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Paracha de la semaine : commentaires de Torah, explications des versets, enseignements des Sages et idées à partager pour Chabbat.

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Lekh Lekha : pourquoi Israël veut produire ses armes sans dépendre de ses alliés

Israël veut produire davantage de ses propres armes pour préserver sa liberté de se défendre, y compris face aux restrictions possibles de ses alliés. Dans la paracha Lekh Lekha, Avraham conjugue coopération, préparation et indépendance.

Lekh Lekha : pourquoi Israël veut produire ses armes sans dépendre de ses alliés
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Israël développe ses capacités de production d’armes pour réduire une dépendance qui peut limiter son droit effectif de se défendre, même lorsque les fournisseurs sont des alliés proches. Les inquiétudes rapportées ce 18 octobre sur de possibles restrictions américaines donnent à cette stratégie une actualité immédiate. La paracha Lekh Lekha éclaire ce qui se joue derrière les usines et les contrats : préserver la capacité de décider, sans nier l’aide reçue ni remettre son avenir entre les mains de ses partenaires.

Dans la paracha Lekh Lekha, Avraham part délivrer Lot, son neveu capturé pendant la guerre des quatre rois contre les cinq. Il rassemble ses hommes, poursuit les ravisseurs et ramène les captifs ainsi que leurs biens. Il porte encore le nom d’Avram. Au retour, il refuse les richesses proposées par le roi de Sodome, tout en réservant la part de ses alliés. Pourquoi la Torah juxtapose-t-elle un refus aussi ferme et la reconnaissance aussi précise de ses partenaires ?

Le risque de restrictions américaines ravive la question de l’autonomie

Le 18 octobre 2026, Calcalist rapporte les inquiétudes de responsables de la défense sur l’accès futur aux armes américaines. Le journal cite notamment un haut responsable anonyme redoutant que les évolutions politiques en Israël et aux États-Unis rendent les achats plus difficiles. Il s’agit d’une appréciation de risque rapportée par la presse, pas de l’annonce officielle d’un nouvel embargo américain.

Cérémonie militaire dans une base du Néguev réunissant des soldats israéliens et américains devant des systèmes de défense antimissile et des drapeaux des deux pays.
Transfert d'armements et cérémonie militaire marquant l'alliance stratégique israélo-américaine dans le désert du Néguev.

La distinction est essentielle, mais la question stratégique demeure. Une capacité de défense peut être techniquement disponible et devenir politiquement inaccessible au moment où l’on en a besoin. Produire davantage en Israël vise à réduire ce risque. L’objectif raisonnable n’est pas de déclarer que tout est déjà fabriqué sur place : il consiste à identifier les dépendances critiques et à se donner les moyens de supporter une interruption de livraison.

La différence entre avoir un allié et dépendre de sa décision devient alors concrète. L’amitié peut être sincère et la coopération indispensable ; les calendriers politiques, les appréciations du danger et les intérêts nationaux restent distincts. Prévoir cette divergence possible ne signifie pas accuser un partenaire de vouloir abandonner Israël. Cela signifie assumer la responsabilité de la sécurité israélienne dans la durée.

Avraham refuse qu’un autre puisse s’attribuer sa réussite

Le roi de Sodome propose à Avraham de rendre les personnes et de garder les biens. Le patriarche refuse jusqu’à un fil ou une courroie de sandale et précise : afin que tu ne dises pas : c’est moi qui ai enrichi Avram, Bérechit (14, 23). Il ne veut pas que ce souverain puisse se présenter comme celui auquel il doit sa prospérité.

Rachi rattache cette fermeté à la promesse divine de bénédiction. Avraham entend recevoir l’accomplissement de cette promesse sans que le roi s’en attribue l’origine. Le verset ne rapporte pas un chantage politique explicite. En déduire une exigence d’obéissance formulée par Sodome ajouterait au texte. Il révèle néanmoins l’attention du patriarche à ce qu’un avantage reçu permettrait ensuite à l’autre de revendiquer.

Nous pouvons prolonger cette lecture : la valeur d’un gain dépend aussi de la position dans laquelle il nous place. Les traditions relatives à la possibilité d’accepter ou refuser les cadeaux prennent au sérieux les effets de dépendance personnelle. La question ne porte donc pas seulement sur ce que l’on reçoit aujourd’hui, mais sur ce que cette réception peut engager demain.

Avraham protège son indépendance et la part de ses alliés

Pourtant, Avraham ne présente pas sa réussite comme une œuvre accomplie sans aucun partenaire. La Torah a nommé Aner, Echkol et Mamré comme ses alliés, Bérechit (14, 13). Après son refus, il préserve leur part :

הֵם יִקְחוּ חֶלְקָם,
eux prendront leur part, Bérechit (14, 24).

Son renoncement personnel ne l’autorise pas à supprimer ce qui leur revient. Sforno souligne qu’ils prendront eux-mêmes cette part, en qualité de chefs. Avraham ne la prendra pas à leur place pour la leur distribuer. Cette précision reconnaît leur position propre. Chez Rachi, ils ont gardé le matériel tandis que les serviteurs combattaient ; Sforno, sur Bérechit (14, 13), comprend qu’ils ont accompagné Avraham à la guerre. Leurs lectures diffèrent sur le rôle accompli, non sur la part réservée aux partenaires.

Avraham Avinou poursuit ses ennemis, entouré de ses fidèles soldats armés, dans un paysage désertique.
Avraham Avinou et ses fidèles compagnons à la poursuite des rois qui ont capturé son neveu Loth, une scène inspirée de la paracha Lekh Lekha, Bérechit. Illustration générée par intelligence artificielle.

La juxtaposition est féconde pour penser l’indépendance : reconnaître une contribution n’oblige pas à abandonner la maîtrise de sa mission. Il faut pouvoir exprimer sa gratitude, honorer ses engagements et conserver des décisions qui ne sauraient être déléguées. La coopération devient plus solide lorsque les partenaires savent ce qu’ils se doivent, sans confondre leurs responsabilités.

Des commandes nationales donnent une traduction concrète à cette stratégie

La recherche israélienne d’autonomie ne commence pas avec l’article de cette semaine. Le 23 avril 2026, le ministère de la Défense a annoncé des commandes pluriannuelles de munitions aériennes à Elbit Systems, pour environ 600 millions de shekels. La fabrication est prévue dans les installations du groupe en Israël. Le ministère présente explicitement cette commande comme une étape de son effort pour renforcer l’indépendance en matière de munitions.

Ce sont des commandes annoncées, non la preuve que toutes les capacités souhaitées fonctionnent déjà à plein régime. L’autonomie exige aussi des matières premières, des composants, des compétences et des stocks. Une arme assemblée sur le territoire peut encore dépendre d’un élément importé. Le travail consiste donc à suivre toute la chaîne, jusqu’aux points où un fournisseur extérieur conserve la possibilité de ralentir ou de bloquer la production.

Ce déplacement du regard est décisif : la sécurité ne se mesure pas uniquement au nombre d’équipements possédés. Il faut encore pouvoir les maintenir, les approvisionner et remplacer ce qui a été consommé. La liberté de se défendre dépend aussi de tâches industrielles peu visibles, préparées longtemps avant l’urgence.

Le prix le plus bas peut masquer une dépendance coûteuse

Dans son rapport de mai 2026 sur les capacités nationales de production d’armements, le contrôleur de l’État relève que certaines capacités ont été perdues ou affaiblies, notamment avec la préférence donnée à des achats étrangers moins chers et l’insuffisance de commandes maintenant les lignes actives. Il souligne les risques pour l’approvisionnement et la liberté d’action, et rappelle les restrictions imposées pendant la guerre par plusieurs pays, dont certains amis d’Israël.

La production nationale a un coût. Il serait trompeur de promettre qu’elle donnera toujours un matériel moins cher et immédiatement disponible. Mais le prix d’achat ne résume pas le coût stratégique. Garder une ligne industrielle peut sembler moins avantageux tant que les livraisons étrangères arrivent ; sa valeur apparaît brutalement lorsqu’elles deviennent incertaines. Le contrôle public des dépenses reste nécessaire pour distinguer une capacité indispensable d’une dépense seulement présentée comme souveraine.

La confiance en D-ieu n’abolit pas la préparation humaine

Une objection limite le rapprochement : Avraham répond à une promesse divine singulière ; un gouvernement doit arbitrer entre des programmes industriels et des besoins militaires vérifiables. La Torah ne tranche ici ni un budget ni le choix d’une munition. Elle éclaire la responsabilité de celui qui veut préserver sa mission sans méconnaître les personnes dont il reçoit le concours.

Avraham Avinou remercie Dieu après la victoire, entouré de ses fidèles compagnons
Avraham Avinou, de retour du combat pour délivrer son neveu Loth, remercie Dieu pour la victoire, entouré de ses fidèles compagnons. Illustration artistique générée par intelligence artificielle, inspirée de la paracha Lekh Lekha.

Le récit lui-même associe foi et préparation. Avraham mobilise ses hommes avant de poursuivre les ravisseurs, Bérechit (14, 14). Sforno explique la division nocturne de ses forces par une manœuvre destinée à surprendre l’adversaire, Bérechit (14, 15). La confiance ne remplace donc pas les moyens de l’action. Cette articulation entre foi et action est également abordée sur UniversTorah dans le cours consacré à la confiance en D-ieu et l’effort humain.

Israël peut renforcer ses partenariats tout en cherchant à produire davantage de ce qui conditionne sa défense. L’indépendance complète demeure un objectif très exigeant, pas une situation acquise. La question que la paracha Lekh Lekha aide à poser est celle de la responsabilité : que faut-il être capable de faire soi-même pour que la protection de la vie ne dépende pas, au moment décisif, d’une permission que l’on n’est pas certain d’obtenir ?

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