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Israël n’est pas une création américaine : ce que Randy Fine rappelle au monde

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Randy Fine prend la parole lors d’une conférence de presse officielle en Floride, entouré d’élus et de représentants affichant publiquement leur soutien à Israël.

Randy Fine est un élu républicain de Floride, représentant le 6e district de cet État à la Chambre des représentants américaine depuis 2025. Il appartient à cette génération de responsables politiques américains qui défendent Israël sans adopter le langage prudent et souvent ambigu de la diplomatie traditionnelle. Dans le débat récent sur les rapports entre Washington et Jérusalem, Fine a refusé l’idée qu’Israël serait une création américaine ou un pays dont l’existence dépendrait du soutien des États-Unis.

Son style est frontal et peut choquer. Mais le cœur de son intervention mérite d’être entendu : Israël n’a pas été fabriqué par l’Amérique. Il n’a pas été offert au peuple juif par une grande puissance. Il n’est pas né d’un décret politique, d’une subvention étrangère ou d’une permission internationale.

1948 : Israël n’est pas né d’un cadeau américain

L’État a été bâti par les Juifs eux-mêmes. Il a été construit par ceux qui ont quitté l’Europe, l’Afrique du Nord, le Moyen Orient, l’Union soviétique ou l’Amérique pour revenir sur une terre qu’ils n’avaient jamais cessé de porter dans leur prière. Il a été construit par les pionniers, les familles, les enseignants, les bâtisseurs, les agriculteurs, les soldats, les réfugiés, les rescapés de la Shoah et les communautés de diaspora qui ont donné de leur argent, de leur travail et parfois de leurs enfants.

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclama l’indépendance de l’État d’Israël. Les États Unis reconnurent le nouvel État le même jour. Cette reconnaissance fut importante, mais elle ne fut pas la naissance d’Israël. Les États Unis maintenaient alors un embargo sur les armes contre tous les belligérants, tandis que plusieurs armées arabes entraient dans la guerre contre le jeune État. Un allié peut aider un peuple mais ne peut pas s’attribuer la paternité de son histoire.

1948, la résolution 181 et la reconnaissance des États-Unis

Harry S. Truman reçoit Haïm Weizmann à Washington, le 25 mai 1948Le président américain Harry S. Truman reçoit Chaim Weizmann à Washington, le 25 mai 1948, quelques jours après la reconnaissance de l’État d’Israël par les États-Unis. Photo d’archives.

Il faut pourtant être précis. La résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies, adoptée le 29 novembre 1947, proposait la création de deux États, l’un juif et l’autre arabe. Elle fut un moment politique et diplomatique important. Mais elle n’a construit aucune ville, n’a défendu aucune frontière, n’a accueilli aucun survivant et n’a empêché aucune invasion. Une résolution internationale peut proposer un cadre. Elle ne peut pas créer à elle seule une nation vivante.

C’est là que commence l’erreur de beaucoup de commentateurs occidentaux. Ils parlent d’Israël comme si son existence reposait sur une faveur internationale révocable.

Comme si les nations avaient un jour donné un pays aux Juifs et conservaient donc le droit de leur retirer cette permission. Comme si l’État juif était une concession diplomatique, et non le résultat d’une histoire, d’une mémoire, d’un travail et d’un sacrifice.

Les Juifs n’ont jamais oublié Jérusalem parce qu’une résolution des Nations unies le leur demandait. Ils n’ont jamais tourné leur visage vers Sion parce qu’une chancellerie occidentale l’avait décidé.

Pendant près de deux mille ans d’exil, ils ont prié pour le retour, transmis la langue de leurs textes, préservé une mémoire nationale, chanté les psaumes de Sion, pleuré la destruction du Temple et répété, chaque année, « l’an prochain à Jérusalem ».

Une mémoire juive plus ancienne que les décisions internationales

L’État moderne a été fondé en 1948. Mais son histoire ne commence pas en 1948.
Dans la conscience juive, le destin d’Israël commence bien avant les institutions modernes, les frontières et les armées. Il commence avec une alliance. Au mont Sinaï, Israël reçoit une définition de lui-même qui ne repose ni sur la puissance ni sur le nombre :

« ואתם תהיו לי ממלכת כהנים וגוי קדוש », « Vous serez pour Moi un royaume de prêtres et une nation sainte » (Chémote 19, 6).

Cette affirmation ne promet pas la domination du monde. Elle impose une responsabilité.

Un royaume de prêtres n’est pas un empire. C’est une nation appelée à témoigner qu’il existe une loi au-dessus de la force, une justice au-dessus des intérêts et une dignité humaine au-dessus de la brutalité. La Torah ne donne pas au peuple juif une mission de conquête universelle. Elle lui donne une mission de fidélité.

C’est pourquoi l’élection d’Israël ne doit jamais être comprise comme une supériorité raciale ou nationale. La Torah dit elle-même :

« כי אתם המעט מכל העמים », « Vous êtes le plus petit de tous les peuples » (Devarim 7, 7).

Le peuple juif n’a jamais été grand par le nombre. Sa survie ne repose pas sur sa puissance démographique. Elle repose sur une mémoire, une loi, une foi, une fidélité et une capacité presque incompréhensible à reconstruire après chaque catastrophe. Ce n’est pas de l’arrogance de le dire. C’est constater l’histoire.

Le lien entre le peuple juif, Jérusalem et la terre d’Israël

Les Juifs ont été expulsés, dispersés, humiliés, convertis de force, massacrés, enfermés dans des ghettos, accusés de tous les maux, puis soumis à la destruction industrielle de la Shoah. Pourtant, ils n’ont pas disparu. Ils ont continué à étudier, à prier, à écrire, à enseigner, à soigner, à créer, à inventer et à transmettre.

Le peuple juif n’a jamais porté un projet de domination mondiale. Il n’a jamais cherché à imposer sa religion par l’épée aux autres nations. Son projet a toujours été plus simple et plus difficile : survivre, vivre selon sa loi, protéger ses enfants, créer une société et apporter au monde une vision morale dans laquelle le pouvoir n’est pas absolu.
C’est cette idée qui a nourri, au fil des siècles, une partie essentielle de la conscience morale occidentale : l’homme n’est pas seulement un sujet soumis au pouvoir, il possède une dignité qui précède le pouvoir:

« ויברא אלוהים את האדם בצלמו », « Dieu créa l’homme à Son image » (Béréchite 1, 27).

Pourquoi Israël est jugé différemment des autres États ?

Il est né dans l’histoire moderne, le 14 mai 1948, par une déclaration d’indépendance, une guerre terrible et l’édification rapide d’un État. Mais il était déjà né dans la mémoire d’Israël, au Sinaï, dans le désert, dans les psaumes, dans les prières, dans les larmes du Ticha BeAv et dans la promesse répétée de génération en génération.

Déclaration d'indépendance de l'état d'israëlDéclaration d'indépendance de l'État d'Israël : 1948

C’est pourquoi l’État juif ne peut pas être réduit à une décision prise dans une enceinte internationale. Charles de Gaulle appelait l’Organisation des Nations unies « ce machin ». La formule est brutale, mais elle exprime une vérité : les institutions internationales peuvent voter, condamner, recommander et publier des résolutions. Elles ne peuvent pas créer l’âme d’un peuple, ni effacer une histoire de trois mille ans.

L’ONU a joué un rôle politique dans l’histoire de 1947. Mais elle n’a pas inventé le lien entre le peuple juif et sa terre. Elle n’a pas inventé Jérusalem dans la prière juive. Elle n’a pas inventé les mots

« אם אשכחך ירושלים תשכח ימיני », « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite m’oublie » (Tehilim 137, 5).

Et surtout, elle n’a pas créé la détermination juive à ne plus dépendre de la compassion instable des autres nations.

C’est là que Randy Fine touche un point profond. Israël n’est pas seulement un État parmi d’autres. Il est la réponse politique d’un peuple qui a compris, après deux millénaires de vulnérabilité, qu’il ne peut pas remettre son destin entre les mains du bon vouloir des puissances étrangères.

Cela ne signifie pas qu’Israël doit mépriser ses alliés. L’alliance américaine est importante et stratégique et souvent décisive. Mais une alliance n’est pas une tutelle. L’amitié ne donne pas un droit de propriété. Aider Israël ne signifie pas pouvoir décider à sa place de ce qu’il doit accepter pour survivre.

Souveraineté, alliance américaine et responsabilité morale

Il faut également dire clairement ce que beaucoup refusent de regarder. Israël n’est pas parfait. Aucune démocratie n’est parfaite. Aucune armée n’est parfaite. Aucune société n’est exempte d’erreurs, de tensions, de fautes ou de contradictions.

Mais quelle autre démocratie de taille comparable aurait survécu à près de huit décennies de guerres, de menaces d’invasion, de terrorisme, de tirs de roquettes, de prises d’otages, de boycotts, de campagnes de délégitimation et d’appels répétés à sa disparition ?

Quelle autre nation aurait traversé cela après deux mille ans d’exil, de persécutions et de massacres, sans sombrer dans le désespoir ou dans la folie ?

La question ne dispense pas Israël de toute exigence morale. Elle oblige simplement ceux qui le jugent à regarder les circonstances réelles.

Distribuer des notes de morale à Israël depuis des capitales européennes protégées, loin des sirènes, des abris, des frontières menacées et des organisations armées qui annoncent publiquement leur volonté de détruire l’État juif, devient souvent une forme de démagogie. La morale qui ignore le réel cesse d’être une morale. Elle devient une posture confortable.

Israël ne demande pas au monde de fermer les yeux sur ses difficultés. Il demande seulement que le monde cesse de lui imposer une exigence de perfection qu’il n’exige d’aucun autre État.

Islamisme politique : une menace que l’Occident refuse souvent de nommer

Le problème n’est pas chaque musulman. Le problème n’est pas une religion vécue dans la liberté et le respect des lois communes. Le problème est l’islamisme politique lorsqu’il transforme la religion en instrument de domination, la foi en moyen de coercition et la violence en devoir sacré.

L’islamisme radical n’est pas seulement une menace pour Israël. Il a d’abord détruit des sociétés musulmanes. Il a réduit au silence des femmes, des minorités, des intellectuels, des journalistes, des dissidents et des musulmans qui refusaient de se soumettre à sa lecture totalitaire de la religion.

Il faut donc être ferme contre cette idéologie, sans tomber dans l’injustice collective. La lucidité ne consiste pas à haïr des peuples. Elle consiste à désigner avec précision ce qui menace la liberté, la dignité humaine et la paix.

Ce que la Torah apporte au débat politique

Hillel enseigne :

« אם אין אני לי מי לי », « Si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ? » (Pirké Avot 1, 14).

Cette phrase est devenue, après l’exil et la Shoah, une leçon politique. Israël doit être capable de protéger ses citoyens, de défendre ses frontières et de prendre seul les décisions qui concernent sa survie.

Mais Hillel ajoute immédiatement :

« וכשאני לעצמי מה אני », « Et lorsque je ne suis que pour moi, que suis-je ? » (Pirqé Avot 1, 14).

Voilà la grandeur et la difficulté d’Israël. Il doit être assez fort pour ne plus dépendre de la pitié des nations. Mais il doit aussi être assez fidèle à sa Torah pour ne pas adorer sa propre force. La souveraineté est nécessaire. Elle ne peut pas devenir une idole. La guerre peut être imposée. Elle ne doit jamais faire oublier la justice.

Le prophète Yechayahou donne cette mesure :

« ציון במשפט תפדה ושביה בצדקה », « Sion sera délivrée par le jugement, et ceux qui reviennent à elle par la justice » (Yechayahou 1, 27).

C’est peut-être cela que les nations devraient enfin comprendre.
Le peuple juif n’a jamais demandé à gouverner le monde. Il a seulement demandé le droit de ne plus être livré au monde. Il n’a jamais cherché à faire disparaître les autres peuples. Il a cherché à ne plus disparaître lui-même.

Il n’a jamais voulu imposer sa foi à l’humanité. Il a voulu préserver sa foi, sa mémoire, sa loi et son droit de vivre sur la terre de ses pères. Israël n’est pas né contre le monde. Il est né parce que le monde a trop souvent abandonné les Juifs lorsqu’ils étaient sans défense. Les nations devraient donc changer leur regard.

Elles devraient cesser de considérer Israël comme un problème à résoudre, une anomalie à corriger ou une démocratie à mettre sous surveillance permanente. Elles devraient comprendre qu’Israël est l’une des grandes réponses de l’histoire juive à la persécution, à l’exil et à l’impuissance.

Un peuple qui a traversé Babylone, Rome, l’Espagne de l’Inquisition, les pogroms, la Shoah et les guerres modernes n’est pas revenu sur sa terre pour demander l’autorisation de vivre. Il est revenu parce qu’il avait un destin.


Et ce destin, annoncé dans la mémoire d’Israël au Sinaï, n’est pas de menacer les nations, mais de rappeler aux nations qu’aucune civilisation ne peut durer lorsqu’elle oublie la justice, la dignité humaine et la vérité.

Israël peut remercier ses alliés sans devenir leur obligé.
Il peut entendre les critiques sans accepter que quiconque remette en cause son droit de vivre. Il peut être fort sans perdre son âme.
Et il peut regarder le monde avec lucidité, en sachant que son existence ne repose ni sur la faveur de Washington, ni sur les votes changeants des Nations unies, mais sur la fidélité obstinée d’un peuple qui, après plus de trois mille ans, refuse encore de renoncer à lui-même.

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