Que peut bien révéler une simple pastèque sur la Téchouva ? Pour Rav Avigdor Miller, elle peut devenir le point de départ d’un retour vers Hachem lorsqu’elle éveille gratitude et émerveillement. Le professeur Nessim Daniel pousse l’intuition plus loin : en scientifique, il observe sa croissance, sa structure et l’extraordinaire coordination du vivant, jusqu’à montrer que la connaissance rationnelle elle-même peut conduire à ne plus considérer le monde comme allant de soi.
Une démarche qu’il avait déjà développée, à une tout autre échelle, en montrant comment de l’atome à la Création, l’intelligibilité du monde peut conduire à rechercher l’Inventeur.
La pastèque comme éveil à la Téchouva
Rav Avigdor Miller Zal, disait qu’il existe trois niveaux de Téchouva, c’est-à-dire de retour vers Hachem. Le niveau le plus bas est celui où l’on fait Téchouva parce que l’on est soi-même malade, que cela ne nous arrive pas. Un niveau supérieur est atteint lorsque la maladie d’une autre personne nous pousse à nous remettre en question. Le niveau le plus élevé apparaît lorsque, par une brûlante journée d’été, alors que l’on a chaud et que l’on transpire, on goûte une pastèque fraîche, croquante, sucrée et juteuse, et que l’on s’exclame avec enthousiasme.1
Examinons donc la pastèque, ce fruit extraordinaire. Vous devinez que sa pulpe est principalement composée d’eau : environ 92 %. Il est plus difficile d’imaginer que l’écorce fraîche contient elle aussi plus de 90 % d’eau, avec des variations selon les cultivars et les méthodes de mesure.
La question se pose alors : comment des matières composées à plus de 90 % d’eau peuvent-elles rester fermes et solides ? Elle concerne la pulpe, mais plus encore l’écorce, nettement plus dure. Pour y répondre, il faut d’abord observer la croissance fascinante d’une pastèque.2
Les cinq étapes de la croissance d’une pastèque
La durée de chaque phase varie selon la variété, la température et les conditions de culture. Les repères suivants proposent donc une chronologie indicative.

- Germination et levée, jours 1 à 10 : sous l’effet de la chaleur du sol, la graine absorbe l’humidité, développe une racine primaire, puis fait sortir de terre une petite pousse dotée de ses premières feuilles photosynthétiques.
- Végétation et expansion, jours 11 à 50 : la petite pousse compacte devient rapidement une plante rampante et étendue. Ses tiges peuvent atteindre plusieurs mètres et s’accrochent grâce à des vrilles souples. Le rythme de croissance est impressionnant.
- Floraison et pollinisation, jours 51 à 65 : la plante porte des fleurs mâles et femelles distinctes. Les abeilles et d’autres insectes pollinisateurs transfèrent le pollen vers le stigmate de la fleur femelle, à la base de laquelle se trouve le minuscule ovaire. Comme chez beaucoup d’autres plantes, cette étape révèle une remarquable coordination entre le végétal et les animaux pollinisateurs.3
- Nouaison et grossissement, jours 66 à 90 : après une pollinisation réussie, les pétales de la fleur femelle tombent et la plante achemine continuellement de l’eau et des sucres vers le fruit, qui entre dans une phase de croissance accélérée. La pastèque, d’abord de la taille d’une balle de golf, connaît une transformation spectaculaire. L’écorce se développe par division et expansion cellulaires, tout en déposant des glucides structuraux et une cuticule cireuse qui protège le fruit et limite la perte d’eau. À l’intérieur, les cellules grossissent et accumulent de l’eau et des sucres dissous. La chair gonfle, devient ferme, croquante et juteuse, notamment grâce à la pression de turgescence exercée dans les cellules.4
- Maturation et récolte, à partir du terme propre à la variété : l’expansion cellulaire ralentit, puis des transformations biochimiques font passer la pulpe du blanc au rose et, pour les variétés rouges, au rouge foncé. La vrille la plus proche du fruit sèche souvent à l’approche de la maturité. Dans la chair, des plastes se différencient en chromoplastes où s’accumulent les caroténoïdes, en particulier le lycopène rouge. Les teneurs en saccharose, fructose et glucose évoluent également au cours de la maturation, ce qui détermine la douceur finale du fruit.5
Pour mieux saisir ce processus, on peut le résumer simplement : La pastèque passe en quelques semaines d’une graine à un fruit gorgé d’eau et de sucre. Après la germination, la plante développe ses tiges et ses feuilles, puis produit des fleurs pollinisées par les insectes. Le fruit grossit alors rapidement : ses cellules accumulent de l’eau et des sucres, tandis que l’écorce se renforce. Enfin, la maturation lui donne sa couleur, sa texture et sa douceur.
Comment une pastèque composée d’eau reste-t-elle ferme ?
Pendant le grossissement du fruit, grâce au vaste réseau racinaire de la plante, un afflux d’eau est puisé dans le sol et acheminé vers le fruit par les tissus vasculaires, notamment le xylème, tandis que les sucres produits par la photosynthèse circulent surtout dans le phloème. Autrement dit, le xylème agit comme un réseau d’acheminement de l’eau et des sels minéraux, tandis que le phloème transporte surtout les sucres produits par les feuilles. La turgescence correspond à la pression de l’eau à l’intérieur des cellules contre leur paroi ; elle participe directement à la fermeté du fruit.

Ce flux alimente simultanément l’écorce et la pulpe interne, mais leurs structures cellulaires distinctes donnent des résultats différents. Dans l’écorce, la pression de turgescence étire les cellules tandis que leurs parois, plus riches en matériaux structuraux, construisent une enveloppe protectrice résistante. Pendant ce temps, l’eau remplit les cellules plus souples de la pulpe et les porte vers leur volume maximal, comme de minuscules ballons d’eau, pour former un cœur croquant et gorgé de jus.6
Au cours de la phase finale, la pastèque cesse de grossir et poursuit ses transformations internes. Les pigments caroténoïdes s’accumulent, notamment le lycopène dans les variétés rouges. Parallèlement, le métabolisme des sucres modifie les proportions de saccharose, de fructose et de glucose, tandis que l’acidité diminue généralement. Ce processus coordonné entraîne la disparition de la couleur pâle des tissus, l’augmentation de la saveur sucrée et l’apparition de la chair rouge vif qui signale la maturité.5
Quand la pulpe et l’écorce grandissent ensemble
Une question qui me fascine et qui peut s’appliquer à tous les fruits est la suivante : comment le taux de croissance de l’intérieur du fruit, qui forme un volume, se synchronise-t-il avec celui de l’écorce ? Dans un modèle simplifié, le volume d’une sphère est proportionnel au cube du rayon, tandis que sa surface est proportionnelle au carré du rayon. Une pastèque tend vers une forme arrondie parce que la pression interne s’exerce dans toutes les directions, tandis que l’organisation mécanique de l’écorce résiste à la déformation. Pour éviter la fissuration, l’expansion de la pulpe, le remodelage des parois cellulaires de l’écorce et les signaux hormonaux doivent rester étroitement coordonnés.
À mesure que l’intérieur gonfle, l’enveloppe s’étire et poursuit sa propre croissance. Cette observation s’inscrit dans une question plus générale que nous avons étudiée à propos des rapports entre Torah et sciences : comment la connaissance de la nature peut-elle conduire de l’explication des mécanismes à la reconnaissance de la Création ?
Cette démarche n’est pas réservée aux grandes questions de cosmologie ou d’origine du vivant. L’observation d’un phénomène aussi quotidien que la croissance d’une pastèque peut déjà révéler une remarquable organisation du vivant et devenir une invitation à réfléchir sur la Création Fascinant !7

Forts de cette connaissance, des producteurs japonais ont obtenu des pastèques cubiques ou pyramidales en confinant les fruits dans des moules pendant leur croissance. Pour y parvenir, connaissaient-ils le passage du Talmud, dans le traité Soucca, selon lequel un Étrog qui a grandi dans un moule au point de prendre l’apparence d’une autre créature n’est pas valide ?8
Le Michna Beroura explique que le fruit a été placé dans un moule alors qu’il était encore petit et attaché à l’arbre, afin qu’il grandisse selon les dimensions et la forme du moule.9
Combien pesait la pastèque la plus lourde jamais homologuée ? 159 kg ! Ce record, établi en 2013 par Chris Kent, donne une idée saisissante de la quantité d’eau et de matière que la plante a dû acheminer pendant la croissance du fruit.10
Ce que révèle la structure de la pastèque
Nous pouvons désormais répondre à notre question initiale : la pulpe rouge et l’écorce blanche restent fermes parce que leur eau est contenue dans des cellules végétales sous pression, dont les parois sont constituées de glucides structuraux, notamment la cellulose, l’hémicellulose et les pectines. Les cellules de la pulpe sont généralement plus grandes, moins denses et plus souples ; celles de l’écorce sont plus serrées et dotées de parois plus résistantes. C’est pourquoi l’écorce est plus dure que la pulpe. Voici une expérience simple qui illustre le rôle de ces cellules gorgées d’eau. Placez un morceau de pastèque au congélateur. Comme l’eau se dilate en gelant, les cristaux de glace endommagent les membranes et les parois cellulaires. Après décongélation, le morceau ramollit fortement et libère beaucoup de jus, parce que son organisation cellulaire a été rompue.11
Analysons maintenant le fruit plus en détail. La pulpe rouge contient environ 92 % d’eau, des pigments dont le lycopène, des sucres dont la proportion varie avec le cultivar et la maturité, ainsi que des vitamines, notamment A et C. La sensation de croquant provient de la rupture des fines parois et membranes des cellules remplies d’un liquide sucré. L’écorce blanche, plus dure, contient-elle aussi une très forte proportion d’eau, de la L-citrulline et peu de sucre. Ses parois plus épaisses forment une matrice fibreuse riche en cellulose, en hémicellulose et en pectines, qui lui donne une texture plus proche de celle d’un légume. Cette richesse en pectines explique aussi pourquoi l’écorce blanche se prête au marinage ou à la cuisson au wok. Enfin, l’oxygène, l’hydrogène, le carbone et l’azote constituent l’immense majorité de la matière du fruit ; le reste comprend plusieurs minéraux, dont le potassium, le phosphore, le magnésium et le calcium.12
Un fruit entre botanique et loi juive
Nous prononçons sur la pastèque la bénédiction Boré péri haadama, qui remercie Hachem de créer le fruit de la terre.13 Cette qualification selon la loi juive ne dépend pas simplement de l’usage culinaire du mot légume. D’un point de vue botanique, la pastèque est un fruit puisqu’elle se développe à partir d’un ovaire fécondé et contient les graines de la plante. Dans les usages agricoles et culinaires, elle peut aussi être traitée comme un légume, notamment parce qu’elle provient d’une culture annuelle en rangées. L’Oklahoma l’a même désignée officiellement comme légume de l’État en 2007.14

De la connaissance à la Téchouva
Cette synchronisation entre l’intérieur du fruit et son enveloppe suggère un autre lien avec la Téchouva. Le Rambam la décrit comme un mouvement où la décision intérieure devient parole et conduite : quitter la faute, la regretter, décider de ne pas y revenir et l’avouer. L’intériorité ne peut donc mûrir seule. Inversement, un acte corrigé sans retournement du cœur reste incomplet.
La pastèque en offre une image concrète : sa pulpe et son écorce grandissent ensemble, chacune selon sa fonction. Si l’une progressait sans l’autre, le fruit perdrait sa forme ou sa solidité. La Téchouva demande ainsi que la conscience, la parole et l’action avancent de concert. Le Rav Kook ajoute que le retour commence par le retour de l’homme vers la source de sa propre âme. Il ne s’agit pas d’endosser une identité étrangère, mais de retrouver une vérité intérieure que la faute avait recouverte. Comme le fruit mûrit au-dedans tout en fortifiant son enveloppe, l’homme revient lorsque la vérité du cœur devient une manière de vivre.15
Bien que ce qui précède puisse paraître technique à certains lecteurs, nous n’avons fait qu’effleurer l’étonnant processus de croissance et la chimie de la pastèque. De nombreuses questions restent ouvertes. Mieux comprendre ce fruit nous fait apprécier plus pleinement cette Création extraordinaire.
Cette manière de remonter de l’observation du monde à la reconnaissance du Créateur est également au cœur de notre étude sur Roch Hachana et la Création. Elle peut, mieux encore, nous aider à avancer avec enthousiasme vers une Téchouva entière.
מָה רַבּוּ מַעֲשֶׂיךָ ה׳
Que Tes œuvres sont nombreuses, Hachem !
Notes et sources
- L’enseignement sur la pastèque comme Téchouva par amour et par gratitude est développé dans Toras Avigdor.
- La pulpe contient environ 91 à 92 % d’eau selon les données de l’USDA Agricultural Research Service. Des études sur l’écorce fraîche rapportent couramment une humidité supérieure à 90 %, variable selon le cultivar et la méthode.
- Pour la pollinisation des fleurs mâles et femelles de la pastèque.
- La pression de turgescence est la pression exercée par le contenu aqueux d’une cellule contre sa paroi. Elle contribue à la fermeté des tissus végétaux, avec la structure de la paroi cellulaire.
- La maturation de la pastèque implique l’accumulation de lycopène et l’évolution des teneurs en saccharose, fructose et glucose. Dans la chair, les chromoplastes peuvent se différencier à partir de plastes non photosynthétiques plutôt que par transformation directe de chloroplastes. Voir l’étude transcriptomique sur le développement du fruit ainsi que la revue sur les plastes et les caroténoïdes.
- L’eau, les nutriments et les sucres atteignent le fruit par son système vasculaire. Voir l’étude sur l’expression génétique pendant le développement de la pastèque. La proportion de 5 % d’eau métabolique avancée dans la version initiale n’a pas pu être confirmée par une source scientifique solide et n’a donc pas été conservée.
- Le modèle sphérique est une simplification : V = 4/3 πr³ et S = 4πr². La croissance réelle du fruit dépend aussi du cultivar, de l’orientation des tissus et de nombreux signaux biologiques.
- Le texte talmudique est consultable dans le traité Soucca 36b : un étrog formé dans un moule est invalide lorsqu’il prend l’apparence d’une autre créature.
- La Michna Beroura, Ora’h Haïm 648, explique le procédé du moule appliqué au fruit encore petit et attaché à l’arbre. Le texte hébreu est consultable dans l’édition numérique du commentaire. Merci au Rav Shabtai Gan pour cette source et la précédente.
- Le record homologué de 159 kg appartient à Chris Kent. Voir Guinness World Records.
- L’image du « ballon rempli d’eau » reste une simplification pédagogique. La congélation endommage les membranes et les parois par la formation de cristaux de glace, ce qui entraîne ramollissement et perte de jus après décongélation.
- Sur la composition, la texture et les constituants des parois cellulaires, voir notamment l’étude sur les réseaux génétiques associés à la fermeté de la chair.
- Sur la bénédiction Boré péri haadama pour les produits de la terre, voir le Choul’han Aroukh Ora’h Haïm 203.
- La pastèque a été désignée légume officiel de l’Oklahoma en 2007. Voir l’Oklahoma Historical Society.
- Le passage ajouté s’appuie sur le Rambam, lois de la Téchouva (2 : 2), et sur Rav Kook, Orot HaTéchouva 5 : 6.
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Édité par universtorah.com à partir du texte du Professeur Daniel Nessim
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