Le Ponevezer Rav (Rabbi Yossef Shlomo Kahaneman) est sans doute l'architecte le plus audacieux de la reconstruction du monde de la Torah après la Shoah. Son histoire est celle d'un homme qui a refusé de voir des ruines là où les autres ne voyaient que de la cendre.
Quand la vision d'un seul homme repeuple un monde dévasté
Lorsqu'il arrive en Palestine mandataire en 1940, Rabbi Yosef Shlomo Kahaneman est un homme brisé en apparence : il a perdu sa femme, ses enfants et sa communauté de Ponevezh (Lituanie), rayée de la carte par les nazis. Pourtant, alors que les nouvelles de l'extermination arrivent en Terre d'Israël, on le voit arpenter une colline déserte et sablonneuse à Bnei Brak.
Le Récit : Le "Rêveur" de Bnei Brak
On raconte qu'il se tenait sur cette colline, plantant son bâton dans le sol et décrivant avec une précision chirurgicale où se trouveraient la grande salle d'étude, la bibliothèque et les dortoirs pour des milliers d'élèves.
À l'époque, le monde juif européen était en train de disparaître et la communauté locale luttait pour sa survie. Les gens le regardaient avec une triste compassion, murmurant :
« Le pauvre Rav, la douleur lui a fait perdre la raison. »
Le Rav les regardait et répondait avec un sourire malicieux :
« Je ne suis pas un rêveur, je suis un réalisateur. Si vous voyez une colline vide, c'est que votre vue est courte. Moi, je vois déjà les lions d'or sur l'Arche Sainte. »
Il ne se contentait pas de reconstruire une école ; il voulait restaurer la gloire de la Torah. Il a fait venir d'Italie une Arche Sainte monumentale du 18e siècle pour prouver que la beauté et la grandeur n'étaient pas mortes à Auschwitz. Aujourd'hui, la Yeshiva de Ponevitsh est l'une des plus prestigieuses au monde.
La semence dans les larmes
L'action du Ponevezer Rav est la réalisation littérale du Psaume 126, 5 :
« Ceux qui sèment dans les larmes récolteront dans la joie. »
"הַזֹּרְעִים בְּדִמְעָה בְּרִנָּה יִקְצֹרוּ"
La métaphysique de la semence
Pourquoi comparer l'acte à une semence ? Dans la nature, pour qu'une graine devienne un arbre, elle doit d'abord "pourrir" en terre, disparaître et perdre sa forme initiale. C'est le stade de la décomposition.
Le Ponevezer Rav a compris que la Shoah était ce stade de décomposition absolue. Au lieu de s'arrêter à la douleur (les larmes), il a utilisé ces larmes comme l'eau nécessaire pour faire germer une nouvelle semence. Le concept est ici celui de la patience divine mêlée à l'audace humaine : D-ieu attend que l'homme fasse le premier geste (planter la graine dans le sable) pour activer la récolte future.
Le Rav ne bâtissait pas pour son époque, mais pour l'éternité. Chaque pierre qu'il posait sur cette colline était un acte de défi contre le néant. Il enseignait que la "justice" de l'histoire ne se manifeste pas par la vengeance, mais par la floraison d'une vie plus intense là où l'ennemi voulait instaurer le silence.
Les témoignages
Cette histoire est un pilier de l'identité de la ville de Bnei Brak. De nombreux témoins, dont les premiers élèves de la Yeshiva, ont raconté comment le Rav collectait des fonds "sou par sou" alors que personne ne croyait au projet. Il avait l'habitude de dire :
« Je n'ai pas besoin d'argent, j'ai besoin de foi. L'argent, c'est D-ieu qui l'envoie quand la foi est là. »