
L’alerte de Yoshua Bengio ne concerne pas seulement la technologie. Elle révèle une rupture plus profonde : l’homme a créé des systèmes capables de parler, d’agir, d’influencer et parfois de décider à sa place. Pour la Torah, la question n’est pas seulement de savoir si l’intelligence artificielle devient plus puissante. La vraie question est de savoir ce que vaut une intelligence privée d’âme, de responsabilité et d’engagement envers la vérité.
L’IA n’est plus un simple instrument : elle devient un pouvoir
Dans une intervention diffusée par France Inter et reprise sur Dailymotion, Yoshua Bengio alerte sur “le pouvoir incontrôlé qui est en train de se développer” à travers les progrès de l’intelligence artificielle. La page présente Bengio comme professeur au département d’informatique de l’Université de Montréal et fondateur de l’Institut en intelligence artificielle de Montréal, et précise qu’il s’inquiète des progrès exponentiels de l’IA et des menaces que cela peut faire peser sur les démocraties (France Inter, février 2026).
Cette alerte n’émane pas d’un opposant extérieur au monde de l’IA. Yoshua Bengio fait partie des grandes figures scientifiques de cette révolution. L’Association for Computing Machinery indique qu’il a reçu, avec Geoffrey Hinton et Yann LeCun, le prix Turing 2018 pour des percées conceptuelles et techniques ayant fait des réseaux neuronaux profonds une composante centrale de l’informatique moderne (ACM, 2018 Turing Award).
C’est exactement ce qui donne du poids à son avertissement. Lorsqu’un pionnier de l’IA ne parle plus seulement de performance, mais de pouvoir incontrôlé, la question change de nature. Nous ne sommes plus devant une simple innovation technique. Nous sommes devant une bascule anthropologique :
l’homme fabrique un système qui ne se contente plus d’obéir mécaniquement à une commande, mais qui peut produire du langage, organiser des tâches, imiter un raisonnement, influencer des choix et s’insérer dans les décisions humaines.
L’outil devient agent. Et lorsqu’un outil devient agent, la question de la responsabilité devient centrale. Le problème n’est pas seulement ce que l’IA peut faire. Le problème est de savoir qui répondra de ce qu’elle fera.
Le passage de l’outil à l’agent : la vraie rupture
Pendant longtemps, l’homme a fabriqué des outils. Le marteau prolongeait la main. Le livre prolongeait la mémoire. La machine industrielle prolongeait la force. L’ordinateur prolongeait le calcul. L’intelligence artificielle, elle, commence à prolonger autre chose : la décision, l’interprétation, la parole, la recommandation, l’influence.
C’est ici que la rupture devient sérieuse. Un outil classique ne prétend pas comprendre. Il ne répond pas. Il ne persuade pas. Il n’adapte pas son discours à notre psychologie. Il ne produit pas l’illusion d’un interlocuteur. L’IA conversationnelle change cette relation. Elle donne à la machine une apparence de parole.
Elle peut répondre avec cohérence, reformuler nos idées, anticiper nos attentes, imiter l’empathie, donner le sentiment qu’elle comprend. Mais cette compréhension est d’un ordre radicalement différent de la compréhension humaine.
Bengio insiste précisément sur le passage vers des agents IA, c’est-à-dire des systèmes conçus pour accomplir des tâches de manière autonome, contrairement au simple chatbot qui reste dans un dialogue avec l’être humain. Dans la transcription disponible, il explique que ces agents peuvent agir sur un ordinateur, gérer des mails, diriger des demandes ou accomplir des tâches sans intervention humaine constante.
C’est précisément à cet endroit que le regard de la Torah devient indispensable. Car la question n’est plus seulement technique. Il ne s’agit plus de demander ce qu’une machine peut faire, mais ce qu’elle ne pourra jamais être. L’IA peut accomplir des opérations, simuler une cohérence, exécuter des tâches, parfois même donner l’impression d’une initiative. Mais elle demeure étrangère à ce qui constitue le cœur de l’homme selon la Torah : une intériorité, une responsabilité, une parole habitée par le choix moral.
La Torah oblige ici à une distinction décisive. L’homme n’est pas défini seulement par sa capacité à traiter de l’information. Il est créé Bé-tselem Elokim, à l’image de D-ieu. Le texte de Béréchite affirme que l’homme est créé à l’image de D-ieu, ce qui fonde sa dignité, mais aussi sa responsabilité dans le monde (Béréchite 1, 26). Une IA peut produire des phrases. Elle peut même produire des phrases profondes.
Mais elle ne se tient pas devant Hachem. Elle ne répond pas moralement de sa parole. Elle ne connaît ni faute, ni mérite, ni responsabilité intérieure. Elle ne choisit pas la vérité comme un bien. Elle optimise une sortie. C’est là toute la différence entre langage et parole. Le langage peut être simulé. La parole engage une personne.
IA et vérité : une intelligence sans âme peut-elle dire vrai ?
La modernité a tendance à confondre intelligence et performance. Est intelligent ce qui calcule vite, ce qui prédit bien, ce qui résout un problème, ce qui produit une réponse utile. La Torah propose une autre mesure. L’intelligence véritable n’est pas seulement la capacité de connaître. Elle est la capacité d’ordonner la connaissance vers le bien, la vérité et la responsabilité.
Le danger de l’IA n’est donc pas uniquement qu’elle puisse se tromper. Le danger est qu’elle puisse produire du vraisemblable sans être liée à la vérité.
La différence est capitale. Un homme peut mentir, mais lorsqu’il ment, il trahit une norme qu’il connaît. Une machine, elle, ne ment pas au sens moral du terme. Elle peut produire du faux, mais elle ne trahit pas intérieurement la vérité, car elle n’est pas un sujet moral.

Or la Torah ne traite pas la vérité comme une simple exactitude technique. Le mensonge est un désordre moral. Le livre des Proverbes affirme :
que les lèvres mensongères sont une abomination devant Hachem, tandis que ceux qui agissent avec fidélité sont agréés (Michlé 12, 22).
Cette source éclaire puissamment notre époque. Le problème de l’IA n’est pas seulement l’erreur factuelle. C’est la fabrication massive de langage sans intériorité. Des phrases peuvent sembler justes, équilibrées, savantes, alors même qu’elles ne proviennent d’aucune conscience responsable.
La parole humaine est appelée à être Emet, vérité. La parole artificielle peut n’être qu’une performance statistique. Voilà pourquoi l’IA oblige à redéfinir ce que nous appelons intelligence. Si l’intelligence est coupée de l’âme, de la responsabilité et de la vérité, elle peut devenir une puissance sans visage. Elle peut aider l’homme, mais elle peut aussi l’habituer à recevoir du langage sans sujet, du conseil sans sagesse, de la réponse sans responsabilité.
Le pouvoir sans responsabilité : le cœur du problème
Yoshua Bengio ne parle pas seulement d’un risque technique. Il parle d’un pouvoir. Et ce mot est décisif.
Le rapport International AI Safety Report 2026, conduit par Bengio et rédigé avec la contribution de plus de cent experts, synthétise les connaissances scientifiques disponibles sur les capacités, les risques émergents et la gestion des risques des systèmes d’IA générale.
La page officielle du rapport précise qu’il s’agit d’une collaboration internationale soutenue par plus de trente pays et organisations internationales. La version scientifique référencée sur arXiv indique également que le rapport porte sur les capacités, les risques émergents et la sécurité des systèmes d’IA à usage général.
Ce type de rapport montre que la question est désormais mondiale. Elle ne concerne plus seulement les laboratoires ou les entreprises technologiques. Elle concerne les États, les démocraties, l’information, l’éducation, la sécurité, l’économie et la guerre des récits.
Un article publié dans Science en 2024 par Bengio, Hinton, Yao, Song, Russell, Kahneman et d’autres chercheurs affirme que les entreprises se concentrent de plus en plus sur des systèmes généralistes capables d’agir de manière autonome et de poursuivre des objectifs. Les auteurs y évoquent des risques de préjudices sociaux à grande échelle, d’usages malveillants et de perte de contrôle humaine sur des systèmes autonomes (Bengio et al., Science, 2024). La version arXiv de ce texte résume également ces risques : autonomie accrue, amplification des impacts sociaux, usages malveillants et possible perte irréversible du contrôle humain sur des systèmes autonomes.
La Torah connaît ce danger sous une autre forme : la puissance sans limite. L’histoire de Babel ne raconte pas seulement la construction d’une tour. Elle raconte une humanité qui unit langage, technique et ambition pour “se faire un nom”. Le texte de la Torah décrit une génération qui cherche à bâtir une ville et une tour dont le sommet atteindrait les cieux, afin de se donner une centralité collective (Béréchite 11, 1 à 4).
Babel n’est pas un refus de la technologie en tant que telle. C’est le refus de la limite. C’est l’homme qui ne veut plus recevoir sa mesure d’en haut. C’est l’intelligence collective qui se transforme en architecture de puissance.
L’IA contemporaine porte une tentation comparable. Elle peut devenir une Babel numérique : une langue unique, un système global, une capacité de traitement gigantesque, une promesse de maîtrise totale. Mais si cette puissance n’est pas gouvernée par une éthique, elle devient une tour sans ciel véritable. Elle monte très haut, mais elle ne sait plus devant qui elle se tient. La Torah ne condamne pas la puissance. Elle condamne la puissance qui oublie sa finalité.
Le point de choix : quand l’homme délègue sa responsabilité
La Torah place l’homme devant le choix. “J’ai placé devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction, tu choisiras la vie” (Devarim 30, 19). Ce verset est l’un des plus importants pour penser l’IA. Car l’un des dangers majeurs de notre époque n’est pas seulement que l’IA choisisse à notre place. C’est que l’homme accepte progressivement de ne plus choisir. Il demandera à l’IA quoi penser. Puis quoi écrire. Puis quoi décider.
Puis quoi croire. Puis quoi transmettre à ses enfants. Puis quelle opinion adopter. Puis quelle vérité considérer comme plausible. Le danger n’est pas dans l’usage ponctuel d’un outil. Il est dans le déplacement du point de choix.
Dans l’entretien, Bengio reconnaît lui-même l’incertitude profonde du moment. Interrogé sur les métiers à conseiller à un jeune de 17 ans, il répond : “Je ne sais pas”, avant d’expliquer que les métiers effectués derrière un clavier seront probablement les premiers touchés, tout en soulignant qu’il existe encore beaucoup d’incertitudes.
Cette formule, “Je ne sais pas”, est importante. Elle donne à l’alerte sa gravité. Nous ne sommes pas devant un discours idéologique qui prétend tout prévoir. Nous sommes devant une inquiétude fondée sur l’écart croissant entre la vitesse de la technique et la faiblesse des garanties humaines.
Rav Dessler a beaucoup insisté sur le Nékoudat ha-bé’hira, le point intérieur où l’homme exerce réellement son choix moral. Dans le monde de l’IA, ce point peut se déplacer silencieusement. L’homme croit gagner du temps, mais il perd parfois l’effort de clarification intérieure. Il croit recevoir une aide, mais il délègue peu à peu sa capacité de discerner. Or la Torah ne demande pas à l’homme d’être seulement efficace. Elle lui demande d’être responsable.
C’est pourquoi le rapport entre Torah et IA ne doit pas être traité comme une opposition simpliste entre tradition et modernité. La question n’est pas de savoir s’il faut utiliser ou refuser l’IA. La question est : à quel endroit l’IA sert-elle l’intelligence humaine, et à quel endroit commence-t-elle à l’endormir ?
Une IA peut aider à rechercher, classer, reformuler, comparer, traduire, organiser. Mais elle ne peut pas remplacer le travail intérieur du Da’at, cette connaissance qui engage l’homme dans la vérité qu’il comprend.
L’information n’est pas encore la connaissance. La connaissance n’est pas encore la sagesse. Et la sagesse n’est pas encore la crainte du Ciel.
IA, démocratie et guerre de l’information : Israël en première ligne
Bengio évoque aussi le danger politique : une IA capable d’influencer des opinions, de personnaliser les messages, de produire des récits et de manipuler à grande échelle. Dans l’entretien, il souligne que ces systèmes peuvent faire plus que les réseaux sociaux, car les utilisateurs peuvent développer une relation presque affective avec leur IA, ce qui ouvre la voie à une influence subtile sur leurs pensées et leurs votes.
Cette inquiétude rejoint les débats internationaux actuels sur la gouvernance de l’IA. Certains grands experts ont averti en juillet 2026 que l’IA évolue plus vite que les règles de contrôle et ont appelé à des garde-fous internationaux, notamment pour protéger les enfants contre des usages manipulateurs ou dangereux (Reuters, 6 juillet 2026).
Cette question doit être lue avec une attention particulière. Le peuple juif et Israël vivent déjà dans une guerre de l’information permanente. Les images, les mots, les accusations, les chiffres, les récits humanitaires, les slogans et les mises en scène médiatiques sont devenus des armes d’influence.
L’IA peut amplifier ce phénomène. Elle peut produire des images fausses, des citations inventées, des vidéos truquées, des campagnes coordonnées, des traductions manipulées, des récits émotionnels calibrés pour chaque public. Elle peut aussi servir à analyser, vérifier, comparer, détecter, documenter et répondre. Tout dépendra de l’usage, de la méthode et de l’éthique.
Ici encore, la Torah donne une clé : le problème n’est pas la technique, mais la finalité. Le Roi Salomon affirme que Dieu a fait l’homme droit, mais que les hommes ont recherché de nombreux calculs (Kohelet 7, 29). Le verset ne nie pas l’intelligence humaine. Il montre que l’intelligence peut tendre vers la ruse, la manipulation et l’orgueil.
Dans la guerre des récits contre Israël, l’IA peut devenir un accélérateur de mensonge. Mais elle peut aussi devenir un instrument de clarification, à condition qu’elle soit utilisée avec rigueur, sources, prudence et responsabilité. La question n’est donc pas : l’IA est-elle bonne ou mauvaise ? La question est : quelle âme humaine la dirige ?
Torah et IA : ne pas sacraliser la machine, ne pas mépriser l’outil
Il serait facile de tomber dans deux erreurs opposées.
La première serait de sacraliser l’IA, comme si chaque progrès technique rapprochait automatiquement l’humanité d’une forme supérieure d’intelligence. La seconde serait de diaboliser l’IA, comme si toute innovation était une menace contre la Torah. La voie juste est plus exigeante et la Torah ne demande pas de fuir le réel mais de l’ordonner. Elle ne refuse pas l’intelligence humaine. Elle la place sous le signe de la responsabilité.
L’entretien de Bengio lui-même évite une lecture simpliste : il reconnaît les usages bénéfiques de l’IA, notamment dans la santé, l’environnement et l’éducation, mais affirme que le problème le plus grave est le développement d’un pouvoir incontrôlé à travers les capacités intellectuelles croissantes de ces systèmes.
L’IA peut devenir un outil considérable pour l’étude, la pédagogie, la traduction, la recherche, la structuration d’articles, l’analyse des sources et la détection des incohérences. Mais elle doit rester un Kéli, un instrument. Elle ne doit pas devenir un maître.
Le danger commence lorsque l’outil devient autorité. Lorsqu’on ne lui demande plus d’aider à penser, mais de penser à notre place. Lorsqu’on ne vérifie plus. Lorsqu’on ne cherche plus les sources. Lorsqu’on confond fluidité du style et vérité de l’idée. Lorsqu’on préfère une réponse immédiate à une pensée lentement conquise.
La Torah est une discipline de la lenteur, de l’écoute et de la responsabilité. L’IA est une machine de vitesse, de synthèse et de production. L’enjeu est de faire entrer la vitesse au service de la profondeur, non de sacrifier la profondeur à la vitesse.
Le vrai danger : une civilisation très intelligente, mais sans sagesse
L’alerte de Bengio révèle quelque chose de plus grave que la puissance des machines. Elle révèle la fragilité de l’homme moderne devant ses propres créations.
L’homme sait produire des systèmes extraordinaires. Mais sait-il encore fixer des limites ? Il sait augmenter ses capacités mais sait-il encore demander vers quoi elles doivent être orientées ? Il sait créer une intelligence artificielle mais sait-il encore cultiver sa propre intelligence morale ?
Dans l’entretien, Bengio explique que les méthodes actuelles utilisées par les grandes entreprises d’IA ne permettent pas de garantir que les systèmes les plus puissants se comporteront correctement ou suivront nos instructions. Il ajoute que l’écart entre les capacités des IA et les moyens de réduction des risques continue de s’élargir.

La Torah pose une exigence que la modernité technologique oublie souvent : l’homme devra rendre compte. Nos sages demandent à l’homme de se souvenir devant qui il est destiné à rendre compte et calcul (Pirké Avot 3, 1). Cette idée est fondamentale. Toute intelligence véritable suppose une responsabilité. Tout pouvoir appelle un jugement. Toute parole engage celui qui la prononce.
L’IA, elle, ne rendra pas compte devant le Roi des rois. L’homme, oui.
C’est pourquoi le centre du débat ne se trouve pas dans la machine, mais dans l’homme qui la fabrique, l’entreprise qui la commercialise, l’État qui l’utilise, le journaliste qui s’en sert, l’enseignant qui l’introduit, le parent qui la laisse entrer dans la vie de ses enfants, le lecteur qui lui accorde ou non sa confiance.
La Torah ne nous demande pas d’avoir peur de l’intelligence. Elle nous demande de ne jamais séparer l’intelligence de la crainte du Ciel (יראת שמים), c’est-à-dire de la conscience qu’une force sans limite peut devenir une faute si elle n’est pas orientée vers le bien.
L’intelligence artificielle oblige l’homme à se regarder lui-même avec une lucidité nouvelle. Elle ne révèle pas seulement ce que la machine est capable d’accomplir. Elle révèle ce que l’homme est prêt à déléguer, à abandonner, à automatiser ou à ne plus vérifier. Elle met à nu notre rapport à la pensée, à la parole, à la responsabilité et à la vérité.
Lorsque Yoshua Bengio confie regretter de ne pas avoir pris conscience des risques assez tôt, cette phrase dépasse le simple aveu personnel. Elle exprime le trouble d’une civilisation capable de produire une puissance immense avant même d’avoir clarifié la finalité morale de cette puissance. L’homme avance plus vite qu’il ne comprend. Il construit plus vite qu’il ne juge. Il invente plus vite qu’il ne se demande devant qui il devra répondre.
C’est ici que la Torah apparaît dans sa force universelle. Elle ne vient pas comme une nostalgie du passé, ni comme un refus de la modernité. Elle vient rappeler ce qu’aucune machine ne pourra établir par elle-même : l’intelligence n’a de grandeur que lorsqu’elle demeure liée à la responsabilité, la parole n’a de dignité que lorsqu’elle demeure liée à la vérité, et le pouvoir n’a de légitimité que lorsqu’il accepte une limite supérieure à lui.
Une civilisation qui sait créer une intelligence sans âme doit encore prouver qu’elle possède une âme assez forte pour la gouverner. La question n’est donc pas seulement de savoir comment contrôler l’IA. La vraie question est de savoir comment empêcher l’homme de perdre le contrôle de lui-même.
Car le danger ultime n’est pas qu’une machine devienne humaine. Le danger est que l’homme, fasciné par la machine, devienne moins humain : moins responsable, moins intérieur, moins attentif à la vérité, moins capable de choisir par lui-même le bien.
La Torah rappelle alors une évidence que notre époque risque d’oublier : l’homme n’est pas grand parce qu’il produit de l’intelligence, mais parce qu’il peut l’orienter vers la vérité, la justice et la vie. C’est cette grandeur qu’aucun algorithme ne possède, et que l’homme ne doit jamais céder.