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Analyses géopolitiques sur Israël et le Moyen-Orient : conflits, alliances, diplomatie, sécurité et rapports de force régionaux.

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Ne placez pas votre confiance dans les puissants : message de la Torah

Donald Trump a incarné l’un des soutiens politiques les plus spectaculaires à Israël, tandis qu’une partie du Parti démocrate remet désormais davantage en cause l’aide américaine, la guerre menée par Israël et parfois jusqu’à la légitimité de l’État juif. Mais la Torah oblige à aller plus loin que l’opposition entre démocrates et républicains. Avraham avait des alliés, Yaakov négociait et les rois d’Israël pratiquaient la diplomatie. Pourtant, Téhilim (146, 3) avertit : « Ne placez pas votre confiance dans les puissants. » La véritable question n’est donc pas de savoir quel parti américain aime aujourd’hui davantage Israël, mais ce qu’Israël peut légitimement attendre d’un allié sans transformer cette alliance en dépendance.

Ne placez pas votre confiance dans les puissants : message de la Torah
Trump, démocrates ou républicains : Israël doit préserver l’alliance américaine sans jamais dépendre de Washington pour assurer sa sécurité et sa survie.

Les élections américaines de novembre 2026 viennent de rappeler une vérité que la Torah formule depuis des millénaires : Israël peut rechercher des alliances puissantes, les honorer et même en avoir besoin, sans jamais leur remettre la clef de son existence. La question n’est donc pas de savoir si les États-Unis sont encore un allié d’Israël. Ils le sont. La vraie question est plus exigeante : à partir de quel moment une alliance devient-elle une dépendance ?

Donald Trump accueille Benjamin Netanyahou à la Maison-Blanche.

Le scrutin américain révèle une fragilité 

Le 3 novembre 2026, les démocrates ont repris le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat. Associated Press décrit une victoire suffisamment large pour modifier le rapport de force avec Donald Trump pendant les deux dernières années de son mandat. Reuters souligne cependant que le coût de la vie, l’économie et le mécontentement envers la direction du pays ont joué un rôle central. Il serait donc faux de présenter ce scrutin comme un référendum américain sur Israël.

Mais il serait tout aussi imprudent d’ignorer ce qui change à Washington. Une nouvelle majorité peut contrôler les commissions, bloquer des textes, imposer des auditions et peser sur les financements. Le nouveau sénateur démocrate du Michigan, Abdul El-Sayed, s’est opposé pendant sa campagne à l’aide militaire américaine à Israël. Le fait qu’il soit musulman n’est pas l’argument pertinent ; sa politique l’est. À New York, le maire Zohran Mamdani condamne l’antisémitisme et les crimes du Hamas du 7 octobre, mais son communiqué officiel du 7 octobre 2026 accuse simultanément Israël de « génocide », d’« occupation » et d’« apartheid ». Il faut regarder ces faits sans généralisation ethnique ou religieuse, mais sans les minimiser.

UniversTorah a déjà analysé cette mutation dans le dossier consacré à J.D. Vance et à la fragilisation du soutien automatique à Israël. La nouveauté de 2026 est que cette incertitude n’est plus enfermée dans un seul camp américain.

Avraham avait des alliés, mais ne leur abandonnait pas son destin

La Torah ne propose aucune politique d’isolement. Lorsque Lot est capturé, Avraham vit auprès de Mamré, frère d’Echkol et d’Aner, et le verset les définit explicitement comme « בעלי ברית אברם », les alliés d’Avraham, Bérechit (14, 13). Cette expression est décisive. Le premier patriarche n’est pas présenté comme un homme qui refuse tout partenariat avec les puissances de son environnement. Il conclut une alliance, coopère et combat.

Mais quelques versets plus loin apparaît l’autre moitié du modèle. Avraham refuse les biens proposés par le roi de Sodome : « afin que tu ne dises pas : c’est moi qui ai enrichi Avram », Bérechit (14, 23). Et pourtant il exige que la part revenant à ses alliés Aner, Echkol et Mamré soit respectée, Bérechit (14, 24). La Torah juxtapose donc deux attitudes qui ne sont contradictoires qu’en apparence : reconnaître loyalement ses partenaires et refuser qu’ils puissent devenir la source dont dépend notre identité ou notre avenir.

C’est exactement le problème posé aujourd’hui par la dépendance militaire. Dans un autre dossier, UniversTorah a montré pourquoi Israël cherche à produire davantage de ses propres armements. L’objectif n’est pas de rompre avec les États-Unis. Il est de préserver la possibilité d’agir lorsque les intérêts des deux pays ne coïncident plus.

Ne placez pas votre confiance dans les puissants ne signifie pas n’ayez pas d’alliés

Le Téhilim formule le principe avec une force exceptionnelle :

אַל־תִּבְטְחוּ בִנְדִיבִים בְּבֶן־אָדָם שֶׁאֵין לוֹ תְשׁוּעָה
Ne placez pas votre confiance dans les puissants, dans l’homme qui ne peut assurer le salut. » Téhilim (146, 3).

Pris superficiellement, le verset pourrait sembler recommander la méfiance envers toute puissance humaine. Le Radak dit presque l’inverse. Il explique que l’aide peut précisément parvenir par l’intermédiaire d’un homme ou d’un souverain. Il cite Cyrus, roi de Perse, par lequel la délivrance de l’exil babylonien fut rendue possible. Ce qui est interdit n’est donc pas de recevoir le secours d’un dirigeant ; c’est d’en faire la cause première de notre sécurité.

Cette distinction est capitale. Une nation responsable doit disposer d’alliés, de renseignements partagés, d’accords militaires, de stocks, de technologies et de relais diplomatiques. Mais elle commet une erreur stratégique lorsqu’elle construit son existence sur l’hypothèse que la volonté de l’allié restera éternellement identique. Le mot « éternel » appartient à l’alliance entre D-ieu et Israël, pas aux relations internationales.

Yechayahou condamne non les chevaux, mais la confiance placée dans les chevaux

Yechayahou décrit des dirigeants qui descendent en Égypte chercher de l’aide, « s’appuient sur les chevaux » et placent leur confiance dans l’abondance des chars et la puissance des cavaliers, Yechayahou (31, 1). Le prophète ne développe pas une doctrine de désarmement. Son accusation vise la confusion entre le moyen et la source.

Pour Israël aujourd’hui, l’équivalent des chevaux et des chars peut être un veto au Conseil de sécurité, une livraison de munitions, un pont aérien, un système antimissile ou l’accès à une technologie américaine. Chacun peut être vital. Aucun ne doit devenir si irremplaçable que la décision d’un gouvernement étranger détermine à elle seule la possibilité pour Israël de protéger sa population.

C’est pourquoi la question posée dans notre analyse « Israël face au prix des alliances » dépasse largement Donald Trump. L’alliance peut être sincère et l’intérêt divergent. Ces deux réalités peuvent coexister.

Yaakov ne choisit jamais entre diplomatie, prière et préparation

Face à Essav, Yaakov ne fait pas reposer sa survie sur une seule réponse. Rachi explique qu’il se prépare à trois choses : « לדורון, לתפילה ולמלחמה », au présent, à la prière et à la guerre, Bérechit (32, 9). Le Ramban voit dans cette conduite un enseignement pour les générations : Yaakov ne se contente pas de sa justice ni de la promesse reçue ; il agit « de toutes ses forces » pour assurer son salut.

Cette architecture est d’une remarquable modernité politique. Le présent, c’est la diplomatie : parler, négocier, réduire l’hostilité. La prière exprime le bitahon, la conscience que l’histoire n’est pas enfermée dans le seul rapport matériel des forces. La préparation au combat est la responsabilité : ne jamais demander à un autre d’assumer à notre place le devoir de protéger des vies.

Yaakov refuse donc deux illusions symétriques. La première consisterait à croire que la diplomatie suffit parce que l’autre a promis son amitié. La seconde serait d’imaginer que la foi dispense de préparer les moyens matériels de la survie. La Torah exige les trois dimensions simultanément.

Trump lui-même démontre qu’un allié ne peut devenir une garantie existentielle

Le paradoxe de cette semaine rend la démonstration encore plus nette. Au moment même où les démocrates reprenaient le Congrès, Donald Trump, pourtant identifié depuis des années à un soutien exceptionnel à Israël, a annoncé vouloir mettre fin dès 2027 à environ quatre milliards de dollars d’aide américaine annuelle. Associated Press précise que l’accord actuel court jusqu’en 2028 et que le Congrès aurait un rôle majeur dans toute modification : l’annonce politique ne signifie donc pas qu’une coupure immédiate soit juridiquement acquise.

Israël face à Trump, aux démocrates et aux républicains, avec le Capitole américain et un Séfer Torah
Entre Donald Trump, démocrates et républicains, Israël doit préserver ses alliances sans transformer le soutien américain en dépendance. Illustration éditoriale générée par IA.

Mais le symbole est considérable. Si même une administration très favorable à Israël peut envisager de modifier en profondeur le modèle de l’aide, alors la leçon ne concerne plus seulement la gauche progressiste américaine. Elle concerne la nature même des alliances. Un partenaire défend d’abord ses propres intérêts, son budget, son opinion publique et sa stratégie. Israël serait irresponsable de lui demander davantage.

L’alliance est précieuse ; la souveraineté doit rester non négociable

Il ne faut donc ni dénigrer l’Amérique ni la sacraliser. Les États-Unis ont apporté à Israël une aide militaire, diplomatique et technologique considérable. UniversTorah a également documenté les périodes où Washington et Jérusalem ont renforcé leur coopération stratégique. La gratitude n’exige pas l’aveuglement, et l’autonomie n’exige pas l’ingratitude.

La Guemara Sotah (49b) demande :

על מי יש לנו להשען ? על אבינו שבשמים, Sur qui pouvons-nous nous appuyer ? Sur notre Père qui est dans les Cieux. Là encore, cette phrase n’est pas un programme de passivité.

Yaakov prie et prépare ses forces. Avraham a des alliés et refuse d’en devenir le débiteur existentiel. Le Radak admet que la délivrance puisse passer par un souverain non juif. La ligne est cohérente : employer les moyens humains sans leur attribuer ce qu’ils ne peuvent garantir.

Pour l’État d’Israël, la conséquence est concrète. Il faut conserver l’alliance américaine, approfondir la coopération, convaincre le Congrès et parler à toutes les composantes de la société américaine. Mais il faut en même temps développer les capacités militaires, industrielles, technologiques et diplomatiques permettant de survivre à un refus de Washington. Le véritable danger ne commence pas lorsqu’un allié nous contredit. Il commence lorsque nous ne pouvons plus agir sans sa permission.

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