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Comprendre Lag Ba'omèr

Vendredi 27 Avril 2018 | 15h45   Vue : 630 fois
 
 
 
 


La terre détruite

Le Bét Hamikdach venait d'être détruit par Titus. On est en l'an 70 de l'ère courante. Rabbi Yo’hanane ben Zakaï avait ouvert une académie à Yavné. L'étude de la Tora avait, en quelque sorte, remplacé le Temple de Jérusalem dans le cœur de chaque juif.


Pillage du second temple par les Romains
Après la catastrophe dont nous rappelons le triste souvenir à chaque 9 Av, la Judée ressemblait à un désert. Plusieurs villages étaient en ruine dans le pays que les Romains vainqueurs désignaient désormais sous le nom de Palestine afin que le nom de juif ne fût plus mentionné à son propos.

Sur l'emplacement de la Ville sainte, s'élevait main tenant la cité nouvelle, Aélia Capitolina, avec ses théâtres et ses temples dédiés aux divinités romaines.

Malgré cette situation désastreuse, la résistance s'organisait et les Romains comprirent que cette résistance ne tirait sa force que de la Tora et de l'espérance religieuse des juifs.

Hadrien s'inspirant peut-être d'Antiochus Epiphane prit des décrets interdisant non seulement la circoncision mais encore l'observance du Chabbat, l'enseignement de la Tora et l'ordination des Rabbins.


L'insurrection


Lettre de Bar Kokhba demandant de l’aide
L'insurrection contre l'occupant romain éclata en l'an 132. L'âme de la révolte fut Rabbi ‘Akiba qui salua, en la personne de Bar Kokhba, le Messie libérateur d'Israël. La révolte s'étendit à toute la Palestine. On s'assemblait dans des lieux fortifiés, dans les grottes et les passages souterrains.

L'empereur Hadrien revint lui-même de Rome pour diriger les opérations de répression, devant l'insuccès du gouverneur Tinnius Rufus que les juifs appelaient Tiranus ou Tournus Rufus (le tyran).


Le chef, Bar Kokhba, se réfugia alors, avec le gros de ses troupes, dans la puissante forteresse de Bétar, au nord-ouest de Jérusalem. Après une défense longue et opiniâtre, la forteresse de Bétar tomba en 135.


Siege de Bétar par les romains
Un massacre indescriptible fut perpétré par les légions romaines. On conduisit sur le bûcher dix martyrs d'Israël, parmi lesquels Rabbi ‘Akiba.
Les décrets romains restaient en vigueur.

C'est dans ce contexte de ruine que se situe l'histoire de Rabbi Chim’on Bar Yo’haï. Etudiant à Yavné, mais surtout à Bné Brak.

Durant treize ans, à l'école de Rabbi ‘Akiba, Rabbi Chim’on Bar Yo’haï eut le temps et l'occasion de former son caractère auprès de celui qui devait marquer toute l'histoire d'Israël de son empreinte.


Rabbi Chimon Bar Yo'hai


Rabbi Chim’on Bar Yo’haï
Dans le traité Chabbat (33b), Nos ’Hakhamim nous raconte les circonstances qui amenèrent Rabbi Chim’on à vivre en exil dans une caverne:
Rabbi Juda, Rabbi Yossé et Rabbi Chim’on étaient réunis, et Juda, le fils d'un prosélyte, se tenait près d'eux.
Rabbi Juda fit observer: « Les travaux de ces Romains sont admirables ils ont tracé des routes, construit des ponts, bâti des thermes ».

Rabbi Yossé garda le silence, mais Rabbi Chim’on répliqua: « Tout ce qu'ils ont fait, ils l'ont fait pour eux-mêmes : les rues pour les prostituées, les thermes pour leurs corps, les ponts pour lever des péages ».
Le fils du prosélyte rapporta leurs paroles qui parvinrent aux oreilles du gouverneur et Rabbi Chi m’on fut condamné à mort par contumace.



Il alla alors chercher son fils El’azar et ils se cachèrent tous deux dans une caverne pendant douze ans, passées devant Dieu à étudier la Tora. Le jour, ils quittaient leurs vêtements pour s'enfouir debout dans le sable jusqu'à la gorge. Quand venait le temps de prier, ils s'habillaient et ainsi leurs vêtements ne s'usèrent pas.

Un miracle se produisit en leur faveur qui leur permit de pourvoir à leur nourriture. Un caroubier et une source d'eau jaillirent dans la grotte à leur intention. La tradition nous apprend que le Prophète Elie lui-même venait dans la grotte enseigner la Tora à Rabbi Chim’on.



Quand l'époque devint plus clémente à l'égard des Juifs, Rabbi Chim’on comprit que le moment était venu de sortir de sa grotte. Mais il ne put supporter la vue des gens s'adonnant aux occupations quotidiennes de la vie matérielle et il dut retourner dans sa grotte pendant encore douze mois. Rabbi Chim’on Bar Yo’haï comprit que le moment était venu pour lui de se faire connaître, ou plutôt de dévoiler son enseignement à ses disciples qui le consignèrent dans une oeuvre magistrale: le "Zohar", ou "livre de la Splendeur"

L'enseignement du Zohar diffusé à travers tous les textes de la tradition et un grand nombre de pratiques religieuses a pris ainsi corps dans la vie quotidienne du peuple juif.


La période du 'Omèr

Rabbi Abba, son disciple, nous raconte que, pen dant qu'il écrivait sous la dictée du Maître, il n'entendit plus rien.

« Je ne pouvais pas lever la tête car la lumière était éblouissante et je ne supportais pas son regard.
Tout le jour durant, la Splendeur (présence divine) ne se retira point de la maison et personne ne pouvait s'en approcher, à cause de la lumière qui rayonnait. Je gisais dans la poussière et je poussais des cris. Mais quand la Splendeur fut retirée, je vis que la "Lampe Sainte", le Saint parmi les Saints, avait été enlevée de ce monde.
Enveloppé de son manteau, il était penché sur le côté droit et son visage avait encore l'expression d'un sourire ».


Ainsi est décrite la mort de Rabbi Chim’on Bar Yo’haï survenue d'après la tradition un 18 Iyar, c'est à-dire à Lag Ba’omer, devenu sa Hilloula.

En Israël, Lag Baomer est l'occasion pour les jeunes et les moins jeunes, de faire d’immenses brasiers. Ces feux de joie Symbolisent la Tora de Rabbi Chim’one Bar Yo’haï et évoquent son œuvre maîtresse, le Zohar, dont le nom signifie brillance, lumière.

En outre, lorsque Rabbi Chim‘one est sorti de la caverne, son regard était tellement embrasé qu’il mettait le feu aux alentours.


Les enfants ont aussi l’habitude de jouer à l'arc et aux flèches. L’origine de cet usage est lié à un récit selon lequel aucun arc-en-ciel n’est apparu du vivant de rabbi Chim‘on bar Yo‘haï (Yerouchalmi Berakhoth 9, 2).

Il faut préciser que le mot hébreu « Kéchèt » Qualifie, comme en français, tous les « arcs », qu’il s’agisse de l’arc-en-ciel ou de l’arc de l’archer. Cela rappelle aussi l'épopée de la guerre contre les Romains,.



Un autre usage, très répandu en Israël, veut que la première coupe de cheveux d’un garçon (‘Halaka), se fasse à Mérone, sur la tombe de Rabbi Chim’on, à l’age de trois ans.

C'est une cérémonie particulièrement sympathique qui fait de plus en plus d'adeptes.



Mais surtout Lag Ba’omer est l'occasion de pèlerinages, à Mérone près de Safèd où se trouve la tombe de Rabbi Chim’on Bar Yo’haï.

La nuit venue, des chiffons sont brûlés de toutes parts sur les collines.

La signification de ces feux de joie est d'abord de rappeler qu'à la mort de Rabbi Chim’on Bar Yo’haï le monde fut empli de lumières, mais aussi que sa mort a marqué sa libération des contraintes matérielles et l'union mystique de l'âme (Hilloula) purifiée à sa source.




Tombe de Rabbi El’azar

Tombe de Rabbi Chim’one













A l'origine, la période du 'Omer devait être la plus joyeuse de toute l'année juive. En effet Péssa'h marque la sortie d'Égypte et la libération physique du peuple juif. Mais la libération véritable n'eut lieu qu'au Sinaï, 49 jours plus tard, lorsque les Bné Israël reçurent la Tora, car la Tora est notre vie et le secret de notre bonheur.
Aussi, à partir du deuxième soir de Péssa'h, on compte les jours qui nous rap prochent de la « Révélation » sur le mont Sinaï. Évidem ment, cette période de l'année ne pouvait être que joyeuse.


Ces sept semaines sont devenues des semaines de deuil, où toute joie doit être évitée. En effet, à cette époque de l'année, une épidé mie s'est déclarée parmi les disciples de Rabbi Akiba en conséquence de la jalousie présomptueuse et du manque de respect de ces disciples les uns vis-à-vis des autres.
La tradition nous dit que « douze mille couples » de Rabbins furent ainsi décimés, ce qui est une perte pour tout le peuple juif dont les conséquences se font ressentir jusqu'à nos jours. On parle de couples probablement en tenant compte du fait qu'il faut être à deux pour étudier la Torah.


A Lag Ba’omer, l'épidémie cessa et Lag Ba’omer porte désormais un caractère de petite fête, surtout pour les élèves des écoles.

D'après la tradition, la Manne se mit à tomber à partir de Lag Baomer après que les provisions empor tées d'Égypte eurent été épuisées.
Lag Ba’omer est également lié au nom prestigieux de Rabbi Chim’on Bar Yo’haï pour qui ce jour était celui de sa Hilloula, de son « mariage mystique avec la Tora ».







   


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