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Pensée juive Torah & Sciences

Torah et sciences : analyses sur la Création, la nature, la médecine, la cosmologie et le dialogue entre sources juives et découvertes scientifiques.

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Roch Hachana et la Création : le secret de l’Inventeur caché dans l’atome

À Roch Hachana, le judaïsme ne célèbre pas simplement le début du monde, mais le jour où Adam Harichone devient capable d’en reconnaître le Créateur. De l’atome aux lettres hébraïques, puis de l’ADN au Séfer Yétsira, cet article explore une intuition étonnante : la Création produit une diversité immense à partir d’un nombre limité d’éléments fondamentaux.

Roch Hachana et la Création : le secret de l’Inventeur caché dans l’atome
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Qui nommeriez-vous comme le plus grand inventeur ?
Peut-être Léonard de Vinci : j'ai visité deux musées qui lui sont entièrement consacrés, le Museo della Scienza e della Tecnica à Milan et le Musée des Arts et Métiers à Paris. Ou peut-être Thomas Edison, à qui l'on doit l'ampoule électrique, le phonographe, le cinéma. Ou, mon préféré, Nikola Tesla, inventeur du courant alternatif, du moteur AC, des communications sans fil.

Mais je voudrais proposer un autre nom : le Danois Ole Kirk Christiansen. Ce nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant je suis certain que vous avez passé de longues heures avec son invention.

Du LEGO à l’atome : pourquoi la Création repose sur des éléments fondamentaux

Christiansen commence à fabriquer des jouets en bois en 1932. Le nom LEGO apparaît quelques années plus tard, formé à partir de l’expression danoise leg godt, bien jouer. Les premières briques en plastique arrivent en 1949 et la brique LEGO telle que nous la connaissons, avec son système d’emboîtement, est mise au point en 1958. 

Enfant observant une construction en briques LEGO se transformant en molécules, atomes et galaxie

Pourquoi le considérer comme un si grand inventeur ? Parce que ses blocs font de chacun de nous un inventeur : avec les mêmes pièces de base, on peut construire des maisons, des voitures, des trains. Les briques à 2, 4 ou 8 tenons, les roues, les rails, les tuiles de toit... Quels souvenirs !

Mais j'aimerais vous emmener plus loin, vers des blocs de construction bien plus étonnants encore, ceux du plus grand Inventeur de tous.

118 éléments pour construire presque toute la matière : le LEGO de l’Univers

Pour cela, revenons à quelques notions de chimie de base. Nous avons tous entendu parler de la table périodique de Mendeleïev, sans toujours l'apprécier à sa juste valeur. Elle regroupe une centaine d'éléments, autant d'atomes de base : ce sont les blocs de construction de tout ce qui existe, animé ou inanimé, nous y compris.

Petit rappel sur l'atome. Chaque atome se caractérise par un nombre de protons, chargés positivement, et un nombre égal d'électrons, chargés négativement. Les protons sont lourds et regroupés au centre de l'atome avec les neutrons, dont je ne parlerai pas ici pour simplifier. Les électrons, eux, sont beaucoup plus petits, beaucoup plus légers, et très éloignés du noyau. Dans un atome électriquement neutre, le nombre d’électrons est égal au nombre de protons. Lorsqu’un atome gagne ou perd des électrons, il devient un ion.

Sur ce point, le Rav Ephraim Wachsman explique que lorsqu'on dit que Hachem est occupé à מזווג זווגים  (littéralement : Il fait des mariages), cela signifie aussi qu'Il fait correspondre en permanence chaque électron à un proton, condition de la neutralité électrique. À chaque proton correspond un électron. Si l'on tenait dans une main une poignée d'électrons isolés, le champ électromagnétique produit serait assez puissant pour détruire notre planète.

99,99 % de Vide : le Secret Caché de la Matière

L'atome a une taille de l'ordre de l'angström, soit un dixième de nanomètre (10⁻¹⁰ m). Son noyau, qui contient protons et neutrons, mesure de l'ordre du femtomètre (10⁻¹⁵ m), soit dix mille fois moins que l'atome lui-même. Les électrons sont, eux, très éloignés du noyau. L'atome est donc presque entièrement vide : à 99,99 %.
Si l’on compare les dimensions du noyau à celles de l’atome, la quasi totalité de son volume n’est pas occupée par la matière nucléaire concentrée dans le noyau. La représentation classique d’un atome essentiellement vide reste toutefois une simplification pédagogique, car les électrons sont décrits en mécanique quantique par des distributions de probabilité.

Une représentation visuelle abstraite et lumineuse d'un atome, avec un noyau central flamboyant

Pour donner une image : si le noyau était une bille d'un millimètre de diamètre placée au centre d'une synagogue, les électrons se trouveraient à une dizaine de mètres, au fond de la salle, et leur taille ne dépasserait pas celle d'un grain de poussière.

Un proton de plus et l’élément change

C'est ce nombre de protons et d'électrons qui définit un élément et ses propriétés.
Quelques exemples :

  • 6 protons et 6 électrons donnent du carbone.
  • Un proton et un électron de plus, et l'on obtient de l'azote, un gaz.
  • 79 protons et 79 électrons donnent l'or, matériau massif préféré des femmes.
  • Un proton et un électron de plus encore, et voici le mercure, liquide et toxique.

Pourquoi l’atome paraît presque vide

On mesure ainsi à quel point l'ajout d'un seul proton et d'un seul électron suffit à produire un élément entièrement nouveau. Est-il un LEGO plus étonnant que celui-là ? Ce n'est pas seulement la forme qui change, mais les propriétés et l'état de la matière : solide, liquide ou gazeux. Et cela devient plus fascinant encore lorsqu'on comprend que ces éléments peuvent se combiner pour former des molécules aux propriétés entièrement nouvelles.

En combinant deux éléments dangereux, le sodium et le chlore, on obtient le sel de table. En combinant deux atomes d'hydrogène et un atome d'oxygène, on obtient l'eau, fondamentale pour la vie.
Le sodium métallique est extrêmement réactif et le chlore moléculaire est toxique. Lorsqu’ils réagissent chimiquement, ils forment du chlorure de sodium, dont les propriétés sont radicalement différentes.

Tout notre univers physique, constitué d’atomes, repose en dernière analyse sur l’organisation rigoureuse de quelques particules fondamentales.
À l’échelle de la chimie, l’extraordinaire diversité des éléments naît de combinaisons différentes entre protons, neutrons et électrons.
Quelle invention. Quel Inventeur.

Les Lettres Hébraïques : les atomes secrets de la Torah

Cette logique de blocs élémentaires ne s'arrête pas à la matière. Le Sefer Yetsira, attribué à Avraham Avinou, enseigne que Hashem a créé le monde avec vingt-deux lettres fondamentales (עשרים ושתים אותיות יסוד, Séfer Yétsira 2:2), combinées entre elles comme des atomes spirituels pour former toute parole et, à travers la parole, toute réalité. Le Tehilim l'affirme sans détour : Par la parole de Hashem les cieux ont été faits (בִּדְבַר ה' שָׁמַיִם נַעֲשׂוּ, Tehilim 33:6). Les lettres seraient donc au monde spirituel ce que les protons et les électrons sont au monde physique : un jeu limité d'éléments de base, dont la combinaison produit une diversité infinie.

Vingt deux lettres pour une diversité immense

Ce n'est pas une comparaison forcée. Rav Aryeh Kaplan, ordonné à la yéchiva de Mir et titulaire d'une maîtrise de physique, a produit au vingtième siècle le commentaire du Sefer Yetsira qui fait aujourd'hui référence. Il y montre, à partir du texte lui-même, que l'âge de l'univers qu'on peut en déduire se compte en milliards d'années, un ordre de grandeur qui rejoint celui de la cosmologie moderne. Un talmid 'hakham formé aux deux disciplines arrivait donc, par une voie indépendante, à la même conclusion que cet article : les lettres et les atomes obéissent à une seule et même architecture.

 Une fresque révélant l'harmonie de la Création, du tableau périodique et de l'atome jusqu'au cosmos et aux lettres hébraïques.

Quand l’ordre des lettres transforme le sens

Et la parenté va plus loin. On a vu qu'ajouter un seul proton et un seul électron transforme le carbone en azote, ou l'or en mercure toxique : la même architecture, un composant de plus, et la nature de la chose change du tout au tout. La 'Hassidout enseigne exactement le même principe sur les lettres : les trois lettres du mot עונג ('Oneg, le plaisir) sont les mêmes que celles du mot נגע (néga', la plaie, l'affliction), simplement réarrangées (enseignement rapporté au nom du Baal Chem Tov). Aucune lettre n'est ajoutée ni retirée : seul l'ordre change, et le plaisir devient blessure. Comme dans la table de Mendeleïev, ce n'est pas la quantité de matière première qui détermine le résultat, mais son organisation exacte.

Selon la Torah, la Création se renouvelle à chaque instant

On comprend alors autrement le vide immense de l'atome, ces 99,99 % d'espace apparemment inoccupé. Les lettres hébraïques, elles aussi, sont de simples traits d'encre, minuscules et légers en apparence. Mais la Kabbala leur attribue une densité spirituelle sans mesure avec leur taille physique : chaque lettre est un vase (כלי) destiné à contenir une portion de lumière divine (Tanya, Chaar HaYi'houd VéHaEmouna, chap. 1). Le proton concentre toute la masse de l'atome dans un volume dérisoire ; la lettre concentre toute une portée spirituelle dans un trait d'encre. Le Créateur, semble-t-il, a signé Sa création à toutes les échelles avec la même méthode : peu d'éléments, une combinatoire immense, et l'essentiel logé dans un espace minuscule.

Rav Dessler pousse ce parallèle plus loin encore, dans la lignée du Ramban (fin de Parachat Bo) : ce que nous appelons la nature (טבע) n'est rien d'autre qu'un miracle continuellement renouvelé, si régulier qu'il en devient invisible à nos yeux (Mikhtav MéEliyahou, vol. 1). Le Baal HaTanya précise le mécanisme : si la force créatrice contenue dans les dix paroles de la Genèse s'interrompait ne serait-ce qu'un instant, le monde retournerait au néant pur, exactement comme avant la Création:

אילו היו מסתלקות כרגע האותיות מעשרה מאמרות, היה חוזר הכל להיות אין ואפס ממש
« si les lettres des Dix Paroles se retiraient un seul instant, tout redeviendrait néant, exactement comme avant » ; (Chaar HaYi'houd VéHaEmouna, chap. 1).

Il faut, dit-il,

« une force du Faiseur dans la chose faite, en permanence, pour la faire vivre et la maintenir »
כח הפועל בנפעל תמיד להחיותו ולקיימו

Cette une formule que le Rambam emploie déjà dans le Moré Névoukhim (II, chapitre 4). La physique ne dit évidemment rien de cette dépendance métaphysique. Elle montre cependant, sur son propre terrain, que ce que nous appelons un objet stable n’est pas une immobilité : l’atome est une structure gouvernée continuellement par des interactions physiques. La pensée juive pose alors une question située à un autre niveau : de quoi ces lois elles mêmes tiennent elles leur existence ? Coupez cette force, ne serait-ce qu'une fraction de seconde, et l'atome ne ralentit pas : il cesse d'exister comme tel. La Création n'a donc pas eu lieu une fois, au commencement ; elle a lieu maintenant, et elle continuera d'avoir lieu tant que Hashem continuera de vouloir qu'elle ait lieu.

הַמְחַדֵּשׁ בְּטוּבוֹ בְּכָל יוֹם תָּמִיד מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית
Béni soit Celui qui, dans Sa bonté, renouvelle chaque jour et perpétuellement l'œuvre de la Création.
Bénédiction Yozer Or (י יוֹצֵר אוֹר), récitée lors de la prière du matin dans tous les rites juifs (Siddour).

On peut pousser cette réflexion jusqu'au monde vivant, où l'on retrouve le même principe de blocs de construction. Les êtres vivants sont faits de cellules, et bien qu'il en existe de nombreux types, elles partagent toutes certaines caractéristiques communes. L'ADN, notre code génétique, en est l'exemple le plus connu : un programme fondé sur quatre molécules disposées en double hélice. Bill Gates a dit que l'ADN est comme un programme informatique, mais bien plus élaboré qu'aucun programme conçu par l'homme. Une analogie souvent faite avec l’informatique consiste à comparer l’ADN à un système de stockage et d’instructions biologiques. La beauté de cette création tient à ce que des changements relativement modestes dans l'ADN suffisent à faire la différence entre un homme, un éléphant ou un singe, avec qui nous partageons plus de 90 % du code génétique.

La Guemara (Sanhédrine 109a) rapporte que certains membres de la génération de la Dispersion (Dor Haflaga, littéralement génération de la division, celle de la tour de Babel) furent punis en étant transformés en singes ou en éléphants. C'est pourquoi, en voyant un éléphant ou un singe, on récite la bénédiction :

בָּרוּךְ אַתָּה השם אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם מְשַׁנֶּה הַבְּרִיּוֹת
« Baroukh... Mechané Habriyot, Béni soit-Il... qui diversifie les créatures » (Berakhot 58b ; voir aussi Ora'h 'Haïm 225:8).

Si l'on poursuit ce principe de création modulaire, on constate que les humains et de nombreux animaux partagent des structures et des organes remplissant des fonctions similaires : colonne vertébrale, cœur, poumons, estomac. Des électrons et des protons aux atomes, aux molécules, à l'ADN, aux cellules, aux êtres vivants, jusqu'à l'homme, on retrouve la même modularité de type LEGO, poussée à un niveau de complexité inouï. Pour reprendre les mots du Rav Avigdor Miller zal : quand on perçoit le plan et le but de toute création, on y voit la main de D.ieu.

Pourquoi Roch Hachana est le jour de l’homme plutôt que le premier jour du monde

Une dernière pièce manque à ce tableau : la date. Le Midrach (Vayikra Rabba 29: 1) situe le début de la création au 25 Eloul (בכ"ה באלול נברא העולם). Les cinq jours qui suivent voient apparaître la lumière, le ciel, la terre, les astres, les poissons et les oiseaux, tout l'inventaire de blocs que cet article vient de décrire, du proton à l'ADN. Mais le sixième jour de cette semaine tombe le 1er Tichri, jour que nous appelons Roch Hachana (Roch Hachana 27a). Ce sixième jour n'ajoute pas un nouvel élément à la table de Mendeleïev. Il ajoute Adam, le premier être capable de regarder tous ces blocs et de demander : qui est l'Inventeur ?

C'est pour cela que le Moussaf de Roch Hachana ne dit pas:

"voici le jour où le monde a commencé",
mais : « זה היום תחלת מעשיך, זכרון ליום ראשון », « ce jour est le commencement de Tes œuvres, souvenir du premier jour ».

La formule surprend, puisque techniquement le monde a déjà six jours d'existence quand Adam apparaît. Le Rabbi de Loubavitch (Rabbi Mena'hem Mendel Schneerson) explique que la formule est juste précisément parce que le vrai commencement, le but pour lequel tout le reste a été fabriqué, c'est la créature capable de le reconnaître. Un jeu de LEGO fermé dans sa boîte n'est encore l'œuvre de personne : il ne le devient que lorsqu'un enfant l'ouvre et comprend qu'il peut construire. Adam est cet enfant, le premier regard conscient posé sur l'invention.

Couronner le Créateur : pourquoi l’homme est la dernière pièce de la Création

La guemara (Roch Hachana 27a) raconte heure par heure la création d'Adam ce jour-là, et rapporte que Hachem lui dit :

« Ceci est un signe pour tes descendants : de même que tu t'es tenu devant Moi en jugement aujourd'hui et que tu es sorti acquitté, ainsi tes descendants se tiendront devant Moi en jugement ce jour et sortiront acquittés. »

C'est pour cela que Roch Hachana reste, chaque année, le jour où l'on couronne à nouveau ce même Inventeur (מלכויות, Malkhouyot), où l'on Se rappelle tout ce qu'Il a fait (זכרונות, Zikhronot), et où le chofar sonne (שופרות, Chofarot), comme le ferait un inventeur qui teste, une fois par an, si son invention fonctionne encore comme prévu.

Le Créateur que cet article a suivi de l'atome jusqu'à l'ADN est donc très précisément Celui que l'on couronne à Roch Hachana : pas un principe abstrait, mais l'Inventeur de ce monde-ci, fêté chaque année à l'anniversaire de Sa propre œuvre.

מָה־רַבּוּ מַעֲשֶׂיךָ יְהוָה כֻּלָּם בְּחָכְמָה עָשִׂיתָ מָלְאָה הָאָרֶץ קִנְיָנֶךָ
Que tes œuvres sont nombreuses, O D-ieu ! Tu les as toutes faites avec sagesse ; la terre est pleine de tes créations.
Tehilim (Chapitre 104, verset 24).

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WhatsApp du Professeur Daniel Nessim : WhatsApp +972 54 578 06 55

Édité par universtorah.com à partir du texte du Professeur Daniel Nessim 

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