Aller au contenu

Choisir une ville

Pensée juive Torah & Sciences

Torah et sciences : analyses sur la Création, la nature, la médecine, la cosmologie et le dialogue entre sources juives et découvertes scientifiques.

Lien copié

James Webb, Big Bang et Torah : l’Univers peut-il expliquer sa propre origine ?

James Webb observe des galaxies apparues très tôt dans l’histoire cosmique. Ces découvertes affinent notre compréhension du Big Bang sans répondre à une question plus radicale : pourquoi existe-t-il un Univers doté de lois, d’une histoire et d’une intelligibilité ? Nos sages permettent de distinguer origine physique, dépendance ontologique et finalité.

James Webb, Big Bang et Torah : l’Univers peut-il expliquer sa propre origine ?

James Webb, le plus puissant télescope spatial actuellement consacré à l’observation de l’Univers lointain, observe une galaxie telle qu’elle existait seulement 280 millions d’années après le Big Bang, tandis que la cosmologie estime l’âge de l’Univers à environ 13,8 milliards d’années. Mais reconstruire l’histoire physique du cosmos signifie-t-il expliquer son origine ? Nos sages posent une question plus profonde : un Univers dont nous expliquons le fonctionnement devient-il pour autant sa propre explication ?

Que voit réellement James Webb dans l’Univers primordial ?

MoM-z14 est une galaxie lointaine observée grâce à James Webb. Sa distance a été confirmée le 28 janvier 2026 : nous la voyons telle qu’elle existait environ 280 millions d’années après le Big Bang.

Son décalage vers le rouge atteint z = 14,44. Cette découverte montre que des galaxies existaient très tôt. Elle ne réfute pas le Big Bang, mais oblige à revoir la rapidité de formation des premières galaxies.

L’âge cosmologique d’environ 13,8 milliards d’années repose sur l’expansion de l’Univers et le rayonnement cosmologique de fond. Une pensée de Torah sérieuse doit respecter ces données. Mais une donnée scientifique possède d’abord une autorité dans son domaine : elle ne détermine pas, par elle-même, ce que la Torah entend par Création.

Même si l’on accepte les 13,8 milliards d’années, la cosmologie répond à une question : depuis combien de temps cette histoire se déroule-t-elle ? Elle ne répond pas encore à celle-ci : pourquoi existe-t-il quelque chose capable d’avoir une histoire ?

Big Bang et Création : que dit le premier verset de la Torah ?

La paracha Beréchit s’ouvre par :

« בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱלֹהִים »,
« Au commencement, D-ieu créa » (Beréchit 1, 1).

Le verset ne décrit pas le fonctionnement de l’Univers. Il en définit le statut : le monde n’est pas la cause de sa propre existence. Même si la science décrivait parfaitement l’histoire cosmique, il resterait à expliquer pourquoi existe un Univers capable de la traverser.

Le Ramban distingue la création première des transformations qui suivent. Il explique que bara désigne l’apparition depuis le néant, puis évoque le Hayouli, matière primordiale dépourvue de forme déterminée mais susceptible de recevoir les différentes formes de la matière (Ramban sur Beréchit 1, 1).

L’apport du Ramban ne consiste pas à anticiper la cosmologie moderne, mais à distinguer la création de la transformation. La science explique comment les étoiles et les galaxies se forment ; le Ramban demande pourquoi il existe une matière et des lois capables d’entrer dans cette histoire. Le Big Bang décrit une histoire cosmique. Le Ramban interroge le fait même que cette histoire puisse exister.

Un Univers ancien peut-il être sa propre cause ?

Le Rambam affirme : Le fondement des fondements et le pilier des sagesses est de savoir qu’il existe un Être premier (Hilkhot Yessodei HaTorah 1, 1).

Il précise que tout ce qui existe ne peut exister que parce que D-ieu existe. D-ieu n’est donc pas seulement Celui qui a créé l’Univers à son commencement. À chaque instant, l’existence même du monde dépend de Lui. C’est le sens profond de la formule que nous récitons chaque matin dans la bénédiction de Yotser Or :

« הַמְחַדֵּשׁ בְּטוּבוֹ בְּכָל יוֹם תָּמִיד מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית »
« Celui qui, dans Sa bonté, renouvelle chaque jour, constamment, l’œuvre de la Création. »

Cette formule ne décrit donc pas seulement un monde créé autrefois, mais une création dont l’existence demeure constamment dépendante de D-ieu. Même si un modèle futur abandonnait l’idée d’un commencement temporel classique, la question du Rambam resterait entière : cet Univers possède-t-il en lui-même la raison de son existence ?

Lorsque le scientisme transforme une méthode en philosophie

La science recherche des causes physiques pour expliquer les phénomènes physiques. La science cherche les causes physiques des phénomènes qu’elle observe. Mais passer de cette méthode à l’affirmation selon laquelle D-ieu serait devenu inutile parce qu’Il n’intervient pas dans l’explication scientifique, c’est quitter le terrain de la science pour entrer dans celui de la philosophie.

Une équation peut montrer comment un état de l’Univers conduit à un autre. Elle ne devient pas pour autant la raison pour laquelle existent cette équation, ces lois et cette réalité. Il faut distinguer le naturalisme méthodologique, qui recherche les causes observables, du naturalisme ontologique, qui affirme que seule la nature existe. Le premier relève de la science. Le second est une thèse métaphysique.

Le Rambam face à Aristote : l’éternité du monde est-elle démontrée ?

Dans son Guide des Egarés, le Rambam examine la thèse aristotélicienne de l’éternité du monde et pose la question décisive : est-ce démontré ?

La Torah n’exige pas de nier un fait établi pour sauver une lecture fragile, ni de transformer une théorie scientifique en autorité métaphysique. Il faut distinguer ce que la science a établi, ce que la Torah affirme et si les deux parlent du même niveau de réalité (Moré Névoukhim II, 25).

La Torah revendique-t-elle une autre forme de savoir ?

La Torah ne se présente pas comme une consolation spirituelle ajoutée au seul savoir scientifique. Elle revendique une connaissance : « À toi il a été montré afin que tu saches que Hachem est D-ieu » (Devarim 4, 35).

Le Rambam explique qu’Israël n’a pas fondé sa connaissance de Moché sur ses miracles, mais sur l’expérience collective de Sinaï : Nos yeux ont vu et non ceux d’un étranger, nos oreilles ont entendu et non celles d’un autre (Hilkhot Yessodei HaTorah 8, 1).

La Révélation au Mont Sinaï n’est pas une expérience scientifique reproductible. Mais la Torah ne le présente pas comme une simple opinion subjective : elle revendique un Da’at transmis par un événement national fondateur. La science étudie la structure du monde. La Torah enseigne de Qui il dépend et vers quelle finalité il est orienté.

La Torah existait-elle avant la Création du monde ? 

La Guémara évoque une Torah cachée auprès de D-ieu durant 974 générations avant la Création (Chabbat 88b). Il ne faut pas transformer cette affirmation en chronologie.

Un rouleau de Torah ouvert sous un ciel de galaxies.

Le Midrash Beréchit Rabba (1, 1) donne une clé de compréhension plus profonde : D-ieu regardait dans la Torah et créait le monde. La Torah précède donc le monde non pas seulement chronologiquement, mais comme le projet qui en fixe l’ordre et la finalité. Le sens n’est pas ajouté après coup à une matière déjà constituée. Dès l’origine, le monde est créé selon une intention et une structure que la Torah exprime. Pour nos sages, la Création procède d’une ‘Hokhma qui lui est antérieure et qui en détermine l’orientation. Ici, la ‘Hokhma désigne la Sagesse divine, c’est-à-dire le principe intelligible selon lequel D-ieu conçoit, ordonne et donne une finalité à la Création.

Même si la science expliquait tous les mécanismes physiques de l’Univers, elle étudierait encore un monde structuré par des lois et intelligible pour l’esprit humain. La Torah ajoute que cette intelligibilité n’est pas accidentelle et que le monde possède une finalité.

La science découvre, la Torah transmet

Rav Jonathan Sacks distingue cette sagesse ('Hokhma) que l’humanité découvre, de la Torah, enseignement reçu et transmis. La ‘Hokhma explique comment fonctionne le monde. La Torah enseigne ce que l’existence demande de l’homme et vers quoi elle doit être orientée.

Rav Sacks ne rabaisse pas le statut important de la science. Il refuse seulement de lui accorder le monopole de toute connaissance. Webb date une lumière, la cosmologie reconstitue l’évolution du cosmos, tandis que la Torah parle de son origine, de sa dépendance et de sa finalité.

James Webb change-t-il le récit de la Création ?

James Webb change profondément notre connaissance des premières galaxies. Il ne supprime pas la question de la paracha Beréchit. Même si une future théorie décrivait une réalité physique antérieure au Big Bang, nous aurions découvert un nouvel étage du mécanisme.

La question du Rambam demeure : pourquoi ce réel existe-t-il ? Celle du Midrach va plus loin : pourquoi le monde est-il intelligible, structuré selon un ordre qui le précède ? Et Sinaï introduit la question de la finalité : vers quoi l’homme est-il appelé dans cet Univers qu’il apprend à
comprendre ?

Illustration d’une galaxie primordiale observée par le télescope James Webb

Le Kavod HaTorah ne consiste donc pas à prétendre que le Ramban connaissait z = 14,44. Ce serait réduire sa pensée à une anticipation scientifique. Sa force est ailleurs : même si nous parvenions demain à reconstituer les premières fractions de seconde du cosmos, demeurerait la question de l’existence elle-même, de ses lois, de son intelligibilité et de son sens.

James Webb nous rapproche toujours davantage du commencement de l’histoire cosmique. La Torah pose une question plus radicale encore : qu’est-ce qui rend cette histoire possible, intelligible et finalement signifiante ?

Voir aussi

Sujets traités

Briat Haolam Science & Torah Maimonide Ramban Bereshit Hokhma Torah (texte) Midrach Rabba Traité Chabbat

Commentaires

Soyez le premier à commenter !

Laisser un commentaire

/ lignes