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Nasrallah est mort : de quoi se réjouit-on ?

Israël a éliminé le chef du Hezbollah, mais l’organisation demeure armée. Entre le chant d’Israël après la mer Rouge et l’avertissement des Proverbes, que célèbre-t-on exactement lorsqu’une menace recule ?

Nasrallah est mort : de quoi se réjouit-on ?
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Deux ans après la mort de Nasrallah, une question demeure : peut-on se réjouir de la chute d’un ennemi sans perdre de vue les vies humaines et la menace que représente encore le Hezbollah ? Une lecture des Proverbes, de la Torah et du Talmud.

Le 27 septembre 2024, Hassan Nasrallah était tué dans une frappe israélienne à Beyrouth. Depuis des années, sa parole suffisait à déplacer des familles vers des abris et à peser sur les décisions de gouvernements. Le Hezbollah qu’il dirigeait avait ouvert le feu sur le nord d’Israël dès le lendemain du massacre du 7 octobre 2023. Lorsque l’homme qui avait fait de la menace une méthode de gouvernement a disparu, beaucoup d’Israéliens ont éprouvé un soulagement compréhensible.

Rassemblement de combattants en uniforme militaire et bérets rouges effectuant un salut militaire
Illustration d'un groupe de combattants du Hezbollah en uniforme lors d'un rassemblement à Beyrouth.

Ce soulagement ne se réduit ni à l’allégeance à un Premier ministre ni au plaisir de voir mourir un homme. Il exprime d’abord l’espoir que des enfants puissent vivre sans attendre la prochaine sirène. L’armée israélienne documente les attaques qui ont conduit à l’évacuation de dizaines de milliers d’habitants du nord.

Mort d’un ennemi : que disent les Proverbes et le Talmud ?

Une objection revient aussitôt : peut-on se réjouir de la mort d’un ennemi ? Le livre des Proverbes (24, 17), avertit : Quand ton ennemi tombe, ne te réjouis pas. Mais le même livre affirme, en Proverbes (11, 10), que la cité exulte lorsque les méchants périssent. Placer un verset contre l’autre pour obtenir une consigne immédiate ferait perdre la difficulté morale que le texte nous confie. Le premier empêche la jubilation vindicative de devenir notre manière de regarder un homme. Le second reconnaît ce qu’éprouve une communauté délivrée de celui qui mettait ses vies en danger. C’est une lecture de leur tension, et non une règle juridique tirée de ces seuls versets.

Au bord de la mer, après la défaite de l’armée égyptienne, Moché et les enfants d’Israël chantent. Pourtant, le Talmud, Sanhédrin (39b), rapporte que D.ieu interrompt le chant des anges : ses créatures se noient dans la mer. Les deux scènes n’enseignent pas qu’Israël aurait dû rester muet ; le texte biblique consigne au contraire son chant. Elles montrent que le rescapé et l’ange ne se trouvent pas à la même place. Le premier chante la fin de l’asservissement et sa propre survie. L’autre ne peut transformer la mort de créatures humaines en spectacle céleste. Cette distinction ne règle pas toutes les questions de guerre, mais elle empêche de confondre gratitude et ivresse de la destruction.

Des familles israélites observent depuis la rive les vagues recouvrir les chars de l’armée égyptienne dans la mer Rouge.
La défaite de l’armée égyptienne dans la mer Rouge, tandis que les Israélites se tiennent sur la rive. Illustration générée par IA d’après le récit biblique. 

Les Sages d’Israël demandent ce que cette joie célèbre. La possibilité d’habiter une maison sans subir le chantage d’une milice est une raison légitime de se réjouir. Rendre invisibles toutes les souffrances alentour appauvrirait ce soulagement.

La puissance d’un homme qui tenait à une organisation

Nasrallah avait donné une voix et une continuité politique à un appareil dont les moyens débordaient le Liban. Le Trésor américain a identifié en Amérique latine des membres et des sociétés liés au Hezbollah, ainsi que des faits de trafic de stupéfiants et de blanchiment. Il lie l’un de ces responsables à l’attentat de 1994 contre le centre communautaire juif AMIA de Buenos Aires, où 85 personnes furent tuées. Ces conclusions américaines écartent le portrait d’un simple dirigeant local. Elles ne permettent pas d’imputer personnellement à Nasrallah chaque acte documenté.

Photographie en noir et blanc de la scène de l'attentat contre l'AMIA à Buenos Aires en 1994, montrant des sauveteurs et un membre de la communauté juive au milieu des décombres.
Au lendemain de l'attentat contre l'AMIA à Buenos Aires en 1994, un membre de la communauté juive marche parmi les ruines, incarnant la douleur et l'impossible vérité de cette tragédie non élucidée.

Septembre 2024 a montré à quel point les services israéliens connaissaient leur adversaire. Les bipeurs du Hezbollah ont explosé le 17, ses radios le 18, puis des cadres ont été frappés avant l’opération du 27 qui a tué Nasrallah. L’armée israélienne expose l’enchaînement des coups portés à sa direction. On peut y voir l’un des plus remarquables succès du renseignement de notre époque sans le confondre avec une disparition complète du Hezbollah. Il faut également prendre au sérieux les questions posées par des experts de l’ONU sur la protection des civils lors des explosions. Protéger oblige à examiner les effets des moyens employés.

Hezbollah en 2026 : quelles capacités subsistent ?

Parce que l’autorité d’un dirigeant et la structure qu’il gouverne n’ont pas la même durée. Un homme peut disparaître en quelques secondes ; les dépôts d’armes, les soutiens financiers, les affiliations locales et les fidélités politiques ne s’effacent pas dans le même instant. En 2026, Israël faisait encore état d’attaques du Hezbollah. Le Trésor américain décrivait de nouveaux mécanismes destinés à financer sa reconstitution. Et l’armée libanaise annonçait des saisies d’armes, tout en contestant la conduite des opérations israéliennes dans le Sud. Malgré leurs divergences, ces sources situent les armes au cœur du conflit.

Le doute n’est donc pas nécessairement une invention de l’opposition israélienne ou des chancelleries européennes. Il naît aussi de cette réalité mesurable. Cela ne donne aucune raison de retirer son mérite au gouvernement qui a autorisé la frappe, aux services qui l’ont préparée et aux aviateurs qui l’ont exécutée. Cela oblige à poser une seconde question au lendemain des applaudissements : quels actes feront qu’un tel appareil armé ne pourra plus reconstituer la même emprise sur la vie des habitants du nord et sur celle des Libanais ? Cette question doit suivre les applaudissements.

Après Nasrallah : sécurité d’Israël et débat politique

Une partie de l’inquiétude vient de la polarisation intérieure. Pourtant, affirmer que la gauche ne sait pas reconnaître la mort de Nasrallah est historiquement inexact. Yaïr Lapid et Benny Gantz ont salué l’opération en septembre 2024. Leur désaccord avec Benyamin Netanyahou sur d’autres aspects de la guerre n’a pas empêché cette reconnaissance. L’inverse devrait être possible également : les soutiens du Premier ministre peuvent entendre des questions sérieuses sur l’après-Nasrallah sans y voir une hostilité envers Israël. La sécurité des familles dépasse ce conflit partisan.

La pensée juive aide ici à conserver la bonne mesure. Le commandement de Vayikra (19, 16), interdit de rester passif devant le sang du prochain. Les commentateurs y voient notamment le devoir de porter secours à celui que l’on peut sauver ; ce verset n’établit à lui seul ni la légalité d’une frappe déterminée ni une doctrine militaire complète. Il rappelle cependant que l’inaction devant une menace mortelle n’est pas en soi une vertu. La responsabilité impose de défendre des vies, de vérifier les conséquences de cette défense et de poursuivre le travail jusqu’à ce que les habitants puissent réellement rentrer et demeurer en sécurité.

Vue symbolique d’une localité du nord d’Israël avec un drapeau israélien au premier plan, un drapeau déchiré du Hezbollah sur une colline et une explosion lointaine.
 Deux ans après la mort de Nasrallah, Israël mesure l’ampleur de son succès et la persistance de la menace du Hezbollah. Illustration générée par IA.

Il est permis de rendre grâce pour la fin d’une menace incarnée par Nasrallah. Il serait prématuré de déclarer le dossier clos. Ce que les familles attendent n’est pas la perfection d’un récit de victoire, mais la fin durable du pouvoir de les chasser de chez elles. Deux ans après le 27 septembre, honorer l’exploit israélien consiste aussi à ne pas lui demander de prouver davantage que ce qu’il a effectivement accompli. Le nom du dirigeant a disparu. L’épreuve demeure : faire reculer jusqu’au bout l’organisation qui pouvait transformer ce nom en missiles en peur et en exil.

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Hezbollah Guerre Israël Talmud Bavli Torah (texte) Tsahal État d'Israël

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