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Chéla'h Lékha : Comprendre les explorateurs

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Comment des hommes qualifiés par la Torah de princes d’Israël (Bamidbar 13, 3), ayant vécu l'ouverture de la mer Rouge et la révélation du Sinaï, ont-ils pu fléchir ? Une simple crainte face à des places fortifiées ne suffit pas à expliquer l'effondrement spirituel de tels géants de l'esprit. La réalité de leur démarche touche à un enjeu métaphysique bien plus profond.

Pourquoi les explorateurs de la terre de Canaan ont-ils manqué de foi ?

Pour comprendre la nature de leur erreur, il convient d'observer la condition d'Israël au désert. Le peuple vivait alors sous

un régime de miracle permanent, entièrement préservé des contingences matérielles. La Manne tombait du ciel, l'eau jaillit du rocher, et les Nuées de Gloire enveloppaient le camp, créant un espace d'étude et de contemplation pure aux côtés de Moché Rabbénou. Il faut rappeler que cette Manne nourriture céleste et miraculeuse envoyée par D-ieu chaque matin au peuple d'Israël pendant ses quarante ans de marche dans le désert, avait la particularité de s'adapter au goût de celui qui la consommait.

Les explorateurs ont compris qu'entrer en Terre d'Israël marquerait la fin de cet idéal suspendu. La conquête exigeait de cultiver la terre, de mener des combats, d’établir une économie et de s’engager dans les affaires du monde.

L'appréhension des explorateurs ne portait pas sur la mort physique face aux géants de Canaan, mais sur le risque d'une dégradation spirituelle au contact des réalités terrestres.

Ils préféraient maintenir le peuple dans l'incubateur protecteur du désert plutôt que de confronter leur foi aux compromis et aux exigences de la vie quotidienne.

Le sens profond du refus des explorateurs est d'avoir confondu la sainteté avec le retrait du monde. Ils pensaient que la proximité avec le Créateur exigeait de rester préservé du réel, loin des épreuves de l'action matérielle.

La vision de Rav Hirsch sur la sainteté du quotidien

Face au discours défaitiste des dix éclaireurs affirmant que  c'est un pays qui dévore ses habitants (Bamidbar 13, 32), Caleb et Yehochoua s'insurgent.

C'est ici que l'intuition de Rav Shimshone Raphael Hirsch éclaire le texte. Dans son commentaire sur la paracha, il explique que la réplique de Caleb: Nous pouvons y monter et nous en emparer, n'est pas une simple marque d'audace militaire, mais une adhésion totale au projet divin.

Rav Hirsch rappelle que la Torah n'a pas pour vocation de transformer les hommes en anges désincarnés. Le but ultime de l'alliance est précisément la sanctification du profane.

S'élever spirituellement lorsque les besoins physiques sont miraculeusement comblés ne constitue pas le défi ultime de l'existence. La véritable grandeur de l'homme se mesure à sa capacité d'introduire la présence divine au cœur de son champ, de son commerce, et de ses relations humaines. C'est cette dimension de l'action que Caleb et Yehochoua cherchaient à défendre.

Le verset qui scelle le destin de cette génération contient la clé psychologique de leur défaillance : Nous étions à nos propres yeux comme des sauterelles, et ainsi étions-nous à leurs yeux  (Bamidbar 13, 33).

Dans son Mikhtav Me-Eliyahu, Rav Eliyahu Dessler analyse ce mécanisme avec une grande rigueur. L'image que les habitants de Canaan projetaient sur les explorateurs n'était que le reflet de l'estime que ces derniers se portaient à eux-mêmes.

Se déclarer inférieur ou incapable face à l'obstacle est souvent une posture confortable pour esquiver le devoir de s'engager. Dire ou penser que le monde est trop effrayant pour mes forces, permet de justifier l'inertie et le refus de grandir. Le manque de foi en D-ieu s'enracine bien souvent dans le refus de reconnaître les capacités d'action qu'Il nous a confiées.

Quelle est notre Terre Promise aujourd'hui ?

La tragédie dans cette paracha traverse les époques pour interroger nos propres existences.

Combien de fois reculons-nous devant un projet de vie, une responsabilité familiale, un engagement communautaire ou une exigence éthique sous prétexte que les conditions du monde réel sont trop hostiles ou que nous ne sommes pas assez préparés ? Combien de fois préférons-nous le confort immobile de nos déserts familiers à la conquête de notre propre Terre Promise ?

Face aux défis qui se présentent à vous aujourd'hui, continuerons nous à chercher de nobles prétextes pour différer l'action, ou saurons-nous puiser dans la force de Caleb pour affirmer que c'est au cœur même du réel que réside notre accomplissement ?

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