Népal : trente Juifs recherchés, et cette force juive qui refuse de laisser un homme disparaître
Au Népal, au milieu de l'une des catastrophes naturelles les plus meurtrières que le pays ait connues ces dernières années, une autre bataille se déroule loin des projecteurs : retrouver une trentaine de Juifs dont les familles sont toujours sans nouvelles.
Selon le Beth 'Habad du Népal, environ trente Juifs, parmi lesquels deux Israéliens, sont actuellement considérés comme disparus ou injoignables après les gigantesques inondations qui ont frappé le pays. Le chiffre reste une estimation établie au fil des appels de familles et des informations recueillies sur le terrain.
À Katmandou, le Rav Chezky Lifshitz et son épouse Chani, émissaires du Rabbi de Loubavitch depuis de nombreuses années, ont presque entièrement interrompu les préparatifs de Roch Hachana.
Leur maison n'est plus seulement un Beth 'Habad. Elle est devenue un centre de crise.
Téléphones, listes de noms, derniers itinéraires connus, informations transmises par les familles, contacts avec les autorités, habitants des régions sinistrées et équipes de secours : chaque détail peut devenir une piste.
Chani Lifshitz explique qu'ils vérifient chaque rapport, chaque nom, chaque lieu et chaque piste possible. Plusieurs nuits se sont déroulées presque sans sommeil. Ce détail dépasse l'anecdote.
Il raconte quelque chose de beaucoup plus profond sur la manière dont le peuple juif s'est construit.
Quand l'État ne peut plus voir
La catastrophe du 26 août a détruit des villages entiers, emporté des ponts, coupé des routes et désorganisé les communications dans plusieurs secteurs proches de la frontière avec le Tibet. Des milliers de personnes restent recherchées. Certains territoires ne sont accessibles que par hélicoptère.
Dans une telle situation, même un État moderne travaille avec des statistiques : morts identifiés, personnes disparues, étrangers enregistrés, zones inspectées. Mais une communauté fonctionne autrement. Elle cherche un nom.
Elle veut savoir où se trouve David, Yossef ou Sarah. Qui l'a vu pour la dernière fois. Dans quel hôtel il dormait. À qui il a envoyé son dernier message.

C'est précisément là que l'action des Chlou'him prend une signification particulière.
Ils ne remplacent ni l'armée népalaise, ni les secours, ni les services consulaires. Ils possèdent autre chose : un réseau humain capable de transformer une masse anonyme de disparus en personnes identifiables.
La Torah avait formulé cette responsabilité bien avant l'existence des dispositifs modernes de secours.
« כל ישראל ערבים זה בזה »
Tous les membres d'Israël sont garants les uns des autres.
Cette responsabilité collective, que la Torah encadre avec beaucoup plus de précision qu’un simple slogan de solidarité, traverse également les parachiote Nitsavim et Vayelekh.
Cette formule des Sages d'Israël n'est pas seulement un principe moral. Elle décrit une architecture du peuple juif : la situation d'un Juif inconnu à plusieurs milliers de kilomètres devient soudain l'affaire d'un autre Juif.
Pourquoi un couple juif installé à Katmandou devrait il passer ses nuits à rechercher des voyageurs qu'il ne connaissait peut être pas quelques jours auparavant ?
Dans une logique strictement administrative, rien ne l'impose. Dans la logique juive, la question se pose presque à l'envers : comment pourrait on savoir qu'un Juif manque et continuer normalement les préparatifs de fête ?
C'est ici que l'histoire devient particulièrement forte.
Roch Hachana approchait et des centaines de voyageurs israéliens devaient normalement passer par le Beth Habad de Katmandou pour les prières et les repas. Tout était organisé autour de la fête.
Puis les eaux ont emporté les routes. Et la préparation de Roch Hachana a pris une autre forme. Chercher un Juif vivant est devenu la préparation.
La puissance discrète d'un peuple dispersé
On parle beaucoup de la faiblesse historique de la dispersion juive. Il faudrait aussi parler de la force qu'elle a produite. Dans des dizaines de pays, parfois dans des endroits où il n'existe pratiquement aucune infrastructure communautaire organisée, un Juif sait qu'une porte existe.
Katmandou en est l'un des exemples les plus saisissants. Le voyageur peut être religieux ou non. Il peut fréquenter une synagogue toute l'année ou n'y entrer presque jamais. Au moment où il disparaît dans l'Himalaya, ces catégories deviennent secondaires. Il est un Juif que quelqu'un cherche.
Cette solidarité n’est d’ailleurs pas une réaction née des catastrophes modernes : elle appartient à une conception ancienne de l’unité d’Israël.

Cette réalité rejoint une autre mobilisation déjà observée au Népal, où les équipes israéliennes d’IsraAID sont revenues auprès de populations qu’elles avaient secourues après le séisme de 2015. Ce n'est pas seulement aider celui que l'on connaît. C'est considérer que l'absence d'un inconnu crée déjà une obligation.
Alors qu'au Népal les équipes poursuivent encore les recherches et que deux hommes ont même été retrouvés vivants neuf jours après la catastrophe dans un tunnel hydroélectrique, personne ne peut affirmer aujourd'hui quel sera le sort de chacun des disparus.
Il faut donc conserver l'espoir sans transformer l'espoir en information. Mais une chose est déjà certaine. Au milieu des milliers de noms encore inconnus, trente noms juifs ne sont pas abandonnés à une statistique.
Quelqu'un les appelle. Quelqu'un les cherche. Et quelque part à Katmandou, tant qu'une piste demeure, quelqu'un refuse de considérer leur silence comme une réponse
À noter : les bilans évoluent encore rapidement. Je conserverais donc dans UniversTorah la formulation « environ trente Juifs portés disparus ou injoignables selon le Beth Habad du Népal » jusqu'à une nouvelle communication officielle.
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