À la veille de Pessah, une cargaison de blé destinée à la fabrication des Matsot de tout Bagdad se trouva menacée par une inondation soudaine du fleuve Tigre. Ce récit illustre comment le Ben Ich 'Haï, par la force de sa prière et de sa certitude, a su préserver l'intégrité rituelle de la fête pour toute sa communauté.
Le récit : le fleuve en furie
Une année, alors que les préparatifs de Pessah battaient leur plein à Bagdad, des pluies torrentielles firent déborder le Tigre. Le blé Chmoura (surveillé), qui avait été récolté et entreposé avec un soin extrême pour éviter tout contact avec l'humidité, se trouvait dans des entrepôts situés près des berges. Si l'eau pénétrait dans les sacs, le blé deviendrait Hametz et toute la communauté se retrouverait sans Matsot pour le Seder.
Les responsables de la communauté, paniqués, coururent chez le Ben Ich 'Haï. Le Rav, au lieu de céder à l'agitation, se rendit sur les berges du fleuve. Les eaux montaient à vue d'œil, menaçant d'engloutir les stocks. Le Rav s'arrêta devant le fleuve, ferma les yeux un instant, puis frappa le sol de sa canne en prononçant des paroles à voix basse. Contre toute attente, le niveau de l'eau cessa de monter précisément à quelques centimètres des portes des entrepôts, restant comme figé malgré la force du courant, le temps que les hommes puissent évacuer chaque sac vers un lieu sûr.
La source : la domination sur les éléments
Ce prodige s'inspire du passage de l'Exode (Chemot 14:21) relatant l'ouverture de la mer :
"וַיֹּלֶךְ ה' אֶת הַיָּם בְּרוּחַ קָדִים עַזָּה כָּל הַלַּיְלָה וַיָּשֶׂם אֶת הַיָּם לֶחָרָבָה" (Vayolekh Hashem et hayam berouakh kadim 'aza kol halayila vayasem et hayam lekharava) « L'Éternel refoula la mer par un vent d'orient impétueux toute la nuit ; il mit la mer à sec. »
Approfondissement du concept : la volonté du juste et la nature
Pour le Ben Ich 'Haï, la nature n'est pas une machine aveugle, mais un vêtement pour la volonté divine. Le concept ici est celui du "Boulchou" (la domination) du juste sur les éléments matériels lorsqu'il s'agit de permettre l'accomplissement d'une mitsva collective.
Le Rav enseignait que le blé de Pessah n'est pas seulement une denrée alimentaire, mais un réceptacle de sainteté. Lorsque l'homme investit une telle énergie spirituelle dans la surveillance du blé (Chmoura), ce blé acquiert une dimension qui le place sous une protection métaphysique. La "patience" des eaux devant les entrepôts est le signe que la matière obéit à la forme spirituelle la plus haute. Le sage ne fait pas un miracle pour son propre prestige, mais pour s'assurer que le lien entre le peuple et son Créateur, via la Matsa, ne soit pas rompu.
Témoignages et authenticité
Ce récit est consigné dans les chroniques de la communauté juive de Bagdad et rapporté par les descendants de la famille du Rav. De nombreux témoins oculaires ont raconté comment le niveau du Tigre semblait "obéir" à la présence du Ben Ich 'Haï.
L'authenticité de cet événement est renforcée par le fait que le Ben Ich 'Haï était consulté non seulement pour sa sagesse spirituelle, mais aussi par les ingénieurs et architectes de la ville pour sa compréhension des forces de la nature. Ses disciples racontaient que sa piété était telle que même les éléments les plus déchaînés semblaient s'apaiser en sa présence, témoignant de l'harmonie parfaite qu'il avait atteinte entre la Torah et le monde physique.