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Souccot 1941 : une soucca dans le ghetto de Lodz

En octobre 1941, malgré la faim et la pénurie de bois, des Juifs du ghetto de Lodz construisirent une soukka et réussirent à se procurer deux ensembles des quatre espèces.

Souccot 1941 : une soucca dans le ghetto de Lodz
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En octobre 1941, l’hiver approchait déjà du ghetto de Lodz. Le froid pénétrait dans les logements surpeuplés, mais le bois était devenu presque introuvable. Pour alimenter les poêles, certains habitants avaient commencé à arracher les portes, les encadrements de fenêtres et tout ce qui pouvait encore brûler.

Dans ces conditions, conserver quelques planches pour construire une soukka paraissait déraisonnable. Pourtant, à l’approche de Soukot, des hommes décidèrent de le faire.

Une soukka construite avec presque rien

Depuis le 30 avril 1940, le ghetto était fermé. Des clôtures de barbelés le séparaient du reste de la ville, rebaptisée Litzmannstadt par l’occupant allemand. Environ 160 000 Juifs avaient été entassés dans un quartier exigu, largement dépourvu d’eau courante et d’égouts. La majorité travaillait dans les ateliers imposés par les Allemands, principalement pour fabriquer des uniformes et du matériel destiné à leur armée.

Les journées étaient épuisantes et les rations dérisoires. La faim ne constituait pas une épreuve occasionnelle, mais le décor permanent de l’existence. Chaque morceau de pain était pesé, partagé, parfois disputé. Chaque fragment de bois pouvait signifier quelques heures de chaleur supplémentaires.

C’est dans ce monde de privations que quelques habitants entreprirent de bâtir une habitation provisoire.

La soukka ne devait certainement pas être vaste. Il suffisait qu’elle possède des parois et un toit de branchages conforme aux exigences de la mitsva. Mais dans le ghetto, chaque planche posait une question douloureuse : fallait-il la brûler pour se réchauffer ou la réserver à une construction qui ne durerait que sept jours ?

Le choix fut fait. Le bois fut conservé et la soukka prit forme.

Deux jeux de quatre espèces pour tout un ghetto

Une autre difficulté demeurait. trouver les quatre espèce indispensables à la réalisation de la mitsva. Sans loulav ni étrog, l’une des principales mitsvote de Soukot ne pourrait pas être accomplie. Or, trouver un étrog en Pologne occupée semblait presque impossible. Le ghetto était isolé, les déplacements étroitement contrôlés et les échanges avec l’extérieur réduits à presque rien.

Des hommes furent néanmoins autorisés à se rendre à Varsovie pour rechercher les quatre espèces. Ils revinrent avec deux ensembles seulement : le loulav, la branche de palmier, accompagné du hadass, de la myrte, de l’arava, du saule, et surtout de l’étrog. Deux jeux pour une population qui comptait encore des dizaines de milliers de Juifs.

Lorsque Soukot commença, les habitants se présentèrent donc les uns après les autres. Certains patientèrent longtemps avant de pouvoir entrer dans la soukka et tenir quelques instants les quatre espèces. Dans le ghetto, où les files d’attente étaient habituellement celles du pain, de la soupe ou des distributions de combustible, des hommes attendaient cette fois pour réciter une bénédiction.

Les photographies qui arrachèrent cette fête à l’oubli

Parmi eux se trouvait un jeune garçon. Sur l’une des photographies prises ce jour-là, il apparaît près de plusieurs hommes en prière. Tous portent des vêtements ordinaires, déjà marqués par les conditions du ghetto. Aucun décor ne vient embellir la scène. Le lulav se dresse pourtant au milieu du groupe, immédiatement reconnaissable, comme s’il appartenait encore au monde d’avant.

Des hommes et un enfant accomplissent la mitsva du loulav dans le ghetto de Lodz Des hommes et un enfant accomplissent la mitsva du loulav dans le ghetto de Lodz

Les hommes savaient-ils combien d’entre eux seraient encore vivants au Soukot suivant ? À l’automne 1941, les grandes déportations de Łódź vers le centre de mise à mort de Chełmno n’avaient pas encore commencé. Mais la faim, les maladies et le travail forcé avaient déjà emporté de nombreux habitants. Tous comprenaient que le ghetto n’était pas un refuge et que ses clôtures ne les protégeaient de rien.

Des hommes accomplissent la mitsva du loulav dans le ghetto de Lodz

La soukka portait alors une signification singulière. Chaque année, les Juifs quittent symboliquement la sécurité de leur maison pour habiter sous un toit fragile. À Lodz, cette fragilité n’avait plus rien de symbolique. Les maisons elles-mêmes ne garantissaient aucune protection. Les murs du ghetto, bien que solides et surveillés, ne procuraient aucune sécurité. Et pourtant, ces hommes entrèrent dans la soukka.

Ils auraient pu considérer que la misère rendait toute célébration impossible. Ils choisirent au contraire de marquer le temps selon le calendrier juif, et non seulement selon les journées de travail imposées par les Allemands. Pendant quelques instants, ils ne furent plus simplement des détenus attendant une ration. Ils redevinrent les membres d’une communauté réunie pour Soukot.

Sauvegarder son identité juive

Leur acte ne fut ni une révolte armée ni une tentative d’évasion. Il appartenait à une autre forme de résistance : préserver une bénédiction, une pratique et une identité dans un univers organisé pour les détruire. Construire cette soukka revenait à affirmer que le ghetto n’avait pas obtenu le dernier mot.

La scène pourrait aujourd’hui sembler relever d’un récit transmis et progressivement embelli. Pourtant, elle fut photographiée. Plusieurs clichés montrent des habitants du ghetto priant avec les quatre espèces et attestent qu’une soukka y fut effectivement construite en octobre 1941. L’une de ces images est conservée dans les archives photographiques de Yad Vashem.

D’autres photographies furent retrouvées et présentées par l’Institut Shem Olam. Son directeur, le rabbin Avraham Krieger, a rapporté les recherches entreprises pour obtenir les deux ensembles des quatre espèces et l’autorisation exceptionnelle donnée à plusieurs habitants de se rendre à Varsovie. Il a également expliqué combien la conservation du bois nécessaire à la soukka était difficile, à une époque où portes et fenêtres étaient démontées pour chauffer les logements. Ces éléments accompagnent les photographies publiées par Ynet.

Le contexte dans lequel elles furent prises est confirmé par le United States Holocaust Memorial Museum, qui décrit un ghetto dominé par la faim, le surpeuplement et le travail forcé. Plus de vingt pour cent de ses habitants moururent directement de ces conditions.

Il reste pourtant, sur les photographies de Soukot 1941, quelques hommes et un enfant rassemblés autour d’un lulav. Nous ignorons leurs noms et ce qu’ils devinrent. Mais l’image a conservé leur geste : derrière les barbelés de Łódź, dans un lieu où le bois servait d’abord à ne pas mourir de froid, ils en avaient réservé une partie pour construire une soukka.

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Shoah Souccot Quatre especes Soucca Etrog Loulav Juifs d'Europe de l'Est

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