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Colombie : sous les décombres, Israël rappelle ce que signifie aider

Après le séisme meurtrier du 10 août, une équipe israélienne travaille à Cali avec les secours colombiens. L’événement révèle davantage qu’une capacité technique : il met à l’épreuve notre conception de l’universalisme. Peut-on encore reconnaître un geste qui sauve lorsqu’il vient d’un pays que l’on a décidé de juger en bloc ? La tradition juive répond par un devoir : secourir l’être humain avant de lui demander son identité.

Colombie : sous les décombres, Israël rappelle ce que signifie aider
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À Cali, l’urgence ne connaît pas les slogans

Le 10 août 2026 à 7 h 34, un séisme de magnitude 7,4 , près de San José del Palmar. Au 16 août, le bilan atteignait environ 290 morts, plus de 140 disparus et 4 200 blessés. Les répliques menaçaient encore les sauveteurs, tandis que les recherches cédaient progressivement la place à la récupération des corps. Le bilan reste provisoire.

Une délégation israélienne est arrivée à Cali le 14 août. Sauveteurs, ingénieurs et experts du Commandement du front intérieur travaillent avec les autorités colombiennes sur plusieurs sites critiques, dont l’Hôpital universitaire du Valle. Ils cartographient les destructions, évaluent les bâtiments et recherchent d’éventuels survivants sans provoquer de nouveaux effondrements.

IsraAID, présente en Colombie depuis 2019, avait déjà mobilisé ses équipes locales autour de l’eau, de l’assainissement et du soutien psychologique. L’ONG affirme avoir répondu depuis 2001 à plus de 110 urgences dans 65 pays. L’aide se mesure aussi dans la durée du traumatisme et de la reconstruction.

Cette continuité s’inscrit dans une histoire plus large des missions humanitaires israéliennes, qu’UniversTorah avait déjà illustrée après le séisme de Lorca, en Espagne.

Quand l’origine du secours devient un motif de soupçon

L’arrivée des Israéliens a été absorbée par le conflit politique colombien. Bogotá avait d’abord retardé plusieurs offres étrangères avant d’autoriser certaines équipes. Le Mexique, le Brésil, le Chili et l’Espagne figuraient parmi les États non retenus au premier stade. Interroger les critères de sélection et la proximité du nouveau gouvernement avec Washington et Jérusalem est légitime lorsque chaque heure peut décider d’une vie.

Un spécialiste israélien et un pompier colombien utilisent ensemble un appareil d’écoute pour rechercher d’éventuels survivants.

La critique change pourtant de nature lorsqu’elle transforme les secouristes en coupables collectifs. L’ancien président Gustavo Petro a écrit sur X : N’attendez pas grand-chose d’une aide si elle vient de génocidaires. On peut contester la politique d’un gouvernement et examiner les intérêts diplomatiques d’une mission. Effacer les personnes sous les casques pour leur assigner une culpabilité unique relève d’un autre procédé.

Le préjugé peut commencer par un double standard médiatique envers Israël : l’aide des autres États reste une aide, tandis que l’aide israélienne devient spontanément propagande ou manipulation. Lorsque cette suspicion déborde du gouvernement vers tout Israélien puis atteint les communautés juives, la critique politique nourrit un mécanisme classique d’essentialisation.

L’Espagne : une confrontation politique et un signal antisémite mesuré

Le cas espagnol doit être regardé sans détour. Le gouvernement de Pedro Sánchez a adopté l’une des confrontations les plus dures d’Europe envers Israël : embargo sur les armes, restrictions portuaires et aériennes, interdiction d’importer des produits provenant des implantations israéliennes en Judée-Samarie. Madrid présente ces mesures comme une réponse à la guerre de Gaza, non comme une hostilité envers les Juifs. Cette distinction doit être rapportée.

Elle n’épuise pas le problème. Le ministère espagnol de l’Intérieur a enregistré 69 faits antisémites en 2025, contre 37 en 2024. Le calcul est vérifiable : 32 faits supplémentaires divisés par 37 donnent une hausse de 86,5 %. Le nombre absolu demeure limité et les plaintes ne saisissent pas toute la réalité. Mais cette progression officielle ne peut être écartée comme une invention partisane. Cette progression rejoint un autre signal récent de l’antisémitisme en Espagne : le vandalisme de la statue du Rambam à Cordoue.

L’Espagne n’a pas officiellement condamné la mission israélienne en Colombie. Madrid a proposé sa propre assistance, puis engagé un million d’euros d’aide. Son exemple établit autre chose : une politique peut revendiquer une critique ciblée d’Israël tandis que les actes visant les Juifs augmentent. Tout désaccord n’est pas antisémite. Mais l’hostilité devient préoccupante lorsque seul Israël paraît moralement inapte à secourir, lorsque chaque geste est présumé frauduleux et lorsque les citoyens israéliens deviennent comptables de toutes les décisions de leur gouvernement. Les responsables doivent surveiller ces doubles standards et le passage de l’accusation contre un gouvernement à la mise en cause d’Israël, des Israéliens ou des Juifs.

Le ‘Hessed ne s’arrête pas aux frontières du peuple juif

La tradition juive ne demande pas de choisir entre la solidarité envers son peuple et la responsabilité envers l’humanité. Dans Guitin (61a), les Sages prescrivent de soutenir les pauvres non juifs avec les pauvres juifs, de visiter leurs malades et d’enterrer leurs morts, en raison des voies de paix.

Le Rambam reprend cette règle dans ses Hilkhote Mélakhim (10,12) et l’ancre dans deux versets :

« D-ieu est bon envers tous, et Sa compassion s’étend à toutes Ses œuvres » (Psaumes 145,9), et « tous ses sentiers sont paix » (Proverbes 3,17).

Les « voies de paix » ne sont pas une stratégie de communication. Le Rambam relie la conduite humaine à la compassion divine et à la nature de la Torah. Il ne demande pas seulement d’éviter le conflit : il impose d’agir selon une bonté qui embrasse toutes les créatures de D-ieu. Le ‘Hessed dans la tradition juive, c’est-à-dire la bienfaisance active, devient pleinement moral lorsqu’il atteint celui qui ne partage ni notre histoire, ni notre foi, ni parfois notre affection.

La paracha Vayéra en donne la scène fondatrice. Avraham aperçoit trois voyageurs inconnus et court à leur rencontre. Il n’enquête pas sur leurs convictions et ne calcule pas leur reconnaissance. Il voit un besoin et y répond. Le Traité Yevamot (79a) décrit Israël par la compassion, la retenue morale et le ‘Hessed. Ce n’est ni une supériorité biologique ni un certificat accordé à chacun. C’est une exigence : l’identité juive se vérifie dans la réponse à la vulnérabilité d’autrui.

Une aide peut servir la diplomatie sans cesser de sauver

L’objection doit être entendue : une mission humanitaire peut améliorer une image, ouvrir un canal diplomatique ou valoriser une expertise. Israël n’échappe pas à cette réalité. Mais un bénéfice diplomatique n’annule pas la valeur du secours. Sinon, presque toute aide publique internationale devrait être disqualifiée.

Le critère est concret : les équipes répondent-elles à une demande, travaillent-elles sous coordination locale et apportent-elles une compétence utile ? En Colombie, les éléments disponibles répondent positivement. La critique reste permise sur le retard initial ou la sélection des délégations. Elle devient injuste lorsqu’elle souhaite l’échec du secours pour préserver un adversaire simple à haïr.

Un humanitaire israélien remet de l’eau et du matériel médical à une mère colombienne accompagnée de son enfant.

Israël n’a pas à transformer chaque sauveteur en ambassadeur. Le ‘Hessed est un devoir parce qu’une personne respire peut-être sous une dalle, qu’une famille attend un corps ou qu’une ville manque d’eau. Donner aux siens relève de la solidarité. Donner aussi à l’autre, même lorsqu’il ne nous aime pas, relève d’une responsabilité plus haute.

À Cali, la question adressée aux médias est simple : sauront-ils juger Israël avec rigueur sans lui retirer la possibilité d’accomplir le bien ? Refuser un secours parce que l’on déteste celui qui le porte sacrifie l’être humain au récit politique. Devant une vie menacée, la première fidélité va à la vie.

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