
La paracha Vayé'hi clôt le livre de Béréchite et offre une vision de la manière dont Israël doit penser son futur. Ya'akov ne bénit pas ses fils comme un patriarche sentimental. Il dessine, selon le Rambane (Béréchite chapitre 49, verset 1), la carte spirituelle des tribus. Chaque bénédiction n'est pas un souhait mais la révélation d'une vocation.
Rav Hirsch souligne que la bénédiction n'est pas un cadeau. C'est une lecture profonde de l'identité de chacun. Réouven reçoit une bénédiction difficile car sa nature est instable. Yéhouda reçoit la royauté parce qu'il incarne la capacité de se relever. Yissakhar, la stabilité de l'étude. Zévouloune, l'ouverture au monde. La Torah montre que les différences ne sont pas des défauts. Elles sont des missions.
Le Maharal explique que la force d'Israël réside précisément dans cette diversité. Les tribus ne sont pas douze versions du même modèle. Elles sont douze formes qui contribuent à la présence divine dans le monde. L'unité n'est pas l'uniformité. C'est l'harmonie des missions.
Le Rav Dessler perçoit les dernières paroles de Ya'akov comme une invitation suprême à l'authenticité. De part sa clarté, il ne cherche ni à enjoliver ni à dissimuler. Il énonce l'essence de sa vérité sans artifice. C'est de cette lucidité totale que jaillit la bénédiction véritable.
Ainsi, l'acte de transmettre (la bénédiction) est conditionné par la clarification absolue de soi-même, car on ne peut léguer aux autres que la vérité que l'on a préalablement intégrée et assumée.
Rav Moché Shapira voit dans la bénédiction de Yossef un moment clé. Celui ci reçoit la capacité de résister à l'exil mais aussi le rendre meilleur en tendant l'oreille au D-ieu d'Avraham, Its'hak et Ya'akov . Il devient l'homme qui préserve l'identité dans un monde qui tente de l'absorber et de le dissoudre dans l'éphémère. La Torah montre que la survie spirituelle d'Israël dépend de sa capacité à relier le quotidien et le sens, la matière et la vérité.
Le Malbim note que Ya'akov demande à être enterré en Israël pour signifier que la terre n'est pas un décor mais la racine de la vocation du peuple. Même en Égypte, Israël doit orienter son cœur vers sa source. Le lien à la terre n'est pas géographique. Il est spirituel.
La paracha Vayé'hi montre enfin que Ya'akov vit au moment où il bénit. Cela signifie que c'est l'acte de bénir ses descendants et de transmettre l'avenir du peuple d'Israël qui a donné un sens ultime et une perfection ultime à sa vie avant de quitter ce monde. Le Midrache (Tan'houma, paracha Vayé'hi chapitre 2) explique que la vie véritable commence lorsque l'homme transmet ce qu'il a découvert. La bénédiction n'est pas une fin. C'est un commencement. Elle ouvre le livre de Chémote et l'histoire du peuple.
Cette paracha enseigne finalement que penser l'avenir exige d'habiter pleinement la vérité du présent. Ya'akov ne construit pas un rêve. Il révèle un ordre que ses fils devront accomplir.
Ya'akov, sur son lit de mort, ne se berce d'aucune illusion. Ses paroles à ses fils ne sont pas des souhaits idéalisés, mais des jugements prophétiques basés sur le caractère et les actions de chacun. Ses paroles agissent comme le plan d'une construction future. L'avenir du peuple ne peut être construit qu'en reconnaissant et en gérant la réalité de ses membres au présent, avec leurs défauts et leurs qualités, sans chercher à créer un rêve illusoire.
Ces bénédictions sont donc des mandats pour la nation juive à venir, et non de simples espoirs. Les fils devront se conformer à cet ordre prophétique pour accomplir leur destinée collective.
La clôture du livre devient ainsi l'ouverture d'un destin.