En 2026, la fête de Pessa’h s’inscrit dans une réalité historique saisissante : des Juifs célèbrent la liberté tout en étant engagés, armes à la main, dans des guerres bien réelles. De Kiev à Jérusalem, une même scène se répète : celle de combattants quittant provisoirement le front pour rejoindre la table du Séder.

En Ukraine c'est le cinquième Pessa'h sous les bombardements et il y aura quand même 41 villes où les Sédarim auront lieu malgré tout.
À Kiev, malgré la guerre qui se poursuit depuis quatre ans, la communauté juive a maintenu l’organisation de Sédarim publics et privés. Sous l’impulsion du rabbin Yonatan Markovitch, rabbin de Kiev, des centaines de personnes se sont réunies dans différents lieux de la capitale, tandis que des milliers d’autres recevaient des kits pour célébrer la fête chez eux ou dans des conditions précaires. Il a déclaré :
« Cette année, plus que jamais, nous avons compris combien il est important de s'adresser à chaque Juif, où qu'il soit. Péssa'h est une fête de liberté, mais aussi d'unité et de responsabilité pour chaque Juif. »
Volodymyr Zelensky avec des étudiants de l'école Sim'ha à Kiev à l'occasion d'un pseudo-seder de Pessah. (2024.FJCU/JTA)Mais c’est un autre moment qui a marqué les esprits. Au cœur des célébrations, plusieurs soldats juifs engagés sur le front ont obtenu une permission exceptionnelle. Ils ont quitté, pour quelques heures, les lignes de combat pour venir s’asseoir à la table du Séder aux côtés de leurs familles et de leur communauté.
Cette année, à l’initiative de la Fédération des communautés juives d’Ukraine, en plus du Kit habituel de Pessa'h, les soldats juifs restés au front ont reçu des dessins d’enfants, des autocollants et des vœux réconfortants.
Ce geste, à la fois simple et bouleversant, donne à Pessa’h une dimension presque littérale : quitter temporairement l’état de guerre pour entrer dans le récit de la liberté.
Bien évidement, en Israël également, de nombreux soldats — parfois engagés dans des opérations actives — rentrent chez eux lorsque cela est possible pour célébrer le Séder. Là aussi, la tension entre guerre et liberté est palpable : on passe du bruit des armes au chant du « Ma Nishtana », de la vigilance militaire à la transmission familiale.
Dans les deux cas, la fête ne se vit pas dans l’abstraction, mais dans une réalité existentielle. La sortie d’Égypte n’est plus seulement un souvenir ancien ; elle devient une grille de lecture du présent. Être libre ne signifie pas seulement être sorti d’un esclavage passé, mais continuer à défendre cette liberté, parfois au prix du combat.
En Ukraine comme en Israël, des soldats juifs suspendent le temps de la guerre pour retrouver leur foyer, des communautés organisent des Sédarim malgré les contraintes sécuritaires et la notion de responsabilité collective prend un sens concret et immédiat.
Dans ce contexte, les paroles attribuées au rabbin Markovitch qui insiste sur l’importance de : "voir la communauté se rassembler, les gens venir chanter ensemble et se soutenir mutuellement", traduisent une réalité profonde : le peuple juif ne se définit pas seulement par un territoire, mais par une solidarité active, capable de rejoindre chacun, même au cœur du front.
Ainsi, en 2026, Pessa’h n’est pas seulement commémoré. Il est vécu — dans les abris, sur les routes de guerre, et autour de tables où, pour quelques heures, les combattants redeviennent simplement des fils, des pères, et des témoins d’une histoire millénaire.