
Le 14 décembre 2025, une fusillade terroriste de masse a eu lieu à Bondi Beach, à Sydney, lors d’une célébration de Hanouka réunissant plusieurs centaines de personnes. L’attaque, filmée, largement diffusée et officiellement reconnue par les autorités australiennes comme un acte terroriste antisémite, a immédiatement suscité une onde de choc internationale.
Dans les jours qui ont suivi, une désinformation massive s’est propagée en ligne : accusations d’acteurs de crise, allégations d’opérations sous faux drapeau, images manipulées par intelligence artificielle.
Cette dynamique a trouvé un relais explicite dans les propos du cheikh Kamal Hamed, prédicateur islamique basé dans l’ouest de Sydney, qui a publiquement affirmé que l’attaque aurait été « scénarisée » et que certaines victimes juives auraient été des figurants. Il a même soutenu que les arabes ne pouvaient pas être antisémites puisqu'ils étaient eux même sémites !
Comment peut-on nier un événement mondial et propager un tel ramassis de mensonges ? Cette question, posée aujourd’hui face à certains discours de déni, n’est ni nouvelle ni marginale. Elle renvoie à un mécanisme ancien, déjà identifié par les sources bibliques et talmudiques.
Le déni comme refus moral
Ce type de négation ne relève pas d’un manque d’informations. Il correspond à un mécanisme ancien : refuser une réalité parce qu’elle impose une responsabilité morale insupportable.
La Torah en offre un paradigme fondateur avec Pharaon. Malgré des faits publics, répétés et reconnus, il refuse de libérer les Hébreux. Le Rambane souligne que Pharaon ne nie pas ce qu’il voit ; il refuse d’en tirer les conséquences.
וַאֲנִי אַקְשֶׁה אֶת־לֵב פַּרְעֹה - « Et Moi, Je durcirai le cœur de Pharaon » (Exode 7, 3)
Selon le Rambane, l’endurcissement du cœur signifie la capacité à voir la réalité tout en la neutralisant moralement, afin d’éviter tout changement.
Dire du mal qu’il est bien : l’inversion morale
Le prophète Isaïe décrit précisément cette logique : הוֹי הָאֹמְרִים לָרַע טוֹב וְלַטּוֹב רָע - « Malheur à ceux qui disent du mal qu’il est bien, et du bien qu’il est mal » (Isaïe 5, 20)
Ce verset ne vise pas l’erreur factuelle, mais la perversion morale du réel. Le crime devient mise en scène, la victime devient manipulatrice, et la vérité elle-même est requalifiée en mensonge. C’est exactement le mécanisme du négationnisme.
Le Maharal de Prague, commentant plusieurs passages talmudiques, va plus loin : le רשע, le fautif moral, n’est pas celui qui ne voit pas, mais celui qui organise son monde intérieur pour ne pas voir.
Le Maharal de Prague, commentant le Talmud, explique que le fautif moral n’est pas celui qui ignore, mais celui qui refuse de voir parce que voir obligerait la reconnaissance du réel et impliquerait une remise en cause de soi, devenue impossible.
מִפְּנֵי מָה נִסְתַּמּוּ עֵינֵיהֶם שֶׁל רְשָׁעִים - « Pourquoi les yeux des méchants se ferment-ils ? » (Sanhédrine 99b).
Ses yeux se ferment, non par défaut d’information, mais parce que la reconnaissance de la vérité impliquerait un changement insupportable. Lorsque la vérité oblige, elle devient intolérable.
De Bondi Beach à la Shoa : une même structure
Ce mécanisme est bien connu dans l’histoire moderne. La négation de la Shoa ne s’est jamais fondée sur l’absence de preuves : témoignages, documents, images et aveux existaient en abondance. Elle s’est construite comme une stratégie idéologique visant à délégitimer la souffrance juive et à préserver une vision du monde menacée par les faits.
Les sources juives l’avaient déjà formulé :
שֶׂנְאַת הָאוּמּוֹת לְיִשְׂרָאֵל קוֹדֶמֶת לַטַּעֲמִים - « La haine des nations envers Israël précède ses justifications » (Midrach Tan'houma, Béchala'h 3).
Autrement dit, la haine vient d’abord ; les récits de complot, de mensonge ou de mise en scène viennent ensuite.
La négation d’un événement terroriste public, documenté et reconnu n’est pas une dérive marginale ni un accident intellectuel. Elle s’inscrit dans une logique ancienne, décrite par la Torah, les prophètes et les maîtres du Talmud : lorsque la réalité accuse, elle est niée ; lorsque la vérité oblige, elle est inversée.
De Pharaon à la Shoah, et jusqu’aux violences antijuives contemporaines, le déni n’est pas l’absence de faits. Il est le refus de la responsabilité qu’ils imposent.