Donald Trump : réflexion sur la justice divine et sa rétribution

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Donald Trump lors d'une interview accordée à Oprah Winfrey, en 1988

Cette histoire date de 1988, bien avant que Donald Trump, alors âgé de 42 ans, ne soit une figure politique connue.

Tout commence par la détresse d'une famille juive orthodoxe de New York. Le petit Andrew Ten, âgé de seulement trois ans, souffre d'une maladie pulmonaire rare et grave. Après des examens à Los Angeles, son état nécessite un transfert d'urgence vers le Schneider Children's Hospital à Long Island, New York, pour des soins spécialisés. (source : Jewish Telegraphic Agency, 20 juillet 1988)

Le problème est de taille : Andrew ne peut pas voyager sans un équipement médical lourd, incluant des moniteurs de signes vitaux, des pompes à perfusion et des réservoirs d'oxygène volumineux et une seringue d’adrénaline en cas d’urgence.

Le refus des compagnies aériennes

Le père d'Andrew, le Rabbin Harold Ten, contacte plusieurs compagnies aériennes commerciales. Toutes refusent catégoriquement de transporter l'enfant. Les protocoles de sécurité et l'encombrement de l'équipement médical nécessaire au maintien de la vie d'Andrew sont jugés incompatibles avec les vols de ligne réguliers.

Face à l'urgence, Harold Ten tente le tout pour le tout. Sans le connaître personnellement, il contacte le bureau de Donald Trump à New York pour demander de l'aide. À sa grande surprise, la réponse est immédiate :

"Trump a accepté immédiatement, sans hésiter"

Donald Trump donne l'ordre d'affréter son propre avion privé, un Boeing 727, pour effectuer le trajet Los Angeles-New York. Il prend à sa charge l'intégralité des frais du vol, d'une valeur estimée à plusieurs dizaines de milliers de dollars à l'époque.

Le vol de la survie

Le 20 juillet 1988, l'appareil se pose à l'aéroport LaGuardia. À bord se trouvent Andrew, ses parents et une équipe de trois infirmières. À sa descente d'avion, le Rabbin Ten déclare à la presse :

"Monsieur Trump est un homme bon. Il a lui-même trois enfants et il sait ce que signifie être parent et faire face à des difficultés avec ses enfants."

Il a ajouté que, sans cette intervention, son fils n’aurait probablement pas survécu au voyage. Il a ajouté que Donald Trump n’avait demandé aucune reconnaissance publique pour son geste.

Lorsqu'on a demandé à Donald Trump pourquoi il avait fait ce geste, il a simplement répondu par l'intermédiaire de son porte-parole :

"Il a fait cela parce que c'était la chose à faire."

L'opération a réussie mais malheureusement Andrew est décédé en 1998, dix ans après ce voyage. En sa mémoire, ses parents ont parrainé un camp pour jeunes et adultes avec besoins spéciaux au sein d’un organisme social juif à Los Angeles. Ce geste est resté gravé dans les mémoires comme un exemple concret de solidarité humaine.

Connaissant le devenir de Trump dans les années qui ont suivi, cette histoire suscite une réflexion sous l'angle de la pensée juive classique quant à la rétribution divine de la Mitsva, selon laquelle aucune bonne action n’est perdue, même si la récompense peut être invisible ou différée.

Le 13 juillet 2024, soit 36 ans plus tard, Donald Trump échappa miraculeusement à une tentative d'assassinat lors d'un rassemblement politique en Pennsylvanie (États-Unis). On ne peut que s'interroger sur la relation de cause à effet.

Le Principe fondamental : aucune bonne action ne se perd

Le Saint, béni soit-Il, ne prive aucune créature de la récompense qui lui est due. (Midrash Sifré, Dévarim 307). אין הקדוש ברוך הוא מקפח שכר כל בריה

Pourtant Le Talmud (Kidouchine 39b) précise par ailleurs : 

"Il n'y a pas de récompense [complète] pour une Mitsva dans ce monde-ci."
שכר מצווה בהאי עלמא ליכא

Cette apparente contradiction suscite une multitude de questions quant au mode et à la forme de rétribution des actions d'un homme, juif ou non-juif, dans ce monde ci.

La Michna (Péah 1, 1) lève en partie le voile sur cette affirmation.

"Voici les choses dont l'homme consomme les fruits dans ce monde-ci, tandis que le capital lui reste acquis pour le monde futur : l'honneur dû aux parents, la pratique de la bienfaisance, … et l'étude de la Torah est équivalente à toutes ces choses."
אֵלּוּ דְבָרִים שֶׁאָדָם אוֹכֵל פֵּרוֹתֵיהֶם בָּעוֹלָם הַזֶּה וְהַקֶּרֶן קַיֶּמֶת לוֹ לָעוֹלָם הַבָּא... וְתַלְמוּד תּוֹרָה כְּנֶגֶד כֻּלָּם.

Il ressort clairement qu'il existe deux catégories de récompenses, l'une dans ce monde ci et l'autre dans le monde futur. La distinction entre la rétribution (le salaire) des Mitsvote dans ce monde-ci (בָּעוֹלָם הַזֶּה) et dans le monde futur (לָעוֹלָם הַבָּא) repose sur l'idée que le monde futur est le lieu de la récompense spirituelle pure, tandis que ce monde est celui de l'action.

Il est essentiel, à ce stade d'établir la différence qui régit la récompense entre un juif et un non-juif.

Le Statut du Juif : L'héritage d'une Alliance collective

Pour le Juif, l'accès au Monde Futur est considéré comme un "droit intrinsèque" parce qu'il fait partie d'un ensemble (le Peuple d'Israël) qui a scellé une alliance éternelle avec le créateur en acceptant Sa Torah et ses commandements au mont Sinaï, comme l'affirme la Michna (Sanhédrin 10, 1) :

"Tout Israël a une part au Monde Futur."
כָּל יִשְׂרָאֵל יֵשׁ לָהֶם חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא

 Le Maharal explique que lors du don de la Torah, l'âme juive a subi une transformation ontologique. En disant « Naassé VéNichma » (Nous ferons et nous entendrons), le peuple a lié son essence à la Torah, qui est elle-même l'essence du Monde Futur. Par conséquent, même si un Juif commet des fautes, il reste intrinsèquement lié à cette source. Sa part existe par définition, bien qu'il puisse en être privé temporairement s'il s'en coupe par ses actes.

Le Statut du Non-Juif : L'acquisition par l'Intention

Alors que les juifs sont astreints à respecter les 613 Mitsvote reçues au moment du don de la Torah, les non-juifs sont soumis au sept lois 7 lois noahides qui sont un ensemble d'impératifs moraux universels, destinés à toute l'humanité (les nations) pour assurer la justice et l'harmonie dans le monde. 

Elles incluent entre autres, l'interdiction de l'idolâtrie, du blasphème, du meurtre, du vol, de l'adultère. Le respect de ces lois permet aux non-juifs, appelés B'nei Noah (fils de Noé), d'être considérés comme des "justes parmi les nations" et leur octroie une place dans le monde futur.

Pour les nations, qui n'ont pas participé collectivement à cette alliance du Sinaï, mais au contraire l'on sciemment refusée, le Monde Futur n'est pas un héritage automatique, mais une acquisition personnelle qui passe par l'acceptation des 7 lois qui les concernent. C'est pourquoi l'intention (כוונה) devient le facteur déterminant. L'accès au monde futur est impérativement conditionnée à l'acceptation du joug divin, comme le précise le Rambam dans son (Mishné Torah, Lois sur les Rois 8:11) :

"Tout non-Juif qui observe les sept lois noahides a part au monde futur... Mais s'il les accomplit par déduction logique... il n'est pas considéré comme faisant partie des Pieux des nations."

Le salaire comme "Fruit" ou "Capital"

Le Maharal traite cette question de manière approfondie, notamment dans ses ouvrages Tiféret Israël et Nétsa'h Israël. Sa pensée repose sur la nature de l'acte.

Pour le non-juif : Les lois Noachides sont des lois intellectuelles et logiques. Elles servent à maintenir l'ordre du monde. Comme l'acte est rationnel et terrestre, sa conséquence est rationnelle et terrestre. La récompense se fera ici-bas pour ne pas laisser de "dette" envers quelqu'un qui n'a pas cherché à s'attacher à la dimension métaphysique de la Torah et ne bénéficiera donc pas du monde futur.

Mais, si un non-juif accomplit une Mitsva parce que D-ieu l'a ordonné (dimension de Hassid - Pieux), il crée un lien avec l'Ordonnateur. Alors le mot Mitsva prend son sens original de commandement de D-ieu.

Par contre, s'il ne le fait que parce que c'est "bien", que c'est une "bonne action",  (dimension de Hakham - Sage), il crée uniquement un lien avec la Création. Le Maharal souligne que D-ieu récompense chaque homme selon le niveau de réalité auquel il a choisi de s'attacher. 

En résumé, le non-juif reçoit un salaire immédiat car ses actions visent souvent à améliorer le monde présent. Le juif, ainsi que le non-juif pieux, reçoivent leur salaire principal dans le monde futur car leurs actions, qui visent à se lier à l'Infini, méritent une récompense tellement énorme qu'elle ne peut pas être contenu dans le monde d'ici bas qui est par définition limité.

C'est pour cela que le Talmud dit : 

"Aujourd'hui pour les accomplir [les Mitsvote], et demain [dans le monde futur] pour recevoir leur salaire" (Erouvin 22a).

Le "demain" n'est pas une punition d'attente, mais une nécessité technique : il faut changer de monde pour pouvoir "supporter" la lumière de la récompense.

 Le principe de "Mesure pour Mesure" dans ce monde-ci

 Ce principe fondamental est débattu dans le Talmud (Sota 9, 1)

 מידה שאדם מודד, בה מודדים לו
La mesure que l’homme applique aux autres lui est appliquée.

Ce principe stipule que la punition ou la récompense infligée à une personne correspond exactement à la nature de ses actes. Cette règle pourrait se traduire par la métaphore populaire : "on récolte ce que l’on sème". Elle reflète une conception de la justice divine, selon laquelle la récompense (pour le bien ou pour le mal) est le reflet direct du comportement envers autrui.   

Le lien direct avec Donald Trump

Comme nous l'avons rappelé, en 2024 Trump échappe à un attentat de façon tout à fait "miraculeuse". Sauvé à la dernière fraction de seconde d'une balle en route pour lui fracasser la tête, par un mouvement aussi brusque qu'inattendu. Juste une éraflure et un peu de sang pour témoigner de l'évènement.

Bien sûr, ce n'est qu'une hypothèse, mais impossible de ne pas faire le rapprochement avec la justice Divine.

Qu'il s'agisse d'un Juif ou d'un non-Juif pieux, l'acte de sauver une vie est une graine plantée pour l'avenir. Elle peut germer sous forme de miracle trente ans plus tard, car pour D-ieu, le temps n'est pas une barrière, mais un outil de déploiement de Sa justice.

Le geste désintéressé de 1988 envers le jeune Andrew Ten a créé un état appelant une contrepartie, qui s’inscrit parfaitement dans le principe de rétribution d'une action louable selon l'axiome de mesure pour mesure (מידה כנגד מידה).

La protection apparente au moment de l'attentat pourrait être interprétée, comme le "paiement" différé d’une bonne action passée.

Mais qui peut déchiffrer le plan du Créateur ? Si l'analogie entre le geste généreux de 1988 et la survie de 2024 frappe l'esprit par sa symétrie, elle ne doit rester, pour l'observateur, que la lecture humaine d'un manuscrit divin.

Car comme le développe le Ram'hal dans son Dérekh Hachem (Partie 2, Chapitre 3), la rétribution ne peut être comprise qu'à travers la connaissance de toutes les incarnations et de toutes les causes passées.

Nous ne "prouvons" pas le calcul de D-ieu, nous en soulignons la cohérence probable.