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Les pressions sur Israël : qui assumera le risque ?

Paris, Londres et Ottawa promettent de soutenir la sécurité d’Israël tout en annonçant des mesures contre les implantations. Si leur projet de paix échoue, qui portera le risque ?

Les pressions sur Israël : qui assumera le risque ?

Paris, Londres et Ottawa annoncent des restrictions contre les produits des implantations israéliennes, tout en assurant l’État juif de leur soutien indéfectible. Leur projet de solution à deux États soulève pourtant une question qu’aucun communiqué ne résout : qui empêchera une nouvelle attaque, et qui en portera le coût si les garanties échouent ? L’histoire de ces trois pays donne à cette interrogation un poids que leur diplomatie devrait prendre au sérieux.

Caroline Glick : la sécurité d'Israël au cœur du débat

Caroline Glick est une journaliste et analyste israélo-américaine dont les écrits portent depuis plusieurs décennies sur la politique et la sécurité d’Israël. Son parcours au Jerusalem Post et sa nomination en 2025 auprès de Benjamin Netanyahou situent sa parole au croisement du journalisme, de la politique et de la stratégie israélienne. Lors d’un discours public prononcé à Jérusalem en avril 2025, elle rappelait le temps où les Juifs ne pouvaient pas assurer eux-mêmes leur défense. Le sionisme, dans son raisonnement, a donné au peuple juif les moyens politiques d’empêcher que ses ennemis disposent seuls de son destin.

Caroline Glick, s'exprime à la tribune lors du Sommet international de politique de JNS à Jérusalem.
Caroline Glick, conseillère du Premier ministre israélien, prend la parole lors du premier Sommet international de politique de JNS à Jérusalem.

C’est là que sa charge prend sa puissance. Les chancelleries parlent de paix, de frontières et de principes juridiques. Glick demande ce que ces mots vaudront au lendemain d’une attaque. Cette question procède du 7 octobre 2023 et d’une expérience plus ancienne : les assurances reçues par les Juifs n’ont pas toujours résisté aux crises dans lesquelles ils avaient le plus besoin d’un refuge.

Paris, Londres et Ottawa : ce que prévoit leur déclaration

Le communiqué du 8 septembre 2026 donne à cette interrogation une portée nouvelle. La France, le Royaume-Uni et le Canada y annoncent des mesures visant l’importation des produits des implantations israéliennes en Cisjordanie et des sanctions ciblées contre ceux qui les facilitent ou en profitent. Ils réaffirment leur soutien à la sécurité d’Israël. Les mesures annoncées visent précisément les implantations. Les trois gouvernements demandent désormais à être jugés sur davantage que leurs intentions : ils ont choisi d’exercer une pression coordonnée pour faire avancer leur conception d’un règlement territorial.

1939, 1942 et le Saint Louis : l'histoire des garanties refusées

La Grande-Bretagne sait ce que signifie décider de l’entrée des Juifs sur une terre où ils espéraient trouver refuge. Le Livre blanc de 1939 limita à 75 000 sur cinq ans l’immigration juive en Palestine mandataire, alors que les persécutions nazies poussaient les Juifs d’Europe à fuir. Après la guerre, les autorités britanniques internèrent à Chypre plus de 50 000 survivants qui tentaient de rejoindre cette terre. Le Musée mémorial de l’Holocauste des États-Unis documente cette politique. Cette expérience historique explique pourquoi Israël exige davantage qu’une assurance donnée par un autre gouvernement lorsqu’il s’agit de son avenir.

La France porte une responsabilité différente, reconnue par son propre État. Les 16 et 17 juillet 1942, la police française arrêta 13 152 Juifs lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver, dont 4 115 enfants. Dans son discours de commémoration de 2017, Emmanuel Macron a rappelé sans détour la responsabilité du gouvernement et de l’administration français. Cette reconnaissance lui donne aussi une obligation présente : comprendre pourquoi les Juifs demandent des protections effectives lorsque l’on prétend parler de leur sécurité.

Hommes, femmes et enfants rassemblés de force au Vélodrome d'Hiver lors de la rafle du Vel d'Hiv à Paris en juillet 1942
Vue d'ensemble des familles parquées au Vélodrome d'Hiver à Paris pendant la tragique rafle du Vel d'Hiv en juillet 1942

Au Canada, le refus d’accueillir les réfugiés du Saint Louis en 1939 reste une faute que le gouvernement a lui-même nommée. Le navire retourna en Europe, où plusieurs pays reçurent ses passagers ; selon l’enquête du musée américain, 254 d’entre eux périrent ensuite pendant la Shoah. Dans les excuses officielles de 2018, Justin Trudeau a décrit une politique d’immigration qui avait fermé la porte à des Juifs menacés. Reconnaître cette histoire exige aujourd’hui d’écouter ce qu’un peuple souverain dit du risque qu’on lui demande de prendre.

Garanties de sécurité : ce que les annonces ne précisent pas

La position des trois capitales sur les implantations s’appuie sur un avis juridique précis. La Cour internationale de Justice a réaffirmé dans son avis consultatif de juillet 2024 que les implantations en Cisjordanie et à Jérusalem-Est contreviennent au droit international. Les gouvernements peuvent soutenir une politique fondée sur cet avis. Il leur appartient alors d’expliquer avec la même précision ce qu’ils proposent pour la sécurité des Israéliens.

Leur déclaration de septembre affirme vouloir deux États vivant en paix. Elle ne dit pas quelle autorité empêcherait des organisations armées de frapper Israël depuis le territoire d’un futur État palestinien, quels moyens permettraient de faire respecter cet engagement, ni ce qui se passerait si ces garanties cédaient. Le texte publié le même jour par les ministres des Affaires étrangères condamne le massacre commis par le Hamas le 7 octobre et reconnaît les intérêts légitimes d’Israël en matière de sécurité. Cette condamnation compte. Elle ne fournit pas, à elle seule, le dispositif qui empêcherait une prochaine attaque.

On comprend ici la force politique de l’argument de Glick. Les restrictions commerciales sont assez définies pour être annoncées ensemble ; la sécurité qui doit rendre le projet viable demeure une promesse générale dans le communiqué des dirigeants. Les diplomates pourront rentrer chez eux après l’avoir signée. Les habitants d’Israël devront vivre avec ses résultats. La question porte sur la répartition réelle du risque, celle qu’aucune formule solennelle ne peut effacer.

La souveraineté juive oblige Israël à décider pour lui-même

En France, 1 320 actes antisémites ont été recensés en 2025. Leur nombre a baissé de 16 % par rapport à 2024, tout en demeurant à un niveau historiquement élevé selon le ministère de l’Intérieur. Les autorités protègent les lieux de culte, notamment pendant les fêtes. Pour les communautés concernées, la valeur d’une promesse se mesure à cette protection concrète. Pour Israël aussi, elle se mesure à des capacités, des engagements vérifiables et des décisions applicables lorsque la situation se dégrade.

Rapport du SPCJ et du Crif sur les chiffres de l'antisemitisme en France en 2025
Publication des statistiques et du rapport annuel du SPCJ et du Crif concernant l'antisemitisme en France

Hillel dit dans les Maximes des Pères (1, 14) :

אם אין אני לי, מי לי; וכשאני לעצמי, מה אני,
Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? Mais si je ne suis que pour moi, que suis-je ?

Cette parole concerne d’abord la responsabilité personnelle. Elle éclaire néanmoins deux exigences qu’Israël doit tenir ensemble : assurer lui-même sa sécurité et répondre de l’usage qu’il fait de sa puissance.

Caroline Glick rappelle aux trois capitales que la souveraineté juive est née de la nécessité de ne plus remettre cette première responsabilité entre d’autres mains. Londres, Paris et Ottawa ont le droit de défendre leur politique et l’obligation de dire comment elle fonctionnerait. Tant qu’ils détailleront davantage les mesures prises contre les implantations que les garanties promises aux Israéliens, leur discours sur la sécurité laissera entière la question décisive : qui sera là, et avec quels moyens, si la paix annoncée ne tient pas ?

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État d'Israël Antisémitisme Diplomatie Sionisme

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