Aller au contenu

Choisir une ville

Actualités International

Actualités des communautés juives dans le monde : événements internationaux, vie communautaire, diplomatie, culture, mémoire et société.

Lien copié

Israël et le mot génocide : défendre la vérité devient une exigence morale

Plus de 5 000 personnalités publiques contestent désormais l’accusation de génocide contre Israël. Mais la question dépasse cette pétition. Peut on reconnaître les souffrances palestiniennes, examiner les fautes israéliennes et refuser en même temps que le terme « génocide » devienne un verdict politique avant même le jugement du droit ? Une analyse sur Gaza, le 7 octobre, Hollywood et la responsabilité morale de ceux qui prétendent défendre la vérité.

Israël et le mot génocide : défendre la vérité devient une exigence morale

Plus de 5 000 dirigeants, universitaires, juristes, historiens, artistes et personnalités publiques viennent de signer une lettre rejetant l’accusation de génocide portée contre Israël. Boris Johnson, ancien Premier ministre britannique, Irwin Cotler, ancien ministre canadien de la Justice, les historiens Benny Morris et Niall Ferguson, le psychologue Steven Pinker, Deborah Lipstadt ou encore l’actrice Mayim Bialik figurent parmi les signataires. 

L’intérêt de cette initiative n’est pourtant pas de savoir si 5 000 personnalités peuvent avoir raison contre 5 000 autres. Une pétition n’établit jamais la vérité. Ce qui importe est la question qu’elle oblige à rouvrir : avons-nous encore la capacité de distinguer une guerre terrible, éventuellement entachée de fautes graves, d’un génocide ? C’est précisément là que commence la responsabilité intellectuelle. 

Illustration de personnalités politiques et intellectuelles tenant des ouvrages consacrés au droit, à la justice, à l’histoire et à la vérité, devant Jérusalem.

Génocide à Gaza : ce que le droit exige réellement

La Convention de 1948 ne définit pas le génocide comme une guerre provoquant énormément de morts ou de destructions. Elle exige notamment l’intention de détruire, en totalité ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux en tant que tel. C’est ce que les juristes appellent l’intention spécifique. Cela ne blanchit rien. 

Des opérations militaires peuvent être disproportionnées. Des soldats peuvent commettre des crimes. Des responsables politiques peuvent tenir des propos moralement inadmissibles. Des civils palestiniens peuvent subir une catastrophe réelle sans que chacune de ces réalités établisse automatiquement l’existence juridique d’un génocide. 

Inversement, il serait intellectuellement malhonnête de prétendre que l’accusation n’existe que dans les manifestations. La Commission internationale indépendante d’enquête de l’ONU a conclu en 2025 à l’existence d’actes génocidaires et d’une intention génocidaire, et elle a réitéré cette conclusion en juin 2026 concernant notamment les enfants palestiniens. 

En juin 2026, la Commission internationale indépendante d’enquête de l’ONU a maintenu son accusation de génocide contre Israël dans un nouveau rapport consacré aux enfants palestiniens. Il faut cependant distinguer cette accusation de l’état du droit : la Commission est un organe d’enquête du Conseil des droits de l’homme, non une juridiction internationale, et sa qualification ne constitue pas en elle même une décision judiciaire établissant qu’Israël a commis un génocide. 

Cette qualification demeure celle de la Commission et ne constitue pas un jugement définitif d’une juridiction internationale ni un fait etabli, car celle ci a une tendance excessivement malheureuse à accuser toujours Israël .   

Mais une commission d’enquête de l’ONU n’est pas la Cour internationale de Justice. La procédure Afrique du Sud contre Israël existe toujours et la CIJ n’a pas rendu, à ce stade, de jugement définitif sur le fond établissant qu’Israël a commis un génocide. Cette distinction devrait être élémentaire. Elle disparaît pourtant presque entièrement du débat public.

Le 7 octobre ne peut pas devenir une note de bas de page 

Il faut ensuite rappeler ce que certaines représentations du conflit ont progressivement relégué à l’arrière-plan. Le 7 octobre 2023, environ 1 200 personnes ont été tuées en Israël et 251 prises en otage. La mission conduite par Pramila Patten pour les Nations unies a conclu qu’il existait des motifs raisonnables de croire que des viols et viols collectifs avaient été commis en plusieurs endroits et des informations claires et convaincantes concernant des violences sexuelles contre certains otages. 

Reconnaître ces faits ne diminue en rien la souffrance d’un enfant palestinien. La morale commence précisément lorsqu’elle devient capable de regarder simultanément les deux réalités. Le problème apparaît lorsque l’assassinat délibéré de civils israéliens devient le « contexte », tandis que les morts palestiniens deviennent à eux seuls la définition morale de la guerre. Une telle asymétrie n’est plus de l’humanisme. C’est une sélection de la souffrance.

Israël n’a pas besoin d’être innocent pour avoir le droit de se défendre 

L’une des erreurs les plus dangereuses du débat consiste à exiger d’Israël une perfection morale comme condition préalable à son droit de se défendre. Israël commet des erreurs. Ses gouvernements peuvent être contestés. Ses décisions militaires doivent pouvoir être examinées. Lorsqu’une violation du droit est démontrée, elle doit être poursuivie. 

Mais depuis 1948, ce pays a connu guerres conventionnelles, terrorisme, tirs de roquettes, attentats suicides, organisations armées palestiniennes, Hezbollah, Hamas et désormais confrontation directe ou indirecte avec le système régional construit par l’Iran

Foule participant à un rassemblement de soutien à Israël dans une rue, avec de nombreux drapeaux israéliens et une étoile de David visible au premier plan.Rassemblement de soutien à Israël à  Paris

Il serait historiquement faux de transformer soixante-dix-huit années de conflits en un unique affrontement contre l’islamisme. Les guerres arabes nationalistes des années 1940 à 1970, les Frères musulmans, le djihadisme sunnite, le Hamas.... C’est justement cette précision qui permet d’aller plus loin. 

À mesure que l’islamisme révolutionnaire, le djihadisme transnational et les réseaux militaires iraniens se sont développés, Israël s’est retrouvé confronté à des mouvements dont la vision dépasse largement le conflit territorial israélo-palestinien.

L’Europe et l’Amérique ont découvert avec Al-Qaïda, Daech et les attentats commis sur leur propre sol qu’un mouvement idéologique peut considérer les démocraties occidentales elles-mêmes comme adversaires. Dire cela n’implique pas de confondre islam et islamisme. Cette confusion serait aussi fausse qu’inutile. Elle empêche précisément d’identifier l’adversaire réel. 

Hollywood n’est pas une juridiction internationale 

Il existe enfin une autre confusion contemporaine : celle de la célébrité et de l’autorité morale. 

En septembre 2025, plus de 3 900 acteurs, cinéastes et professionnels du divertissement, parmi lesquels Mark Ruffalo, Emma Stone, Olivia Colman et Javier Bardem, avaient annoncé leur refus de collaborer avec certaines institutions cinématographiques israéliennes qu’ils accusaient d’être impliquées dans ce qu’ils qualifiaient de génocide et d’apartheid.

Ils avaient parfaitement le droit de le faire. Mais être acteur, réalisateur ou chanteur ne donne aucune compétence particulière pour qualifier juridiquement une guerre. 

Le drame commence lorsque l’émotion médiatique remplace l’examen des faits : une photographie devient une démonstration, un slogan devient une qualification juridique, puis la répétition transforme l’accusation en évidence. 

La souffrance palestinienne mérite mieux que cette mécanique. Et les victimes israéliennes également. La véritable poursuite du bien impose une règle beaucoup plus exigeante : ne jamais modifier nos critères moraux selon l’identité de celui qui souffre ou de celui qui se défend. 

On doit pouvoir dire qu’un enfant palestinien mort est une tragédie sans déclarer Israël génocidaire. On doit pouvoir dénoncer le Hamas sans absoudre automatiquement chaque décision israélienne. On doit pouvoir défendre Israël sans transformer chaque critique en antisémitisme.

Mais lorsque des Juifs sont tenus collectivement responsables d’un conflit, lorsque des institutions culturelles israéliennes deviennent suspectes par leur seule appartenance nationale, ou lorsque le vocabulaire historiquement attaché à l'extermination des peuples est utilisé comme condamnation avant que les tribunaux compétents aient tranché, une frontière est franchie. 

Montage de quatre personnalités du cinéma ayant participé au débat public autour d’Israël et de Gaza.Les figures les plus virulentes du monde du cinéma contre Israël
De gauche à droite : Mark Ruffalo, Emma Stone, Javier Bardem et Olivia Colman

Voilà pourquoi cette lettre des 5 000 mérite attention. Non parce que ses signataires seraient détenteurs de la vérité. Mais parce qu’ils rappellent une chose devenue curieusement subversive : la justice ne consiste pas à choisir le récit qui procure le plus fort sentiment de vertu. Elle consiste à appliquer aux amis comme aux adversaires la même discipline du fait, du droit et de la vérité.

Dans la pensée juive, la justice ne consiste pas à défendre son camp à tout prix, mais à refuser que l’appartenance de la victime ou de l’accusé modifie notre rapport à la vérité. La Torah ordonne :

« מִדְּבַר שֶׁקֶר תִּרְחָק »
« Éloigne toi de toute parole mensongère » (Chemot 23, 7),

C'est une exigence singulière puisque le mensonge n’est pas seulement interdit : il faut s’en tenir à distance. Appliquée à Israël comme à Gaza, cette obligation impose de reconnaître toute souffrance réelle, toute faute établie et tout crime démontré, mais interdit également de transformer l’émotion, l’idéologie ou la pression collective en substitut au fait et au jugement.

Voir aussi

Sujets traités

Guerre Israël Antisémitisme État d'Israël Diplomatie Non-Juifs

Commentaires

Soyez le premier à commenter !

Laisser un commentaire

/ lignes