Capture d'écran vidéo, de manifestants, le 22 février 2026, devant l’Université de technologie Sharif à Téhéran, scandant « Azadi, azadi, azadi » (« Liberté, liberté, liberté »).
Cet article met en lumière le parallèle frappant entre la révolte étudiante actuelle à Téhéran et le récit biblique de Pourim. À travers le symbole de la "souris pendue", c'est la chute inéluctable des tyrans qui est rejouée, rappelant que l'histoire de la Perse semble condamnée à rejouer le scénario de la chute de Hamane à Pourim.
Au cœur du mois d'Adar, les manifestations d'Iran nous ramènent des millénaires en arrière, aux jours d'Assuérus et de Haman. Dans une vidéo publiée ce mardi par la chaîne d'opposition "Iran International", on voit des étudiants de l'université de Téhéran pendre une poupée de souris surnommée "Mush-Ali", symbolisant le Guide suprême, Ali Khamenei. On y voit aussi des membres du Basidj (la force paramilitaire du régime) qui luttent pour grimper à l'arbre afin de décrocher la poupée.
De Hamane à Khaméni, le symbole de la potence
L'événement survenu à l'université Sharif n'est pas qu'une simple provocation estudiantine. C'est un écho prophétique. En choisissant l'arbre comme support de leur contestation, les étudiants iraniens rejoignent, peut être inconsciemment, une thématique centrale de la Mégilate Esther : le renversement du sort - Véna'hafokh hou.
Le précédent biblique : Haman et ses fils
Dans la Méguila, Hamane l'Agagite, l'oppresseur des Juifs, prépare un arbre (une potence) de 50 coudées pour y pendre Mardochée. Par un retournement spectaculaire, c'est lui qui y sera suspendu.
"On pendit Haman sur l'arbre qu'il avait préparé pour Mardochée, et la colère du roi s'apaisa." (Esther 7, 10)
וַיִּתְלוּ אֶת-הָמָן עַל-הָעֵץ אֲשֶׁר-הֵכִין לְמָרְדֳּכָי וַחֲמַת הַמֶּלֶךְ שָׁכָכָה.
Mais le texte insiste sur le fait que la défaite du mal doit être totale et inscrite dans la postérité. C'est ainsi qu'Esther demande au roi la permission de pendre également les dix fils de Haman, déjà tués au combat, pour marquer l'éradication de l'idéologie génocidaire.
"Esther répondit : 'Si le roi le trouve bon, qu'il soit permis aux Juifs de Suse de faire demain ce qu'ils ont fait aujourd'hui, et que l'on pende à l'arbre les dix fils de Haman.' Le roi ordonna qu'il en soit ainsi... et l'on pendit les dix fils de Haman." (Esther 9, 13 et 14)
וַתֹּאמֶר אֶסְתֵּר אִם-עַל-הַמֶּלֶךְ טוֹב יִנָּתֵן גַּם-מָחָר לַיְּהוּדִים אֲשֶׁר בְּשׁוּשָׁן לַעֲשׂוֹת כְּדָת הַיּוֹם וְאֵת עֲשֶׂרֶת בְּנֵי-הָמָן יִתְלוּ עַל-הָעֵץ. וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לְהֵעָשׂוֹת כֵּן וַתִּנָּתֵן דָּת בְּשׁוּשָׁן וְאֵת עֲשֶׂרֶת בְּנֵי-הָמָן תָּלוּ
La chute du tyran
Pourquoi cette obsession pour la pendaison des fils, alors qu'ils étaient déjà morts ? Les commentateurs expliquent que la "pendaison" sur l'arbre est un message puissant destiné à éradiquer le mal jusque dans ses racines.
En 2026, voir le Basidj s'épuiser à grimper sur un arbre pour décrocher une souris nommée "Mush-Ali" est une métaphore visuelle de la fragilité du régime.
Suite aux leçons tirées de l'opération israélienne "Am KeLavi", qui avait réussi à paralyser la chaîne de commandement militaire dès les premières heures, Khamenei a ordonné la création de quatre "couches de succession" pour chaque poste clé sécuritaire et gouvernemental.
Le plan de "survie" demandé à Ali Larijani (ancien commandant des Gardiens de la Révolution) n'est rien d'autre qu'une tentative désespérée de contrer le décret de l'histoire qui, chaque mois d'Adar, rappelle que les puissants qui cherchent à détruire la liberté finissent souvent par être les victimes de leurs propres stratagèmes.
Alors, simple coïncidence ou symbole annonciateur d'un évènement exceptionnel à l'approche de Pourim ?