Au-dessus de la nature : la vocation spirituelle d’Israël selon le Maharal

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Israël au-dessus de la nature : sens exact selon le Maharal

Cette idée clé se trouve notamment dans son oeuvre Tiférète Israël (introduction et chapitre 2). Le Maharal y présente Israël (le peuple juif) comme une réalité spirituelle dont la vocation dépasse la causalité mécanique du monde naturel. La nature fonctionne selon des lois internes sans finalité morale. Israël est chargé d’y introduire une orientation spirituelle, un ordre éthique, une forme qui élève la matière.

Dire qu’Israël est au-dessus de la nature n’implique pas une immunité miraculeuse ni un détachement du monde matériel. Cela signifie que son destin et sa fonction ne s’expliquent pas par les seules forces naturelles. Il porte dans l’histoire une mission transcendante énoncée explicitement dans le Tanakh :

« Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte » (Chémote 19.6).

Israël devient ainsi un vecteur par lequel la dimension divine pénètre la réalité.

Pour le Maharal, la nature n’est pas une fin mais un matériau. Le peuple d’Israël, par la Torah et les Mitsvote, donne aux actes les plus ordinaires une intention spirituelle qui en modifie la structure même. La matière cesse d’être un simple mécanisme et devient un support de sens, un terrain de transformation.

 Avraham Avinou : la figure inaugurale de cette mission

Avraham ouvre la possibilité d’un être humain qui choisit librement une alliance divine. Il quitte son milieu familial pour suivre une parole transcendante. Par la Brite Mila (circoncision), il grave son engagement dans son corps même. Ce geste marque l’entrée dans une relation non naturelle mais voulue, choisie, orientée vers une finalité morale.
Pour le Maharal, la Brite Mila exprime un vouloir divin, non un vouloir humain. Pour lui celle-ci est un acte par lequel l’homme est « façonné » selon la volonté divine. L’enfant ne choisit rien, c’est D-ieu qui choisit Israël pour une relation qui dépasse la nature biologique.

Toujours selon le Maharal, Israël en tant que collectivité exerce un vouloir libre et historique en acceptant l’alliance au Sinaï (Tiférète Israël, chapitres 20 à 25). C’est là que réside le choix.
La Brite Mila du nourrisson n’est qu’un signe corporel d’une décision collective et spirituelle qui précède.

La Torah entérine ce choix : l’homme n’est plus défini uniquement par son origine biologique mais par son engagement envers une loi. Avraham devient le prototype de celui qui transforme la réalité par une décision spirituelle.

Le Tanakh décrit Israël comme lumière des nations :

« Je te donnerai pour lumière des nations afin que mon salut atteigne les extrémités de la terre » (Icha'ya 49, 6).

Israël n’est pas appelé à se replier sur soi, mais à éclairer le monde en portant une norme morale.

Le Maharal explique que le choix d’Israël n’est pas une préférence mais une fonction.
Dans son Tiférète Israël (chapitre 2), le Maharal affirme que la Bé'hira divine (choix volontaire de D-ieu) n’est pas un acte de favoritisme. D-ieu ne désigne pas Israël pour le récompenser mais pour lui assigner une mission spécifique : être le porteur visible d’une structure morale.
Israël n’est pas choisi parce qu’il serait meilleur mais pour réaliser une tâche que d’autres ne peuvent ou ne veulent pas assumer de la même manière.
Pour le Maharal, être choisi signifie être davantage exposé, davantage jugé, davantage responsable.

Il le dit explicitement en s’appuyant sur les versets (7, 11 et 12) de la Paracha Dévarim, où l’élection est immédiatement suivie d’une exigence morale renforcée.
Le Maharal explique dans son Nétsa'h Israël (chapitre 1) que la haine envers Israël provient d’une projection : le monde matériel interprète la singularité spirituelle à travers des catégories de rivalité et de pouvoir. Ce n’est donc pas le choix de D-ieu qui crée cette haine mais la manière faussée dont les nations le perçoivent.
Le Maharal dit que cette haine n’a aucune base rationnelle. Elle provient de l’erreur fondamentale qui consiste à lire un concept spirituel avec les yeux de la politique humaine.

Alors pourquoi Israël est-il choisi et non une autre nation ?
Le Maharal répond directement :

"Israël a accepté la Torah au Sinaï et non les autres nations" (Tiférète Israël, chap. 20).

Le choix n’est donc pas arbitraire mais repose sur un acte historique d’acceptation collective. D-ieu n'a pas choisi Israël parmi des alternatives indifférentes. C’est Israël qui s’est placé dans une relation d’alliance que d’autres n’ont pas choisie.

Le Maharal dit que cette haine n’a aucune base rationnelle. Elle provient de l’erreur fondamentale qui consiste à lire un concept spirituel avec les yeux de la politique humaine.

Les moyens de cette vocation : Mitsva, loi, prière, éducation

Selon le Rambam (Guide des égarés, chapitre 3, 27), les Mitsvote façonnent le caractère humain. Elles transforment la nature mais ne la détruisent pas. Le Rav Yéhouda Halévy dans son Kouzari (chapitre 26) insiste sur le fait que les commandements orientent les forces naturelles vers un but supérieur.

Pour le Ari Zal (Ets Haïm, Sha'ar HaKlallim), chaque action prescrite par la Torah élève des étincelles de lumière dispersées dans la création. L’homme, en accomplissant une Mitsva avec conscience, répare une structure cosmique. Concept, certes très vague mais d'une profondeur qui nécessite un dossier en soi. Ce qui n'est pas le but ici.

Ainsi, Israël agit dans le monde non par la force mais par l’intention. Il élève le réel en le reliant à son origine spirituelle. Le Maharal affirme dans son Nétivote 'Olam que la Mitsva donne sa forme véritable aux actes du quotidien.

Liberté morale et le regard des nations du monde

Être au-dessus de la nature signifie pouvoir choisir librement une norme morale qui n’est pas dictée par les instincts. Cette liberté, qui fonde la Halakha, place Israël dans un rôle singulier vis-à-vis des nations.

Mais le Maharal montre dans son œuvre Nétsa'h Israël (chapitres 1 à 10 et 14) que cette singularité attire une réaction presque instinctive et irréfléchie du monde. Les nations éprouvent une gêne fondamentale devant un peuple qui affirme qu’il existe une loi qui transcende l’histoire.

Le regard international sur Israël témoigne de cette tension profonde. Israël est jugé selon des critères qui ne s’appliquent à aucune autre nation. Un peuple qui reviendrait sur sa terre ancestrale devrait être souvent célébré. Lorsque ce peuple est Israël, on parle de colonisation. Une démocratie attaquée qui se défend est reconnue comme telle. Lorsque c’est Israël, on questionne son droit à l’existence. Cette asymétrie n’est pas politique mais métaphysique.

Dans la tradition juive, cette opposition se décline historiquement à travers les archétypes de 'Essav et d'Ishma'el, les deux frères exclus du destin d'Israël. 'Essav, souvent associé à l'Occident et aux pouvoirs matérialistes, tend à réduire la vocation d'Israël à une simple lutte de pouvoir, niant toute dimension transcendante.

Un exemple concret moderne est l'obsession d'une partie des médias et des institutions internationales à appliquer un droit international unilatéral et hypercritique, je dirais même hypocrite, à l'État d'Israël. Cela est mis en relief par le choix des mots tels que colonisation au lieu de retour sur la terre ancestrale, alors que d'autres conflits territoriaux mondiaux sont traités avec une tout autre mansuétude.

Le Maharal explique que les nations perçoivent Israël non comme une puissance politique mais comme une perturbation métaphysique. Israël incarne dans l’histoire l’idée qu’il existe une structure transcendante qui limite l’arbitraire humain.

Cette fonction provoque une tension naturelle : le monde matériel tend vers l’autonomie totale, tandis qu’Israël rappelle que la souveraineté ultime n’appartient pas à l’homme.

Dans son Béèr HaGola, le Maharal détaille cette mécanique. Les nations ne contestent pas Israël pour ses actes mais pour sa signification. Israël n’est pas combattu pour ce qu’il fait mais pour ce qu’il incarne. Sa présence rappelle au monde que la Providence n’est pas une notion abstraite mais une réalité dans l’histoire.

Michael Berger dans sa biographie du Maharal (Rabbi Yéhouda Loew of Prague, Oxford University Press, 2015 page 112 à 118), montre que, pour le Maharal, Israël représente dans l’histoire un principe plutôt qu’une puissance. Les nations, dit-il, réagissent souvent négativement non à Israël en tant que peuple mais à ce que ce peuple signifie : la loi morale n’est pas une invention humaine, la justice ne dépend pas du consensus des puissants et que l’histoire possède une orientation et un sens.
Cette analyse rejoint un constat déjà formulé dans la Torah elle-même (Dévarim chapitre 6 à 8) :

"Observez-les et pratiquez-les ! Ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples, car lorsqu'ils auront connaissance de toutes ces lois, ils diront : elle ne peut être que sage et intelligente, cette grande nation !"

Pourquoi cela dérange les nations selon le Maharal ?
Dans son Nétsa'h Israël (chapitre 14), le Maharal explique que les empires cherchent par nature à imposer leur propre définition du bien et du vrai. La présence d’un peuple qui affirme que la morale provient d’un ordre supérieur constitue un rappel permanent que le pouvoir politique n’est jamais absolu. Israël est donc considéré par les nations comme porteur d’une loi non humaine.

Israël et sa terre : justification biblique, historique dans la vision du Maharal

La question de la terre d’Israël est centrale. La relation entre Israël et sa terre n’est pas un simple attachement sentimental. C’est une alliance inscrite dans le Tanakh, reconnu par les trois grandes religions monothéistes.

Voici les versets précis :
Béréchite (15,18) : « Je donne cette terre à ta descendance. »
Béréchite (17, 8) : « Toute la terre de Canaan en possession éternelle. »
Chémote (6, 8) : « La terre que j’ai juré de donner à Avraham, Its'hak et Ya'akov. »

Le christianisme reconnaît ces promesses, notamment dans l’épître aux Romains (chapitres 9 à 11).
L’islam également dans son Coran (sourate 5 verset 21) : « Entrez dans la terre sainte que D-ieu vous a prescrite. »

Aucune de ces traditions ne conteste sur le plan textuel la relation entre Israël et sa terre. Pourquoi alors cet acharnement historique à nier ce que leurs propres textes affirment ?

Le Maharal répond que la présence d’Israël sur sa terre réactive la dimension transcendante de l’histoire. Cela provoque une résistance instinctive des nations, qui cherchent à effacer la manifestation concrète de la Providence. Leur opposition n’est pas géographique mais spirituelle. Elle vise à effacer la dimension divine du réel.

Pourquoi des religions qui reconnaissent elles-mêmes Abraham, les prophètes, Jérusalem, la Providence, en viennent-elles à nier Israël dans sa terre pourtant attestée par leurs propres écritures ?
Pour le Maharal :

« La haine des nations envers Israël provient du fait qu’Israël est la forme du divin dans le monde. »

Les nations acceptent volontiers l’idée du D-ieu unique, mais elles résistent à la notion que Celui-ci se manifeste à travers un peuple particulier. Autrement dit, la difficulté n’est pas D-ieu, mais la médiation d’Israël. Ou peut-être les deux!

Si l'archétype de 'Essav représente le défi du pouvoir séculier et matérialiste (le pouvoir par la force), celui d'Ishma'el, ancêtre des peuples arabes dans la tradition, incarne le défi de la contestation théologique de l'héritage de la Terre, fondé sur une revendication d'antériorité et de légitimité alternative. Un exemple moderne frappant est le refus persistant de certains États de la Ligue Arabe de reconnaître le droit d'Israël à sa capitale, Jérusalem, ou même à exister sur cette terre.

Un refus souvent justifié par une lecture concurrente des promesses faites à Avraham Avinou plutôt que par de simples raisons politiques. Ce déni concret d'existence historique est le prolongement direct de la rivalité spirituelle entre 'Essav et Ishma'el contre Ya'akov/Israël, vue par le Maharal comme le refus de la finalité morale au profit du déterminisme matériel ou d'une lecture falsifiée de l'alliance.

Même des travaux de recherches académiques de renom en viennent à des conclusions sidérantes et non moins intéressantes.
Les travaux de chercheurs comme Daniel Boyarin (Border Lines, University of Pennsylvania Press, 2004) ou Guy Stroumsa (The Making of the Abrahamic Religions, Oxford University Press, 2017) expliquent que les traditions religieuses ne se constituent pas uniquement en affirmant une vérité, mais souvent en définissant leur rapport à Israël.
Dans la lecture qu’en font ces chercheurs : le christianisme revendique l’héritage d’Israël en le réinterprétant.
L’islam affirme être la restauration du monothéisme d’Abraham.

Dans les deux cas, si Israël retrouve sa terre et sa centralité historique, cela remet en question des siècles d’interprétation théologique qui plaçaient ces religions comme les héritières légitimes de la promesse abrahamique.
Ainsi, lorsqu’Israël revient sur sa terre, cela produit une tension non géographique mais symbolique.

Intégration de la politique contemporaine

Dans cette perspective, la décision récente de légaliser certaines implantations en Cisjordanie peut être lue selon cette lumière. Pour certains, c’est l’affirmation d’un droit historique et biblique. Pour d’autres (Le Monde, ainsi que certains médias Wokistes et progressistes), c’est une décision politique discutable. Sidérant !

Mais dans l’esprit du Maharal, cette question n’est jamais purement matérielle. Elle touche à la relation ontologique entre Israël et sa terre, relation documentée par les textes fondateurs des trois religions. Elle touche aussi à la résistance des nations face à une réalité qui dépasse le naturel. Les nations préfèrent souvent replacer Israël dans un cadre purement politique, afin d’éviter la reconnaissance implicite d’un appel supérieur.

Le Maharal précise un point crucial. Les nations acceptent facilement une Providence spirituelle, invisible, abstraite.
Mais accepter une Providence historique, concrète, incarnée dans un peuple vivant une histoire singulière est beaucoup plus difficile.

Une portée universelle

Cela signifierait : que l’histoire a un sens précis, que ce sens passe par un peuple identifiable, que ce peuple existe encore, et que son retour sur sa terre n’est pas un accident politique mais un signe providentiel.

Le Maharal insiste sur le fait que les nations préfèrent un D-ieu universel tant qu’il reste totalement désincarné dans l’histoire. Lorsque la Providence se manifeste à travers Israël, leur croyance elle-même est mise à l’épreuve.

Conclusion

Dire qu’Israël est au-dessus de la nature, selon le Maharal, c’est affirmer que l’histoire peut être orientée par le sens donc par une finalité morale qui dépasse ce déterminisme. Ce n’est pas un privilège biologique ou ethnique, c’est une mission.
La Torah révèle que l’homme, par la Mitsva et la loi, peut sanctifier la réalité. Le Maharal insiste souvent sur cette idée : l’homme ne subit plus la nature, Il l’oriente. Il lui donne un sens et la sanctifie.
Avraham ouvre cette voie. Le peuple hébreu en devient le porteur collectif. Sa terre est le lieu où cette vocation prend forme concrète.

Et malgré le jugement des nations, malgré les résistances, malgré les crises, Israël reste ce point où la transcendance rencontre le monde. Sa présence sur sa terre, déjà annoncée dans le Tanakh et reconnue dans les autres traditions, est bien plus qu’un fait politique. C’est le signe visible que la réalité n’est pas close sur elle-même. Qu’elle possède un sens. Qu’elle peut être élevée.