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Torah & Étude Talmud

Comprendre et étudier le Talmud : Guemara, raisonnements des Sages, textes rabbiniques, notions essentielles et méthode talmudique.

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La fabuleuse histoire du talmud

De la mise par écrit de la Torah orale aux grandes académies de Babylonie, des autodafés médiévaux aux persécutions nazies, le Talmud a traversé près de deux millénaires d’histoire. Plus qu’un livre, il est l’un des piliers de la transmission juive : la mémoire vivante de l’interprétation de la Torah et la base incontournable de la Halakha. Cette histoire raconte comment, malgré les censures, les destructions et les tentatives d’effacement, la chaîne de l’étude n’a jamais été rompue.

La fabuleuse histoire du talmud
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L'histoire du Talmud commence par une apparente incohérence. Il y eut un moment où les Sages durent prendre une décision presque impensable : mettre par écrit ce qui avait précisément été transmis de maître à élève par la parole.

La Michna ouvre le traité Avot par cette phrase fondatrice :

« מֹשֶׁה קִבֵּל תּוֹרָה מִסִּינַי, וּמְסָרָהּ לִיהוֹשֻׁעַ »
« Moïse reçut la Torah au Sinaï et la transmit à Josué. » (Avot 1, 1)

Tout est déjà contenu dans ce verbe : transmettre.

Car la Torah écrite ne se suffit pas à elle-même pour déterminer toute la pratique. Que signifie exactement « attacher » les paroles de la Torah sur le bras ? Comment définit-on un « travail » interdit le Chabbat ? Comment applique-t-on concrètement les lois du divorce, du dommage, du mariage ou de la cacherout ?

Le texte écrit donne les mots. La Torah orale en transmet l’interprétation, les règles d'application et les méthodes d'exégèse.

Pendant des siècles, cet enseignement passe de maître à élève. Puis surviennent les guerres, la destruction du Second Temple, les persécutions et la dispersion. Un danger apparaît : si la chaîne se rompt, ce n'est pas seulement une bibliothèque qui disparaît, mais la clef permettant de comprendre et de vivre la Torah.

Quand il fallut sauver la Torah orale

Vers l’an 200, Rabbi Yehouda HaNassi entreprend une œuvre décisive. Prince d’Israël, maître et autorité majeure de son époque, il rassemble et organise les enseignements des Tannaïm.

Ainsi se fixe la Michna, divisée en six grands ordres.

Le Rambam expliquera des siècles plus tard que Rabbi Yehouda HaNassi agit parce que les élèves se dispersaient, les persécutions s’intensifiaient et qu’il fallait empêcher que la Torah orale ne soit oubliée.

« וְכָתְבוּהוּ כֻּלָּם... כְּדֵי שֶׁלֹּא תִשְׁתַּכַּח תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה מִיִּשְׂרָאֵל »
« Ils l’écrivirent… afin que la Torah orale ne soit pas oubliée d’Israël. » (Introduction au Michné Torah)

Le Talmud lui-même évoque le paradoxe de cette mise par écrit :

« עֵת לַעֲשׂוֹת לַה׳ הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ »
« Il est temps d’agir pour l’Éternel ; ils ont enfreint Ta Torah. » (Guitine 60a)

Autrement dit : lorsque la transmission est menacée, il faut parfois modifier sa forme afin d’en sauver le contenu.

Ce n’était pas la fin de la Torah orale. C’était son sauvetage.

Cette chaîne de transmission est développée sur Univers Torah dans le dossier Tora et Transmission.

La Michna est écrite. Mais l’histoire ne fait que commencer

La Michna est d’une concision extrême. Quelques mots peuvent contenir un principe juridique entier. Une formulation apparemment simple peut supposer des distinctions qui avaient été expliquées oralement dans les maisons d’étude.

Autour de la Michna subsistent également d’autres enseignements des Tannaïm qui n’y ont pas été intégrés : les Baraïtot (littéralement des enseignements « extérieurs », c’est-à-dire extérieurs à la Michna) ainsi que la Tossefta (ce qui est rajouté).

Dès lors, les générations suivantes interrogent chaque phrase. Pourquoi cette formulation ? Dans quel cas s’applique-t-elle ? Une Baraïta semble-t-elle la contredire ? Quel verset fonde la règle ? Comment concilier deux enseignements ?

C’est ainsi que naît la Guémara.

Le lecteur du Talmud n’assiste donc pas simplement à l’énoncé d’une loi. Il pénètre dans l’atelier où cette loi est examinée, contestée, délimitée et comprise. Une objection surgit. Une réponse est proposée. Une nouvelle difficulté renverse la démonstration. Une distinction rétablit l’équilibre. Parfois, aucune réponse définitive n’est donnée.

C’est cette extraordinaire conversation à travers les générations qui formera le Talmud.

Yérouchalmi et Bavli : deux foyers d’une même transmission

Le Talmud Yérouchalmi et le Talmud Babli

Deux grands centres d’étude développent cette œuvre.

Le Talmud Yérouchalmi, malgré son nom, n’est pas principalement rédigé à Jérusalem. Il se forme dans les académies d’Erets Israël, notamment en Galilée. Rabbi Yo’hanan, l’une des figures majeures de Tibériade au IIIe siècle, marque profondément cette tradition.

Plus à l’est, en Babylonie, les académies développent une œuvre plus vaste encore : le Talmud Bavli.

Abayé et Rava deviennent les grandes figures de sa dialectique. Rav Achi et Ravina symbolisent la fin de l’époque amoraïque, même si la mise en forme du Bavli s’étend encore sur plusieurs générations.

Le Talmud formule lui-même cette charnière :

« רַבִּי וְרַבִּי נָתָן — סוֹף מִשְׁנָה. רַב אָשִׁי וְרָבִינָא — סוֹף הוֹרָאָה »
« Rabbi et Rabbi Nathan marquent la fin de la Michna ; Rav Achi et Ravina, la fin de l’enseignement amoraïque. » (Baba Métsia 86a)

Puis viennent les Savoraïm et les Guéonim.Le Talmud est désormais devenu bien davantage qu’un livre. Il est le grand carrefour de la transmission.

Pourquoi fallait-il brûler le Talmud ?

C’est ici que son histoire prend un tour dramatique. Au Moyen Âge chrétien, les attaques contre le Talmud ne portent pas seulement sur certains passages jugés offensants. Elles touchent progressivement au rôle même de la tradition rabbinique. Car il existe une réalité difficile à contourner : sans la Torah orale, la Torah écrite ne peut plus être pratiquée selon l'interprétation transmise par les Sages d'Israël. Supprimer le Talmud, c’est donc frapper l’une des principales mémoires de cette interprétation.

Paris, 1240 : Le Talmud est soumis à une disputation publique à la suite des accusations de Nicolas Donin, un Juif converti au christianisme. Des manuscrits sont saisis. Dans les années suivantes, un immense autodafé de manuscrits talmudiques a lieu à Paris, traditionnellement daté de 1242.

Rabbi Méïr de Rothenburg en conserve la douleur dans sa célèbre kina :

« שַׁאֲלִי שְׂרוּפָה בְאֵשׁ לִשְׁלוֹם אֲבֵלַיִךְ »
« Toi qui as été brûlée par le feu, demande des nouvelles de ceux qui te pleurent. »

Mais le Talmud survit.

L’imprimerie le multiplie, la censure tente de l’effacer

Autodafé des livres du Talmud par les nazisAutodafé des livres du Talmud par les nazis

Trois siècles passent. À Venise, entre 1520 et 1523, l’imprimeur chrétien Daniel Bomberg publie la première édition complète du Talmud Bavli. La disposition de la page — texte de la Guémara au centre, commentaires de Rachi et des Tossafot autour — va devenir une référence pour les générations futures.

L’imprimerie accomplit ce qu’aucun copiste n’aurait pu faire : elle multiplie les exemplaires et le Talmud devient plus difficile à faire disparaître.

Mais en 1553, Rome ordonne de nouveau la destruction de livres talmudiques. Des exemplaires sont brûlés publiquement et la répression s’étend à d’autres villes italiennes.

Le combat ne porte donc pas seulement sur du papier. Derrière ces volumes se trouve une certaine lecture de la Torah : celle qui passe par les Sages, leurs discussions, leurs règles d'interprétation et leur jurisprudence. Atteindre le Talmud, c’est atteindre la chaîne qui relie le texte biblique à la vie juive.

La Bibliothèque nationale d’Israël retrace notamment l’extraordinaire aventure de l’édition Bomberg du Talmud.

Au XXe siècle, on ne brûle plus seulement les livres

Avec le nazisme, l’histoire atteint un degré d’horreur sans précédent. Les autodafés de 1933 brûlent des milliers d’ouvrages condamnés comme « non allemands ». Puis viennent les pillages de bibliothèques juives, les profanations et les destructions. Mais cette fois, il ne s’agit plus seulement de faire disparaître un enseignement. Il s’agit de faire disparaître le peuple qui le porte.

À Vilna, l’une des capitales intellectuelles du judaïsme européen, la célèbre bibliothèque Strashun est pillée. Des milliers d’ouvrages sont saisis. Une partie est envoyée en Allemagne pour alimenter les collections nazies destinées à étudier un judaïsme que les nazis prétendent anéantir. Des Juifs contraints de trier ces trésors parviennent pourtant à en cacher certains au péril de leur vie.

L’histoire prend alors une dimension presque vertigineuse : des hommes condamnés à mort sauvent les livres d’un peuple que leurs bourreaux veulent faire disparaître.

Détruire le Talmud, c’était frapper la mémoire vivante du peuple juif

Il serait historiquement abusif d’attribuer exactement la même intention à tous les adversaires du Talmud au cours des siècles. Mais l’effet recherché ou produit se rejoint sur un point essentiel : affaiblir, contrôler ou supprimer la tradition rabbinique, c’est attaquer le mécanisme même de la transmission juive.

La Torah contient des commandements dont la mise en pratique suppose une tradition explicative. Cette tradition traverse la Michna, la Guémara, les Richonim et les décisionnaires.

Dans ce sens, le Talmud peut être comparé à l’un des éléments de l’ADN spirituel et intellectuel du peuple juif : non parce qu’il constituerait à lui seul tout le judaïsme, mais parce qu’il conserve les mécanismes selon lesquels la Torah est comprise, discutée et appliquée.

Détruire le Talmud aurait donc signifié bien davantage que supprimer un livre. Cela aurait signifié rompre une chaîne.

Le Talmud, passage incontournable vers la Halakha

Un Beit Hamidrash et les étudiants qui approfondissent le Talmud
Le Rambam écrit :

« אֲבָל כָּל הַדְּבָרִים שֶׁבְּגְמָרָא הַבַּבְלִי — חַיָּבִין כָּל יִשְׂרָאֵל לָלֶכֶת בָּהֶם »
« Tout ce qui se trouve dans la Guémara de Babylone oblige l’ensemble d’Israël à s’y conformer. » (Introduction au Michné Torah)

Cela ne signifie pas qu’une décision halakhique se tire directement d’une phrase isolée du Talmud. 

Après lui viennent les Guéonime, puis les Richonim (littéralement les premiers décisionnaires) comme le Rif, le Rambam, le Roch, le Tour, le Choul’hane ‘Aroukh qui codifie leurs décisions.

Mais tous doivent entrer dans la discussion talmudique. Le Talmud est le passage obligé entre la Torah écrite et une grande partie de l’édifice de la Halakha.

On pourra approfondir ce sujet dans la rubrique Halakha d’Univers Torah ainsi que dans Sciences et Talmud : première partie.

La page que l’histoire n’a pas réussi à faire taire

Aujourd’hui, une page du Talmud s’ouvre en quelques secondes sur un téléphone. Ce geste aurait été inconcevable pour celui qui copiait autrefois patiemment un manuscrit à la main. Si les supports ont changé, les questions, elles, demeurent. Une Michna est citée. Une Baraïta la contredit. La Guémara demande : comment les concilier ? Quinze siècles plus tard, un élève se penche encore sur les mêmes mots.

On a confisqué le Talmud, on l’a censuré, on l’a livré aux flammes, on a persécuté et assassiné ceux qui l’étudiaient, mais la chaîne n’a pas été rompue.

Quelque part, chaque jour, un élève ouvre encore une Guémara et demande :« Pourquoi ? ». Et tant que cette question est posée, la transmission continue.

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