Le Ma'hatsite Hachékèl : combien, comment et quand donner

Cliquer pour écouter
Powered by UniversTorah
00:00 / 00:00


A l’époque du Temple 

Au temps du Temple, tout Juif devait donner chaque année un demi-sicle (ou demi « Shékèl ») pour prendre part à l'achat des sacrifices.

Le jour de Roch 'Hodèch Adar on rappelait cette obligation de donner le demi-sicle. Le 15 du mois, on faisait un rappel général, et le 25, les percepteurs commençaient à siéger. Après cela, on forçait toute personne qui n'avait pas encore accompli son devoir de s'exécuter.

En cas extrême, on effectuait des saisies sur les biens des récalcitrants. Les gages étaient conservés jusqu'au paiement (Rambam Hilkhote. Chékalim, chap.1,9). C'est peut-être la raison pour laquelle on donne de nos jours le demi-sicle déjà avant Pourim, afin de montrer que nous n'attendons pas que l'on nous somme de nous exécuter, mais le faisons même avant l'échéance du 15 Adar!

C'est pourquoi, on lit le dernier Chabbate du mois de Chévate la Parachate Chékalim, afin de rappeler au public cette obligation, dont il fallait s'acquitter avant Roch 'Hodèch Nissane. 


Quel montant faut-il donner ?

Le Minhag de nos jours pour les Ashkenazim est, selon le Rama, d'offrir avant Pourim une demi pièce, ou plusieurs pièces de la monnaie courante, en souvenir de la Mitsva qui avait cours dans le temps. Cette habitude a été acceptée également par certains Séfaradim (Kaf Ha'haïm, Kitsour Choul'hane 'Aroukh de Rabbi Réfaèl Baroukh Tolédano).

Le Rama (Ora'h 'Haïm. 694), qui rapporte ce Minhag, cite deux avis :

Le premier est celui du Maharil (Hilkhote Pourim), qui demande de donner une pièce ayant la valeur d'un demi-sicle de l'époque (nous verrons plus loin comment on en fait le compte), et de plus, trois pièces considérées de nos jours et dans notre région comme étant des demies pièces de la monnaie courante.

Le second avis est celui du Mordékhaï (Méguila 777), qui considère qu'il suffit d'offrir trois demies pièces de la monnaie locale (à condition qu'il s'agisse tout de même d'une pièce importante).

Le Minhag (l'habitude) s'est répandu, comme le second avis, de donner trois demies pièces de la monnaie du pays dans lequel on réside : en Chékèl, en euros ou en dollars. Cet avis est souvent suivi dans les communautés Achkénaze

Les Séfaradim, ont eux l'habitude de donner la valeur du Demi-sicle, soit l'équivalant de 9,6 grammes d'argent, comme nous le détaillerons plus bas.

Quelle est de nos jours la valeur de ce demi-sicle ?

Selon le Rambam (Hilkhote Chékalim chap. 1), le demi-Shékèl de la Tora équivaut à 348 "Sé'orote", qui font trois "Dirham", c'est à dire 9,6 grammes d'argent pur. 

Auparavant, on offrait donc une pièce commémorative d'un demi-sicle, correspondant à environ neuf grammes d'argent pur. Cette année, le cours de l'argent a connu une hausse exceptionnelle sur les marchés internationaux, triplant sa valeur par rapport à l'année dernière.

Dans la période actuelle, le cours de l'argent pur (999) est d'environ 9,5 shekels (ILS) par gramme TVA comprise.

Sur cette base, le Rav Itshak Yossef à estimé que la valeur du Demi-sicle pour l’année 5786 (2026) est de 86 shekels israéliens (ce qui correspond à environ 24 euros). 

Il a également écrit que la coutume veut qu'on donne un demi-sicle, (soit la somme de 86 shekels) pour chaque personne âgée de vingt ans et plus, et qu'il serait bon d'en donner aussi un pour chaque personne ayant atteint l'âge de la bar-mitsva et éventuellement meme pour les moins de treize ans.

Celui qui n'a pas les moyens de donner cette somme pour tous les membres de son foyer, pourra donner 86 shekel pour lui-même, et un shekel et demi par membre du foyer (ce qui correspond à trois pièces d'un demi shekel)  pour chacun des autres membres de sa famille.

Il a décrété que cette année particulièrement, la somme sera donnée à des œuvres de charité pour les pauvres et en priorité aux étudiants de Yéshiva ou de Kollelim nécessiteux, en particulier ceux qui ont été lésés par la décision des autorités de cesser de leur verser l'allocation habituelle.

A défaut de pièces on peut également donner des billets, voire des chèques (dans le cas du rachat du premier-né, les billets sont également acceptés (Na'hal Its'hak 66).

On ne pourra pas utiliser de la monnaie d'un autre pays, sauf si c'est une monnaie qui est acceptée partout ailleurs (Halikhote Chélomo - Pourim ): il faut vérifier si des pièces de dollars ou d'euros sont acceptées sur le marché en Israël par exemple. En revanche, il est certain que des « Shékalim » ne sont pas utilisables à l'étranger.


Pour faire simple:

Dans les communautés Séfarad, celui qui donnerait 24 euros en France ou 86 Shekel en Israël, serait quitte de la Mistva de donner "En souvenir du Ma’hatsite Hachékèl" (Zékher LéMa’hatsite Hachékèl). 

Dans les communautés Achkénaze, on a pris l'habitude, de donner trois demies pièces de la monnaie du pays dans lequel on réside : en Shekel, en euros ou en dollars.

A qui incombe t-il de donner ce demi-sicle ?   

Est tenu de participer à cette Mitsva toute personne ayant atteint l'âge de vingt ans. D'autres sont d'avis que c'est à partir de l'âge de la Bar Mitsva qu'il faut y participer (Rama). Le Minhag est toutefois de donner même pour des enfants mineurs, voire pour une femme enceinte en faveur de son bébé (Michna Béroura alinéa 5), sans parler du fait que toute femme y participe pour son propre compte (Kaf Ha'haïm alinéa 27). 

Il faut dire que du temps du Temple, ce n’est qu'aux hommes qu'il incombait de donner leur participation sous la forme de ces demi-sicles (même s'ils étaient pauvres), et non les femmes ou les enfants. Toutefois ces derniers pouvaient y participer. 

Un père qui a commencé à donner le demi-sicle pour un enfant mineur ne peut plus cesser de le faire, et devra continuer les années suivantes (Michna Béroura alinéa 5), sauf s'il a pris la précaution de le faire « Béli Nédèr », c'est-à-dire sans prendre sur lui d'agir toujours ainsi.

Que fait-on de l'argent ?       

Cet argent est destiné à la Tsédaka, et de préférence à des « Talmidé 'Hakhamim » (des érudits en Torah) dans le besoin. C’est généralement le cas des centres d'étude ou des Yéchivote (Mahari Faladji - Roua'h 'Haïm 694).

Certains ajoutent qu'il est bon d'envoyer cet argent aux pauvres vivants en Érèts Israël, puisqu'à l'époque, les demi-sicles de tous les habitants devaient être envoyés à Jérusalem pour les besoins du Temple (Maharil et Yossèf Omèts 1089).

A défaut de pauvres, il est possible de destiner cet argent à l'entretien de la synagogue (Kaf Ha'haïm 22).

A quel moment donner ? 

     
Le Maharil affirme qu’il faut le donner à Min'ha de la veille de Pourim, c'est à dire le jour du jeune (Ta'anite Ésthèr), par contre, le Minhag à Jérusalem est de le faire après l'office (Loua'h Érèts Israël).

Le Kaf Ha'haïm apporte comme raison, le fait que le jour de jeûne d'avant Pourim, venant aider à expier nos fautes, il est bon de donner alors cet argent pour la Tsédaka. 

D'autres préfèrent le donner avant la lecture de la Méguila le soir (Kitsour Choul'hane 'Aroukh 141,5).

En conséquence, à Jérusalem où on lit la Méguila le 15 adar, il vaut mieux donner cet argent le jour du jeûne au moment de la prière de l'après-midi (Min'ha).

Ceux qui ont pour habitude de donner cet argent avant la lecture de la Méguila ne tiendront pas compte de cet avis et le donneront le soir du 14 ou celui du 15. 

Comment donner ?

Il faut faire attention à bien dire, quand on transmet cet argent, que ce n'est fait qu'en souvenir du demi-sicle et non  que l'on donne effectivement un demi-sicle pour les sacrifices, car dans un tel cas l'argent risque d'être frappé de la sainteté inhérente aux sacrifices et d'être interdit à l'utilisation! On ferait donc faire une faute grave aux personnes qui reçoivent et utilisent cet argent (Loua'h Érèts Israël).

"En souvenir du Ma'hatsite Hachékèl"
"Zékhèr la Ma'hatsite Hachékèl"
"זכר למחצית השקל"

Il ne faut pas donner ces demi-sicles de l'argent du "Ma'assèr" c'est à dire du prélèvement de dix pour cent des bénéfices que l'on doit donner à la Tsédaka (Eliyahou Rabba 686,4). 

Si toutefois cette personne veut donner une grande somme, la partie qui dépasse la valeur d'un demi-sicle peut être considérée comme faisant partie du "Késsèf Ma'assèr" (argent de la dîme). 

Il est important de rappeler, avant la fête de Pourim, le souvenir de cette Mitsva qui était, entre autres, à l'origine de notre délivrance.