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Rabbin agressé à Milan : assez des condamnations creuses

Un rabbin attend son autobus à Milan. Il est reconnu comme juif, insulté et frappé. Derrière cette agression apparaît une réalité documentée : en Europe, des Juifs sont de plus en plus rendus responsables d’Israël simplement parce qu’ils sont juifs.

Rabbin agressé à Milan : assez des condamnations creuses

À Milan, le rav Tzemach Mizrachi attendait simplement un autobus lorsqu’il a été insulté, frappé et dépouillé de son chapeau par trois jeunes hommes. L’affaire est plus grave qu’un nouvel épisode de violence antisémite : elle révèle l’installation progressive d’une idée que l’Europe devrait considérer comme intolérable, celle selon laquelle n’importe quel Juif peut devenir une cible dès lors qu’Israël combat ses ennemis. Depuis le 7 octobre, trop de responsables occidentaux condamnent rituellement l’antisémitisme tout en tolérant un climat où le Juif est sommé de se justifier sur Israël avant même que l’on consente à défendre son droit élémentaire à vivre en sécurité.

Un rabbin attendait son autobus, rien de plus

Le 16 septembre 2026, dans le quartier de Bande Nere à Milan, un rabbin est pris à partie alors qu’il attend un autobus. Selon La Repubblica, les trois suspects, âgés de 19 à 21 ans, l’insultent, le bousculent et lui arrachent son chapeau ; lorsqu’il tente de le récupérer, l’un d’eux lui porte un violent coup de pied. La police les identifie rapidement. L’un des trois est arrêté et les deux autres font l’objet d’une enquête dans laquelle la dimension discriminatoire des faits est explicitement examinée.

Le président de la communauté juive de Milan, Walker Meghnagi, a livré à l’ANSA un récit encore plus brutal : coups de pied et de poing, crachats, chapeau arraché puis piétiné. Surtout, il précise que le rabbin a été identifié comme juif en raison de sa tenue. ANSA Le mouvement ‘Habad confirme par ailleurs que le rav Tzemach Mizrachi exerce depuis de longues années à Milan, notamment au Beit Hatalmud-Heichal Menachem.

Le rav Tzemach Mizrachi ramassant son chapeau noir après une agression antisémite à Milan
Illustration générée par intelligence artificielle à partir d’une photographie du rav Tzemach Mizrachi. La scène représentée est une reconstitution éditoriale.

C’est ce dernier détail qui importe. Il n’était pas dans une manifestation. Il ne représentait aucun gouvernement. Il n’était engagé dans aucune altercation politique. Il était reconnaissable comme juif. Et cela a suffi.

Le Juif n’a pas à s’excuser d’Israël pour être protégé

Cette dérive rejoint une question plus profonde déjà analysée sur Univers Torah : pourquoi l’existence même d’Israël semble-t-elle provoquer, dans une partie du monde occidental, une réaction qui dépasse largement la critique politique ordinaire ? Chaque fois qu’un Juif est agressé en Europe, on voit réapparaître presque mécaniquement la même précaution : certes l’agression est condamnable, certes les Juifs européens ne seraient pas « responsables des décisions prises à Jérusalem ».

Cette formulation doit être refusée parce qu’elle accepte déjà la prémisse du raisonnement antisémite. Pourquoi le Juif agressé devrait-il d’abord être déclaré innocent d’Israël ? Pourquoi sa sécurité dépendrait-elle de la démonstration qu’il n’est ni ministre israélien, ni soldat de Tsahal, ni responsable de la guerre à Gaza ? Même cette défense est une concession de trop.

Le rav Mizrachi peut soutenir Israël. Il peut approuver sa guerre contre le Hamas. Il peut être sioniste. Il peut considérer que l’État juif avait l’obligation de réagir au massacre du 7 octobre. Rien de cela ne transforme son visage, sa kippa ou son chapeau en cible légitime dans une rue de Milan.

Et il faut rappeler ce qui s’est produit le 7 octobre sans l’envelopper dans les euphémismes devenus habituels. Selon les données des Nations unies, environ 1 200 personnes ont été tuées lors de l’attaque menée par le Hamas et d’autres groupes armés contre Israël, principalement des civils, tandis que 251 personnes ont été enlevées et emmenées à Gaza. Des communautés civiles, des routes et le festival Nova ont été directement attaqués.

Depuis, les opérations militaires israéliennes, leur conduite et leurs conséquences humaines font l’objet de controverses politiques et juridiques internationales considérables. Ce débat existe et doit être examiné avec ses faits. Mais il n’a aucune raison de servir de préalable moral lorsqu’un Juif est agressé dans une capitale européenne. La question de savoir comment Israël conduit une guerre et celle de savoir si un rabbin peut attendre un autobus sans recevoir des coups appartiennent à deux registres distincts. Les confondre est précisément l’un des mécanismes par lesquels la haine d’Israël se déverse sur les Juifs.

Antisémitisme en Europe : Israël comme prétexte, le Juif comme cible

Les chiffres italiens montrent que cette mécanique n’est plus marginale. Le rapport annuel 2025 de l’Observatoire de l’antisémitisme de la Fondation CDEC a enregistré 963 incidents antisémites en Italie, contre 877 en 2024, environ deux fois plus qu’en 2023 et quatre fois plus qu’en 2022. Les agressions physiques ont augmenté de 225 % en un an. Plus révélateur encore, le CDEC identifie l’antisémitisme lié à Israël comme la principale matrice des manifestations de haine observées en 2025 : des stéréotypes antijuifs anciens sont désormais transférés vers le sionisme et l’État d’Israël.

Cette confusion entre le Juif, Israël et les conflits du Proche-Orient s’inscrit dans une histoire bien plus ancienne : les motifs de la haine changent, mais la nécessité de lui trouver une justification demeure.

Voilà le phénomène qu’il faut regarder en face. L’antisémitisme contemporain n’a pas toujours besoin de proclamer je hais les Juifs. Il peut commencer par une obsession politique autour d’Israël, puis glisser vers l’idée que tout Juif est une parcelle accessible de cet Israël que l’on déteste. Une synagogue devient alors une ambassade de substitution, un étudiant juif devient le représentant improvisé d’un gouvernement qu’il n’a jamais rencontré, et un rabbin à Milan finit par recevoir physiquement la colère que certains prétendent adresser à Jérusalem. Ce déplacement n’est d’ailleurs plus seulement idéologique : nous avons montré comment l’Iran lui-même utilise désormais les communautés et institutions juives européennes comme points de pression indirects contre Israël. 

L’enquête européenne de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne donne à cette réalité une précision saisissante : 75 % des Juifs interrogés déclarent avoir le sentiment que des personnes de leur pays les tiennent responsables des actions du gouvernement israélien simplement parce qu’ils sont juifs. Dans le même temps, 76 % disent dissimuler au moins occasionnellement leur identité juive et 34 % évitent certains événements ou lieux juifs par crainte pour leur sécurité.  Ce n’est donc plus une impression communautaire. C’est un mécanisme documenté.

Après l’agression de Milan, les condamnations ne suffisent plus

Il faut également parler franchement de la réaction institutionnelle. Après chaque agression viennent désormais les mêmes communiqués : condamnation avec la plus grande fermeté, solidarité avec la communauté juive, rappel que l’antisémitisme n’a pas sa place en Europe. À Milan, les responsables politiques italiens ont effectivement condamné l’attaque et la police a réagi rapidement. Il serait injuste de nier cette réaction.

Mais la question n’est plus de savoir si l’État condamne une agression lorsqu’elle est filmée et médiatisée. Elle est de savoir pourquoi, après des années de stratégies nationales, de journées de commémoration, d’observatoires et de discours solennels, des Juifs européens continuent à apprendre qu’exposer leur identité peut avoir un prix physique.

Le rav Tzemach Mizrachi tenant son chapeau noir après une agression antisémite près d’un arrêt d’autobus à Milan
Illustration générée par intelligence artificielle à partir d’une photographie du rav Tzemach Mizrachi. La scène représentée est une reconstitution éditoriale.

Lorsque trois quarts des Juifs interrogés en Europe disent se sentir rendus responsables d’Israël, il ne suffit plus d’attendre le prochain incident pour réaffirmer les valeurs de la République, de la démocratie ou de la tolérance. La multiplication des condamnations peut même finir par produire un étrange sentiment d’impuissance : on annonce après chaque agression que la ligne rouge a été franchie, alors que cette ligne semble reculer continuellement.

Le problème n’est pas Israël, il est ici

C’est peut-être la leçon la plus dérangeante de Milan. Le problème ne se trouvait pas ce jour-là à Gaza, à Jérusalem ou à Téhéran. Il se trouvait à un arrêt d’autobus européen, face à un homme dont l’apparence indiquait simplement qu’il était juif.

La civilisation européenne aime rappeler ce qu’elle a appris du XXe siècle. Elle organise des commémorations, protège des mémoriaux et prononce des discours admirables sur la mémoire. Mais l’épreuve réelle ne consiste pas à savoir respecter les Juifs morts. Elle consiste à garantir aux Juifs vivants qu’ils peuvent marcher dans une rue européenne sans dissimuler ce qu’ils sont.

Il est donc temps de mettre fin à une autre fiction confortable : celle selon laquelle l’antisémitisme contemporain serait toujours identifiable à ses vieux uniformes, ses croix gammées et son vocabulaire historique. Il peut aujourd’hui porter les habits de la géopolitique, se présenter comme une indignation contre Israël, puis retrouver très rapidement son objet ancien.

Lorsqu’un Juif est frappé parce qu’il est reconnu comme juif, aucune dissertation sur Jérusalem n’est nécessaire. Le sujet est l’antisémitisme. Le lieu du problème est Milan. Et la responsabilité des sociétés européennes est de faire en sorte que la prochaine condamnation officielle devienne enfin inutile parce que l’agression qu’elle aurait dû condamner n’aura pas eu lieu.

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