Un père se lève dans un avion menacé, tandis que sa femme reste auprès de leurs deux filles. Ce geste engage davantage que leur survie familiale : lorsqu’un homme tente de précipiter un appareil vers la mort, le courage de quelques passagers devient la protection de tous. Le témoignage d’Assaf Rejwan, repris le 11 octobre par JFeed, oblige cependant à regarder aussi ce qui suit l’héroïsme : comment demeurer vigilant sans laisser la peur décider seule de la vérité ?
Ce qu’Assaf Rejwan rapporte, ce que l’enquête établit
Dans son entretien à N12, Rejwan raconte être intervenu contre l’agresseur du vol Flydubai FZ1073. Il décrit ensuite une scène troublante : après la neutralisation du copilote, un membre de cabine aurait commencé à desserrer ses liens. Il évoque sa peur de voir surgir une arme. Ces observations doivent être examinées sérieusement. Elles ne démontrent pas une complicité. Rejwan le dit lui-même : il ne possède aucune preuve et ne prétend pas mener l’enquête.
Le parquet émirati a annoncé, le 9 octobre, que le copilote omanais préparait un attentat visant le terminal de Ben Gourion. Selon ses conclusions annoncées, il a attaqué le commandant avec une hache de secours pendant le vol Dubaï–Tel-Aviv du 30 septembre. Le parquet décrit également l’intervention d’un pilote, d’un membre de cabine et de passagers, puis l’atterrissage à Tabuk. Le suspect affirme avoir agi seul ; les enquêteurs vérifient encore l’existence éventuelle de complices.

Assaf Redjwan, héros du vol miraculeux Flydubai, enlaçant un proche à son retour à Ben Gourion – 30 septembre 2026.
Flydubai remercie les passagers et ses équipes. La justice devra établir les responsabilités individuelles. Affirmer aujourd’hui que des membres d’équipage étaient complices ? Je ne peux pas le confirmer. Le courage d’un témoin donne du poids à sa parole ; il ne dispense personne de vérifier ses conclusions.
La faille décisive : confondre compétence et fiabilité
Un autre élément de l’annonce émiratie mérite davantage d’attention. Le copilote avait satisfait aux exigences professionnelles et aux contrôles de recrutement ; ceux-ci n’avaient pas révélé ses intentions extrémistes. Selon le parquet, deux vols précédents vers Tel-Aviv lui avaient servi à préparer son projet. La compétence qui devait rendre le voyage possible aurait ainsi fourni les moyens de l’attaque.
C’est une difficulté redoutable pour toute institution : vérifier une qualification ne suffit pas à garantir l’usage qui en sera fait. Une procédure peut être respectée tout en laissant passer un danger. La réponse sérieuse consiste à examiner les contrôles, les signaux disponibles et les possibilités d’intervention. Imputer une menace à une nationalité entière produirait des injustices et détournerait l’attention des comportements réellement dangereux.
Pour les Israéliens, la vigilance reste une nécessité. Mais elle perd sa précision lorsqu’elle devient soupçon indifférencié. Dans cet avion, reconnaître les secours venus d’autres hommes était aussi indispensable que reconnaître l’agresseur. Une défense efficace exige de savoir sur qui compter. La peur peut alerter ; elle ne peut, à elle seule, attribuer les responsabilités.
En protégeant leurs familles, ils ont protégé des inconnus
Nous avions déjà relaté le sauvetage du vol Flydubai. Le récit nouveau invite à déplacer notre attention vers sa portée humaine. L’intervention des passagers israéliens a contribué à préserver un espace où la survie de chacun dépendait de celle des autres. Empêcher la chute de l’appareil protégeait indistinctement les familles, les voyageurs et les membres d’équipage.
Cette réalité éclaire la relation entre sécurité juive et sécurité commune. Dans un avion, chacun comprend immédiatement qu’abandonner certains passagers à l’agresseur met tous les autres en péril. Hors de cette cabine, cette solidarité du danger devient parfois moins visible. Pourtant, tolérer une violence visant des Juifs affaiblit les protections dont chaque citoyen devrait bénéficier : identifier les menaces, poursuivre leurs auteurs, refuser l’intimidation.

Scène générée par intelligence artificielle illustrant un passager face à l’équipage à bord du vol Flydubai qui voulait libérer le pilote terroriste ligoté au sol.
La défense des Juifs concerne donc aussi ceux qui ne partagent ni leur histoire ni leur foi. Elle rappelle qu’une société doit soutenir les victimes lorsqu’elles résistent à une entreprise meurtrière. Si l’on demande aux menacés de rester passifs pour préserver une apparence de tranquillité, on offre à l’agresseur l’espace nécessaire pour étendre sa violence. Ce principe décisif vaut bien au-delà de cette cabine.
Le geste de ces hommes possède une force que les campagnes de communication peinent à atteindre. Il rend concrète une responsabilité envers des inconnus. Son impact politique mondial ne peut être déduit d’une scène héroïque. Sa portée morale, en revanche, est intelligible pour chacun : des hommes ont risqué leur vie dans un sauvetage dont tous bénéficiaient.
Reconnaître cette portée oblige aussi à conserver la mémoire du commandant attaqué et des pilotes intervenus. Un récit qui effacerait leur action pour célébrer uniquement les Israéliens diminuerait ce qu’il prétend honorer. La solidarité devient crédible lorsque chacun reçoit la reconnaissance due à ses actes.
Dvar Torah : affronter la menace sans perdre son jugement
La paracha Vayichla’h décrit Yaakov devant l’approche d’Essav : il éprouve une grande peur et une profonde détresse, Bérechit (32, 8). Rachi distingue les deux mouvements : Yaakov craint d’être tué et souffre à l’idée de devoir tuer d’autres hommes. La Torah donne ainsi une place à l’exigence morale au cœur même de la préparation au danger. Yaakov organise sa défense tout en mesurant ce qu’une confrontation pourrait coûter.

Yaacov, calme et déterminé, se tient face à Essav le chasseur agressif dans un paysage biblique dramatique au crépuscule. Image générée par IA.
Le Rambam précise cette exigence dans les lois du meurtrier et de la protection de la vie, Hilkhot Rotséa’h Ouchmirat Néfech (1, 6-7). Il faut sauver la victime du Rodéf, l’agresseur qui poursuit quelqu’un pour le tuer, quitte à employer une force mortelle si elle est indispensable. Lorsqu’un moyen moins destructeur suffit effectivement à sauver la victime, il doit être choisi. L’urgence commande d’arrêter la menace ; la force demeure ordonnée au sauvetage.
Le même Rambam prescrit de soutenir les pauvres non juifs et de visiter leurs malades, au titre du darké chalom, les voies de paix, Hilkhot Mélakhim (10, 12). Il rattache ces devoirs à la bonté divine envers toutes Ses créatures. La responsabilité particulière du Juif envers les siens nourrit donc aussi des obligations envers les autres.
À bord du vol Flydubai, cette exigence a pris une forme concrète : des passagers israéliens ont affronté l’agresseur et contribué, avec les pilotes et les autres intervenants, à sauver tous ceux qui partageaient leur danger. En défendant leurs familles, ils ont aussi protégé des inconnus. La Torah éclaire la portée de leur geste : agir avec détermination pour arrêter une menace meurtrière, reconnaître les secours apportés par autrui et conserver, après l’épreuve, la rigueur nécessaire pour distinguer les soupçons des faits. Le courage juif prend ici une dimension universelle : sa force protège des vies au-delà des siens, tandis que sa conscience lui commande de demeurer juste.
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