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Que reste-t-il de la communauté juive libanaise ?

Lundi 18 Aout 2008 | 20h35  
 
 
 
 


Synagogue Maguèn Avraham
Le dernier vestige de la communauté juive libanaise, la synagogue Maguèn Avraham dans la capitale libanaise, témoigne de la situation de cette communauté. Construite en 1920 dans le quartier de Wadi Abou Jmil – autrefois connu sous le nom de Wadi Al Yahoud, la vallée des Juifs – la synagogue est maintenant une ruine déserte.

"Tout a été pillé pendant la guerre civile, les bancs en marbre et même les fenêtres", déplore Samuel, un membre du Comité de la communauté juive libanaise, qui a préféré utiliser un pseudonyme pour se confier sur la vie de la communauté.

Sans synagogue ni rabbin, les quelques Juifs restés à Beyrouth – environ 300 selon les estimations officielles – sont contraints de prier à la maison.

"Nous manquons également d'un endroit pour acheter localement des produits Kacher. Nous n'avons pas d'écoles pour apprendre les prières et l'hébreu à nos enfants", regrette Samuel, âgé de 60 ans.

Le séminaire qui se trouvait à proximité de la synagogue a été détruit pendant la guerre civile et la communauté n'a plus de rabbin depuis longtemps. "Nous ne parlons que l'arabe. Nous n'utilisons l'hébreu que pour la prière", ajoute Samuel.

Dans la capitale, le long de l'ancienne ligne de démarcation entre les quartiers musulman et chrétien, se trouve un autre vestige : le cimetière juif. Les inscriptions en hébreu et les étoiles de David à l'entrée sont couvertes de poussière. "Quasiment personne ne vient ", explique Samuel.



Toutefois, des efforts sont réalisés pour faire revivre la communauté qui a l'intention de faire rénover la synagogue et qui a lancé un blog – encore en construction – appelé Les Juifs du Liban : http://thejewsoflebanon.org/ L'objectif de ce blog est de faire participer la communauté juive à la vie publique.

"Nous espérons que cette synagogue, l'une des plus grandes du monde arabe, sera rénovée cette année ou d'ici 2009", affirme Samuel qui ajoute que les rénovations seront essentiellement financées par des Juifs libanais expatriés.

Le judaïsme est reconnu comme l'une des 18 confessions au Liban, bien que la communauté juive diminue constamment et est confrontée à la violence et aux préjugés.

"Avant la guerre civile (1975-1990), nous étions environ 22 000. C'est après l'invasion (israélienne) du Liban en 1982 que la présence juive au Liban a considérablement diminué", raconte Samuel.

Efraïm, un marchand lui aussi membre du Comité juif, l'organe officiel de la communauté, affirme que les Juifs souffrent du fait que les autres Libanais confondent les termes "Juifs" et "Israéliens". Le Liban est en état de guerre constant avec Israël, qui est souvent surnommé "l'ennemi sioniste".

"Les gens me demandent parfois si je suis israélien", déplore Efraïm, qui utilise également un pseudonyme. Et d'ajouter : "C'est comme si nous utilisions le terme Iraniens pour décrire les Chiites libanais. Ils ne comprennent pas qu'Israël ne veut rien dire pour nous. Nous le considérons comme un pays ennemi comme le font tous les Libanais."

"Après 1982, très peu de Juifs sont allés en Israël et ceux qui l'ont fait ne sont pas restés longtemps. Ils se sentent profondément Libanais", explique Efraïm. Présents au Liban depuis plus de 2 000 ans, les Juifs ont commencé à quitter le pays pendant la période troublée de la guerre civile. "Il n'y a pas eu de persécutions, en dehors de quelques incidents. Ceux qui ont quitté sont comme les milliers de Libanais qui ont fuit le pays pour chercher un meilleur avenir", affirme Samuel.

"Les Juifs vivaient généralement dans les grandes villes comme Beyrouth, Baalbek, Tripoli et Saïda en parfaite harmonie avec les autres communautés", raconte Samuel, en ajoutant que les synagogues de ces villes sont également tombées en ruines. Et d'ajouter : "Nombre de Juifs expatriés ont encore des terrains ici et ils ne veulent pas les vendre, car c'est comme s'ils vendaient une partie d'eux-mêmes". Les expatriés restent en effet fidèles à leur héritage et nombre d'entre eux viennent même chaque année en vacances au Liban, sans s'y installer toutefois. "Est-il possible de s'installer ici avec les tensions que connaît actuellement le Liban ?" demande Efraïm. "Nous avons toujours été neutres en politique et nous le restons. Aujourd'hui, nous vivons tranquillement et nous voulons continuer à vivre ainsi dans notre pays", conclu Efraïm.

Source : Arouts7 juillet 2008
   


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