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Torah & Étude Fêtes juives

Guide des fêtes juives : dates du calendrier hébraïque, histoire, signification, lois, prières, coutumes et traditions de chaque fête.

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Kippour : pardon, Téchouva, Vidouï et réparation

Kippour n’efface pas mécaniquement le passé. Le Rambam, la Michna Yoma et le Maharal montrent que le pardon commence lorsque l’homme nomme sa faute, répare envers autrui et prend une décision qui survivra au jeûne. Une réflexion sur le jour où l’on cesse enfin de se raconter des histoires.

Kippour : pardon, Téchouva, Vidouï et réparation
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Kippour est souvent présenté comme le jour du pardon. La formule est juste, mais elle est insuffisante si elle suggère que la date, le jeûne ou la récitation des prières effacent mécaniquement la faute. La Torah dit : Car en ce jour, il sera fait expiation pour vous afin de vous purifier ; de toutes vos fautes, devant D-ieu, vous serez purifiés (Vayikra 16, 30). Le verset associe trois éléments : l’expiation, la purification et le fait de se tenir devant D-ieu. Il ne traite donc pas seulement du statut juridique de la faute, mais aussi de la personne qui l’a commise et de sa relation avec D-ieu. Kippour exige ainsi une appréciation exacte de ses actes, sans justification artificielle, ainsi qu’une décision réelle de changer.

Le principe central à retenir est le suivant : l’expiation de Kippour n’est pas automatique. Elle est liée à la Téchouva, au Vidouï et, pour les fautes envers autrui, à la réparation.

Le pardon de Kippour n’est pas un effacement automatique

La Kappara (l’expiation), c’est-à-dire la suppression du lien d’accusation produit par la faute, n’est pas une indulgence accordée à celui qui refuse de changer. Le Rambam enseigne qu’en l’absence du Temple et de l’autel, la Téchouva reste ouverte ; elle désigne le retour vers D-ieu par l’abandon de la faute, le regret, la confession et la résolution de ne pas recommencer. Il ajoute que l’essence même du jour de Kippour expie pour ceux qui reviennent (Michné Torah, Hilkhot Téchouva 1, 3). La précision pour ceux qui reviennent est déterminante : la sainteté du jour agit en relation avec une démarche de retour, et non indépendamment d’elle.

Le Rambam précise encore que Kippour est le temps de la Téchouva pour tous, pour l’individu comme pour la collectivité, de sorte que chacun doit y revenir et se confesser (Hilkhot Téchouva 2, 7). Le Vidouï n’est donc pas un élément secondaire de la liturgie. Il constitue l’acte verbal par lequel la personne reconnaît sa faute et inscrit sa Téchouva dans une démarche explicite.

Le Vidouï, la confession verbale des fautes devant D-ieu, occupe une place centrale. Il donne une forme explicite au regret intérieur et engage la personne dans une démarche de correction. Le Rambam décrit la Téchouva achevée par l’abandon de la faute, le regret, la décision de ne pas récidiver et la confession prononcée. Tant qu’une faute n’est pas nommée, elle peut être présentée comme une faiblesse inévitable, une nécessité ou une réaction légitime. Dire j’ai fauté ne supprime pas la dignité ; cette formulation établit la responsabilité et rend la correction possible.

Pourquoi se frappe-t-on la poitrine pendant le Vidouï ?

Lorsque nous récitons Achamnou et Al ‘Héte, nous frappons légèrement la poitrine. Ce geste exprime le reproche que l’esprit adresse au cœur, considéré dans le langage biblique et rabbinique comme le siège de la volonté, des désirs et de la décision. Il ne signifie pas que le corps serait l’ennemi de l’âme. Il indique que la faute a été acceptée intérieurement avant d’être accomplie et que la personne en reprend la responsabilité. Le geste doit donc accompagner l’attention portée aux mots ; accompli sans réflexion, il perd sa fonction.

Groupe de fidèles juifs en synagogue lors de Yom Kippour, vêtus de talitot blancs et de kippot, frappant doucement leur poitrine pendant la récitation du Vidouy

Le Vidouï est formulé au pluriel : nous avons fauté. Israël comparaît comme une collectivité, car une communauté n’est pas une juxtaposition d’innocences privées. Chacun répond de ses actes, mais il participe aussi au niveau moral du groupe par ses paroles, ses silences et ses réactions. Le pluriel ne réduit donc pas la responsabilité personnelle ; il lui ajoute une dimension collective.

Pourquoi Kippour n’efface pas les fautes envers autrui

La dernière Michna du traité Yoma pose une limite sans équivoque : Kippour expie les fautes entre l’homme et D-ieu, mais non les fautes envers autrui tant que l’offenseur n’a pas apaisé la personne lésée (Yoma huit, 9). On peut jeûner, pleurer et réciter toute la liturgie ; si l’on conserve l’argent d’autrui, si l’on refuse de réparer un dommage ou si l’on demande pardon uniquement pour soulager sa propre conscience, le travail demeure inachevé.

Cette règle empêche de dissocier la pratique religieuse de l’obligation morale. La prière adressée à D-ieu ne remplace pas la restitution d’un bien, la correction d’une accusation publique ou la réparation d’un dommage. Demander pardon implique aussi d’accepter que la confiance ne soit pas immédiatement rétablie et que la personne lésée puisse avoir besoin de temps.

Il faut toutefois agir avec discernement. Lorsqu’une demande de pardon risque de renouveler la blessure, d’exposer la victime ou de lui imposer une charge supplémentaire, la conduite appropriée doit être examinée avec une autorité rabbinique compétente. La démarche doit tenir compte du bien de la personne lésée, et non seulement du besoin de soulagement de celui qui a fauté.

Le jeûne de Kippour : sens et priorité de la vie

Le jeûne n’a pas pour objet d’enseigner que le corps serait méprisable. Il suspend les activités et les satisfactions qui occupent ordinairement l’attention afin de rendre possible un examen plus concentré de la conduite. Pendant près de vingt-cinq heures, l’inconfort ne peut pas être immédiatement compensé par la consommation ou le divertissement. Le jeûne ne produit pas la Téchouva à lui seul ; il crée les conditions de disponibilité nécessaires à la prière, au Vidouï et à la réflexion.

Cette privation n’est pourtant jamais recherchée au prix de la vie. La Michna enseigne que, lorsqu’un danger est possible, on nourrit le malade selon les exigences de son état (Yoma huit, 5). La Halakha ne met pas la sainteté de Kippour en concurrence avec la sauvegarde de la vie. Celui auquel la Halakha ordonne de manger ne transgresse pas Kippour ; il accomplit la volonté de D-ieu telle qu’elle s’applique à son état.

Le service de D-ieu consiste à accomplir ce que la Torah demande réellement, et non l’acte qui paraît le plus rigoureux. En situation médicale, les décisions doivent être préparées avec un médecin et une autorité rabbinique compétente ; en cas d’urgence ou de doute sérieux, la vie ne doit pas être mise en danger.

La purification selon Rabbi Akiva et le Maharal

Rabbi Akiva conclut le traité Yoma par une parole d’espérance : 

Heureux êtes-vous, Israël ! Devant qui vous purifiez-vous, et qui vous purifie ? Votre Père qui est dans les Cieux.
אַשְׁרֵיכֶם יִשְׂרָאֵל, לִפְנֵי מִי אַתֶּם מִטַּהֲרִין, וּמִי מְטַהֵר אֶתְכֶם, אֲבִיכֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם
(Chapitre huit, Michna 9)

Il compare D-ieu au Mikvé, le bain rituel dans lequel l’immersion complète permet la purification. La comparaison souligne que la Téchouva ne peut pas être volontairement partielle. Une habitude refusée à l’examen, une rancune maintenue sous le nom de justice ou une ambition soustraite à toute règle morale limitent la portée du retour.

Illustration d’un homme près d’un mikvé, évoquant l’enseignement de Rabbi Akiva sur la purification à Kippour

Le Maharal de Prague explique que la Téchouva ramène l’homme vers son origine et vers l’ordre véritable de son existence. La faute n’est pas seulement une infraction extérieure ; elle déplace l’homme hors de la finalité pour laquelle ses forces lui ont été données. Revenir ne signifie donc pas effacer mentalement le passé. Il s’agit de réordonner la conduite à partir de ce que la faute a permis de comprendre sur ses choix, ses habitudes et ses priorités.

Kippour maintient donc deux propositions simultanées : l’acte commis et ses conséquences sont réels, mais la personne n’est pas définitivement réduite à sa faute. La Téchouva refuse aussi bien l’excuse qui minimise la faute que le désespoir qui considère tout changement comme impossible.

Néïla : quelle décision prendre à la fin de Kippour ?

À la fin du jour vient la Néïla, l’office de clôture où la prière se concentre dans l’ultime heure de Kippour. L’image des portes qui se ferment ne signifie pas que D-ieu deviendrait ensuite inaccessible. Elle indique que la configuration particulière de Kippour arrive à son terme et qu’une décision ne doit pas être reportée indéfiniment.

Quelle décision subsistera après la fin du jeûne et le retour à la vie ordinaire ? La réponse n’est pas nécessairement une résolution spectaculaire. Elle peut être un engagement précis : une parole que l’on cessera de prononcer, une somme que l’on rendra, un temps d’étude fixé, une relation que l’on réparera ou une frontière morale que l’on ne négociera plus. Une décision modeste mais réelle vaut davantage qu’une émotion immense sans lendemain.

Comme l’a enseigné Rav Jonathan Sacks, Kippour affirme qu’il n’est jamais trop tard pour changer, à condition de reconnaître ce qui doit être corrigé et de chercher à le réparer. Le pardon ne doit donc pas être compris comme une formule rassurante. Il désigne la possibilité accordée par D-ieu de reprendre sa conduite sur des bases justes, au moyen d’une Téchouva précise et vérifiable.

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