
Avant même les débats politiques contemporains, le Somaliland possède un passé juif discret mais attesté. Des archives, notamment celles de l’Alliance israélite universelle et des recherches académiques, indiquent que plusieurs centaines de Juifs originaires du Yémen se sont installés à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle dans les ports de la Corne de l’Afrique, dont Berbera, Zeila, Mogadiscio et Brava, alors attirés par les opportunités commerciales liées à l’ouverture du canal de Suez et à la relative liberté de circulation sous l’Empire ottoman.
Les deux derniers Juifs de Somalie
Ces communautés, essentiellement marchandes et numériquement limitées, auraient atteint un maximum d’environ 300 personnes, concentrées surtout à Berbera et Mogadiscio. Des sources évoquent l’existence de synagogues et de cimetières juifs, dont certains vestiges auraient été identifiés. Le déclin s’amorce dans les années 1930 avec la domination fasciste italienne, puis s’accélère après la Seconde Guerre mondiale. À la suite de la création de l’État d’Israël en 1948, la majorité des Juifs quittent la région ; selon un rapport de la JTA en 1949, il ne restait alors que trois Juifs, sur le point de partir. Aujourd’hui, il n’existe plus de vie juive organisée au Somaliland.
Par ailleurs, une tribu locale, les Yibir, revendique une ascendance juive ancienne, parfois reliée au Yémen ou aux Beta Israel d’Éthiopie. Si ces traditions orales s’inscrivent dans un contexte régional de migrations anciennes, elles ne reposent sur aucune preuve historique ou archéologique solide, et sont accueillies avec prudence par les chercheurs.
Selon la tradition Yibir, ce groupe a conservé ses propres traditions uniques depuis l’arrivée de ses ancêtres dans la Corne de l’Afrique il y a plus de 1500 ans, probablement en provenance du Yémen. Aujourd’hui, les communautés Yibir sont dispersées à travers le Somaliland et la Somalie.
Ainsi, le lien juif avec le Somaliland est réel mais limité : une présence historique modeste, essentiellement commerciale et aujourd’hui disparue, à distinguer clairement des récits identitaires plus anciens, dont la portée historique demeure incertaine.