du temps de l'Éternité (Nétsa'h Israël).
C'est cette capacité d'endurance infinie qui surpasse les cycles de l'histoire. La survie d'Israël n'est pas une question de probabilité politique, mais une promesse historique immuable. Le peuple juif, par sa simple existence et sa capacité à reconstruire sur les ruines, prouve que la vie et la morale l'emporteront toujours sur le culte de la mort.
