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L’Altalena retrouvée : quand le passé appelle à la téchouva

Retrouvée à 503 mètres de profondeur, l’épave de l’Altalena fait ressurgir l’une des blessures les plus douloureuses de la naissance d’Israël. En ce mois d’Eloul, sa découverte devient une invitation à la mémoire, au ‘Héchbone Hanéfech (examen de conscience) et à une Téchouva capable de servir ensemble la vérité, l’unité et la paix.

L’Altalena retrouvée : quand le passé appelle à la téchouva
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Pourquoi certains fragments du passé resurgissent-ils après des décennies ? Reviennent-ils pour rouvrir les blessures, donner tardivement raison à un camp, ou appeler la génération présente à la Téchouva ?

L’épave de l’Altalena retrouvée à 503 mètres

Disparue au large des côtes israéliennes depuis son immersion volontaire en 1949, l’épave de l’Altalena vient d’être localisée à 503 mètres de profondeur. Cette découverte, réalisée grâce au sonar et à des systèmes avancés de cartographie sous-marine, remet en lumière l’un des épisodes les plus douloureux de la naissance de l’État d’Israël. Un différend opposa l'organisation militaire « Irgoun » à Tsahal, l'armée régulière de l'état d'Israël récemment crée, quant à la répartition des armes transportées par le navire. La situation a dégénéré en guerre fratricide. Les combats coûtèrent la vie à 16 membres de l’Irgoun et à trois soldats de Tsahal. Frappé au large de Tel-Aviv en juin 1948, le navire demeura échoué près du rivage. Son épave fut ensuite remorquée au large et volontairement immergée en 1949.

La découverte de l’épave de l’Altalena, dans la nuit de dimanche à lundi, soixante-dix-huit ans après le drame de 1948, en plein mois d’Eloul, temps privilégié de la Téchouva nous interpelle. L’actualité importe ici moins que la réflexion qu’elle suscite : que devons-nous faire lorsqu’une page douloureuse de notre histoire est rappelée à notre souvenir ?

Un Séfer Torah retrouvé après des décennies d’oubli

Le Tanakh rapporte un précédent saisissant. Sous le règne de Yochiyahou, alors que des travaux sont entrepris dans le premier Temple, le Cohen Gadol ‘Hilkiyahou découvre un Séfer Torah :

וַיֹּאמֶר חִלְקִיָּהוּ הַכֹּהֵן הַגָּדוֹל עַל־שָׁפָן הַסֹּפֵר סֵפֶר הַתּוֹרָה מָצָאתִי בְּבֵית ה׳ 
« Le grand prêtre ‘Hilkiyahou dit à Chafan le scribe : “J’ai trouvé le livre de la Torah dans la Maison d’Hachem.” » (Mélakhim II 22, 8)

Selon Rachi, ce rouleau avait été dissimulé sous les pierres lorsque le roi A’haz brûlait les Sifrei Torah. Le Radak estime qu’il avait été oublié durant les cinquante-cinq années du règne de Ménaché, époque où la Torah fut largement délaissée.

La réaction de Yochiyahou est essentielle. Il ne transforme pas le Séfer Torah retrouvé en objet de prestige ou en argument contre ses adversaires. Il déchire ses vêtements, consulte la prophétesse ‘Houlda, rassemble le peuple et renouvelle l’alliance avec Hachem.

La découverte ne lui sert donc pas à juger seulement les générations précédentes. Elle l’oblige d’abord à examiner sa propre génération. Ce qui remonte du passé devient un appel à la Téchouva.

Reconstruire sans effacer les larmes

Un second épisode se déroule après l’exil de Babylonie. Lorsque les fondations du second Temple sont posées, une partie du peuple éclate de joie. Mais les anciens qui avaient connu le premier Temple se mettent à pleurer :

וְרַבִּים מֵהַכֹּהֲנִים וְהַלְוִיִּם וְרָאשֵׁי הָאָבוֹת הַזְּקֵנִים אֲשֶׁר רָאוּ אֶת־הַבַּיִת הָרִאשׁוֹן... בֹּכִים בְּקוֹל גָּדוֹל, וְרַבִּים בִּתְרוּעָה בְשִׂמְחָה לְהָרִים קוֹל 
« Beaucoup de Cohanim, de Léviim et de chefs de famille âgés, qui avaient vu le premier Temple, pleuraient à haute voix, tandis que beaucoup d’autres élevaient la voix dans des acclamations joyeuses. » (Ezra 3, 12-13)

Le texte ajoute que l’on ne parvenait plus à distinguer les cris de joie des sanglots. Les jeunes voyaient la reconstruction ; les anciens mesuraient ce qui avait été perdu. Les deux regards étaient légitimes et tous deux devaient être entendus.

Il en va de même pour l’Altalena. Retrouver l’épave constitue une réussite historique et technologique. Mais ce qui a été retrouvé demeure le témoin d’un affrontement au cours duquel des Juifs ont tiré sur d’autres Juifs. La satisfaction d’avoir résolu une énigme ne peut effacer les dix-neuf morts ni la proximité effrayante d’une guerre fratricide.

La mémoire juive n’exige pas de choisir entre reconstruire et pleurer. Elle demande de reconstruire en sachant pourquoi les anciens pleuraient.

Eloul : transformer la découverte en examen de conscience

La Téchouva signifie d’abord le retour : retour vers Hachem, mais aussi retour lucide sur nos actes. Le Ram’hal explique dans le Messilat Yécharim que l’homme doit s’arrêter pour établir le compte véritable de sa conduite. Eloul nous demande précisément de ne pas laisser le mouvement du monde nous dispenser de réfléchir.

Il serait pourtant excessif d’affirmer que l’épave a été retrouvée maintenant pour transmettre un message divin déterminé. La Torah elle-même fixe la limite :

הַנִּסְתָּרֹת לַה׳ אֱלֹקֵינוּ וְהַנִּגְלֹת לָנוּ וּלְבָנֵינוּ 
« Les choses cachées appartiennent à Hachem, notre D-ieu ; les choses révélées sont pour nous et nos enfants. » (Devarim 29, 28)

Nous ignorons pourquoi cette découverte intervient précisément en Eloul. En revanche, ce qui est désormais révélé devient notre responsabilité. Non pour organiser un nouveau procès entre Ben Gourion et Menahem Begin, mais pour nous demander comment une divergence politique et militaire a pu conduire des frères au bord de l’irréparable.

Cet examen concerne aussi notre présent. Savons-nous encore contester sans délégitimer ? Défendre une conviction sans transformer l’autre en ennemi ? Préserver l’unité du peuple juif sans dissimuler les désaccords ni renoncer à la vérité ?

La vérité ne doit pas devenir un nouveau projectile

Le prophète Zékharia ne sépare pas les deux exigences :

וְהָאֱמֶת וְהַשָּׁלוֹם אֱהָבוּ « Aimez la vérité et la paix. » (Zekharia 8, 19)

La vérité sans recherche de paix peut devenir une arme. La paix obtenue par l’effacement de la vérité n’est qu’un silence fragile. La Torah demande de tenir les deux ensemble.

L’Altalena ne réapparaît donc pas pour offrir une victoire tardive à un camp. Elle oblige la génération présente à regarder une blessure que les générations précédentes avaient immergée avec le navire. La vérité remontée des profondeurs ne doit ni être étouffée ni servir de projectile. Elle doit conduire à la mémoire, à l'introspection morale et à la paix.

Tel pourrait être son message en ce mois d’Eloul : la véritable Téchouva ne consiste pas seulement à reconnaître le passé, mais à empêcher qu’il recommence.

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Sujets traités

Téchouva Création de l'État d'Israël Moussar Second Temple Yochiyahou Tsahal

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