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Culture juive Grandes figures

Portraits des grandes figures juives : Tsadikim, rabbanim, decisionnaires et personnalites historiques.

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Qui est Rabbi Shlomo Aben Danan ?

L’origine de la famille est en France, à Troyes. Descendant en ligne directe de Rabbénou Tam, le beau-fils du plus célèbre des commentateurs de la bible, Rachi. Fuyant les persécutions en Allemagne et en France, des membres de cette illustre famille Achkénaz trouvèrent refuge en Espagne, en particulier à Tolède ou ils se sont fondus dans la tradition Séfarad dont ils devaient devenir, avant et après l’expulsion parmi les plus illustres représentants.

Qui est Rabbi Shlomo Aben Danan ?

À Fès, la vie de Rabbi Shlomo Aben Danan s’est partagée entre l’étude, l’enseignement et la responsabilité de juger. Né en 1848 et disparu en 1928, ce maître du judaïsme marocain a laissé des décisions halakhiques, des disciples et le souvenir d’une piété qui impressionnait ses proches. Ses ouvrages, Achèr Lishlomo et Bikèch Shlomo, donnent accès à une Torah attentive aux difficultés concrètes des personnes et des communautés.

Pour comprendre sa place, il faut retrouver le monde des maîtres de Fès : des familles où l’on transmettait les livres, les méthodes d’étude et la charge du tribunal rabbinique. Les Aben Danan appartiennent à cette histoire. Le récit de Rabbi Shlomo, conservé notamment par ses fils, permet d’en saisir la dimension humaine, avec ses deuils, ses exigences et sa fidélité à l’étude.

Portrait de Rabbi Shlomo Aben Danan dans une composition aux motifs marocains
Rabbi Shlomo Aben Danan. Évocation artistique créée avec assistance IA à partir du portrait reproduit dans le dossier familial.

Une famille de maîtres entre Fès, l’Espagne et la France

La tradition généalogique des Aben Danan rattache la famille au Rambam, Maïmonide. Du côté maternel, elle fait remonter la lignée, par les Hassarfati, à Rabbénou Tam, petit-fils de Rachi. L’ancien dossier d’UniversTorah rapporte cette ascendance à partir de l’introduction d’Achèr Lishlomo. Le chercheur Moché Amar évoque lui aussi ces deux traditions familiales dans ses travaux sur les Aben Danan.

Rabbi Shlomo accordait une grande importance à cette transmission. Le dossier familial mentionne, du côté maternel, Rabbi Éliyahou Hatsarfati, auquel il se rattachait à la sixième génération, et présente ce dernier comme un descendant de Rabbénou Tam. Ces indications restituent la mémoire généalogique revendiquée par la famille ; elles ne constituent pas, à elles seules, une vérification indépendante de chacun des maillons médiévaux.

L’héritage le plus directement perceptible est celui d’une succession de rabbanim et de dayanim, les juges des tribunaux rabbiniques. Les livres, l’enseignement et les décisions de ces maîtres ont façonné la vie juive de Fès. Rabbi Shlomo reçut cette responsabilité dans une maison où l’érudition engageait aussi la conduite quotidienne et le service de la communauté.

Orphelin à dix ans, formé au cœur de la Torah de Fès

Rabbi Shlomo naquit à Fès le Chabbat 9 Sivan 5608, en 1848. Son père, Rabbi Moché, remarqua très tôt ses dispositions et confia son instruction aux Sages de la ville. En 1858, l’enfant perdit son père. Le récit familial situe cette disparition au 18 Sivan et précise que Rabbi Moché n’avait que trente ans.

Son grand-père, Rabbi Chémouèl, et son oncle, Rabbi Its’hak Aben Danan, prirent alors une place essentielle dans sa formation. Auteur de Lé Its’hak Réa’h, Rabbi Its’hak lui transmit ses connaissances et sa crainte de Dieu. Le jeune Shlomo conserva envers lui une profonde reconnaissance, nourrie par la conscience de ce qu’il lui devait.

Sa mère soutint résolument la poursuite de ses études. Dans le portrait laissé par ses fils, elle apparaît comme l’un des appuis décisifs de sa croissance spirituelle et intellectuelle. Le deuil n’interrompit pas son apprentissage : il continua de se consacrer au Talmud et à la Halakha, la loi juive, avec une intensité qui frappait son entourage.

Le dossier familial situe à dix-sept ans le début de son étude de la Kabbale. Dès l’âge de dix-huit ans, il enseignait aux jeunes gens de Fès. Ses cours les formaient au raisonnement talmudique, à la lecture des décisionnaires et à la recherche d’une conclusion halakhique. Plusieurs de ces élèves devaient, à leur tour, assumer des fonctions rabbiniques.

Près d’un demi-siècle au tribunal rabbinique de Fès

À vingt et un ans, selon les témoignages biographiques, Rabbi Shlomo était déjà associé aux discussions des maîtres du Bèt Din, le tribunal rabbinique. Ses aînés sollicitaient son jugement sur des affaires difficiles, notamment en matière matrimoniale. Les situations des femmes ‘agounot, empêchées de se remarier faute de résolution de leur statut conjugal, exigeaient une connaissance précise des textes et une grande prudence dans la décision.

Sa nomination comme dayan à Fès est située en 1879. Il siégea notamment avec Rabbi Yéchoua’ Monsonégo, Rabbi Yéhouda Binyamine Serréro et Rabbi Yossèf Serréro, dans le cadre du tribunal auquel appartenait son oncle Rabbi Its’hak. Il exerça ensuite au Haut Tribunal rabbinique de Rabat, avant de revenir à Fès en 1921 pour y présider le tribunal. Les notices situent ce passage à Rabat autour de 1919-1921.

Trois dayanim de Fès dans une composition inspirée de leur photographie ancienne
Trois dayanim de Fès, dont Rabbi Shlomo Aben Danan au centre selon l’identification familiale. Évocation artistique créée avec assistance IA à partir de la photographie d’origine.

Ses fils décrivent un tribunal très fréquenté, où se succédaient les différends d’argent, les questions de succession et les litiges entre particuliers. Ils insistent sur la confiance que lui accordaient les justiciables et sur sa capacité à faire accepter ses décisions. Entre deux audiences, il revenait à l’étude et échangeait avec ses disciples.

Cette activité explique la place de ses responsa, ces réponses argumentées à des questions de loi juive. Un contrat, une succession ou une rupture conjugale pouvaient engager l’existence d’une famille. Le dayan devait établir les faits, examiner les prétentions de chacun et mesurer les conséquences de la solution retenue. Chez Rabbi Shlomo, la finesse du raisonnement s’exerçait dans cette responsabilité.

Le voyage en Eretz Israël et la rencontre d’Alexandrie

En 1875, selon la chronologie retenue dans le dossier familial, Rabbi Shlomo entreprit avec son oncle Rabbi Its’hak un voyage en Eretz Israël. Il désirait y accomplir les commandements liés à la terre d’Israël. Les difficultés du séjour les conduisirent à repartir après trente-trois jours. Ce voyage s’inscrit dans l’attachement ancien des Juifs du Maroc à la terre d’Israël, à ses lieux saints et à la vie de Torah qui s’y poursuivait.

Au retour, ils firent étape à Alexandrie, en Égypte, où ils rencontrèrent Rabbi Moché Pardo. Le récit familial rapporte de longs échanges talmudiques et une explication qui résolut une difficulté sur laquelle leur hôte réfléchissait depuis plusieurs jours. L’épisode témoigne de la manière dont les rencontres entre maîtres prolongeaient l’étude, jusque dans les étapes d’un voyage éprouvant.

Achèr Lishlomo : l’expérience du juge devenue livre

Rabbi Shlomo consignait ses décisions et les raisonnements qui les soutenaient. Une partie de ce travail fut réunie dans Achèr Lishlomo, imprimé à Jérusalem en 1906. Cette date est celle de la première édition signalée par la bibliothèque du Rambam, à Tel-Aviv.

Couverture violette d’Achèr Lishlomo dans une composition au format Open Graph
Achèr Lishlomo, recueil de responsa de Rabbi Shlomo Aben Danan. Évocation artistique créée avec assistance IA à partir de la couverture présentée dans le dossier d’origine.

Les questions traitées concernent la vie familiale et sociale : engagements matrimoniaux, contrats de mariage, héritages, tutelles, rapports de voisinage, travail et litiges financiers. Son horizon dépassait Fès. Les échanges avec d’autres communautés du Maroc et avec Gibraltar inscrivent ses décisions dans un réseau de consultation plus large.

L’ouvrage porte l’approbation de Rabbi ‘Haïm ‘Hizkiyahou Médini, auteur du Sdé ‘Hémèd. Dans le texte reproduit par l’ancien dossier, celui-ci loue la justesse de son analyse, son discernement et la qualité de son travail talmudique. Il rappelle aussi le témoignage favorable du Richon Létsion, Rabbi Yaakov Chaoul Élyachar, connu sous le nom de Yissa Bérakha.

Ces approbations éclairent la réception du livre auprès de grandes autorités de son temps. L’une d’elles comporte même une discussion sur un détail de formulation rencontré dans une décision : un signe de la lecture attentive accordée à l’ouvrage. Une étude sur l’histoire éditoriale du volume permet d’approfondir cet aspect.

La préface posthume de ses fils conserve également le souvenir d’épreuves personnelles. Rabbi Shlomo fut profondément affecté par la mort de sa fille, qu’il avait accompagnée à Marseille pour la faire soigner. L’ancien dossier précise qu’elle avait vingt-sept ans. Ce deuil appartient au portrait d’un homme dont les responsabilités publiques n’effaçaient pas les souffrances familiales.

Une piété dont ses proches ont gardé le souvenir

Ses fils insistent sur sa crainte de Dieu et sur la ferveur de sa prière. Ils le décrivent se levant avant l’aube pour ouvrir les portes de la synagogue, habitude qu’il aurait conservée jusque dans sa vieillesse. Leur témoignage associe la joie du service divin à une grande régularité dans l’étude.

Son nom demeure attaché à la synagogue Aben Danan, dans le mellah, le quartier juif de Fès. Cet édifice, dont les origines remontent au XVIIe siècle, fait partie du patrimoine juif de la ville. Sa sauvegarde préserve la mémoire d’une communauté, de ses maîtres et de ses usages. UniversTorah présente l’histoire et la restauration de ce lieu de prière.

Arche sainte et décor de la synagogue Aben Danan à Fès dans une composition illustrée
La synagogue Aben Danan à Fès. Évocation artistique créée avec assistance IA à partir de la photographie de son arche sainte conservée dans le dossier d’origine.

Rabbi Shlomo savait aussi captiver son auditoire. Les récits conservés évoquent des explications claires, des paraboles et des jeux de mots qui rendaient ses enseignements accessibles. Ses proches soulignent qu’au-delà de quatre-vingts ans, il gardait une mémoire précise et une remarquable vigueur dans le raisonnement.

Les textes transmis sous son nom témoignent également d’une prudence dans l’exercice de l’autorité. Dans Bikèch Shlomo (responsum 24), il rappelle combien les maîtres redoutaient de trancher seuls et recherchaient l’accord d’autres Sages. Cette retenue donne sa mesure à la charge du décisionnaire : connaître les textes oblige aussi à connaître les limites de son propre jugement.

Le 28 ‘Hechvan 5689 : les derniers instants du maître

Rabbi Shlomo quitta ce monde dans la nuit suivant le Chabbat, au début du 28 ‘Hechvan 5689, en novembre 1928. Cette date hébraïque est donnée dans l’ouvrage publié par ses fils. Elle correspond au 11 novembre 1928 dans le calendrier civil, la journée juive ayant commencé la veille au soir.

Le récit familial rapporte qu’à Yom Kippour, il avait omis dans le Kol Nidré les mots faisant référence au prochain Jour du Grand Pardon. Ses proches y virent ensuite le pressentiment de sa disparition. Il s’agit de l’interprétation qu’ils donnèrent à cet épisode, dans le souvenir de ses dernières semaines.

Après une forte fièvre, il avait repris ses activités au tribunal lorsqu’un malaise entraîna une dégradation rapide de son état. Les médecins appelés auprès de lui ne purent enrayer le mal. Selon ses fils, son esprit demeura clair et ses lèvres continuèrent de murmurer des prières et des paroles de Torah.

À la sortie du Chabbat, il demanda à son fils Rabbi Moché de réciter la Havdala, la cérémonie qui marque la séparation entre le jour saint et les jours de la semaine. Il respira les plantes odorantes. Les membres de sa famille, réunis auprès de lui, récitèrent le Pata’h Éliyahou, puis le Chéma Israël, au moment de son départ.

Composition réunissant la foule des funérailles à Fès et les sépultures de la famille Aben Danan
Funérailles à Fès et sépultures de la famille Aben Danan, selon les identifications du dossier familial. Évocation artistique créée avec assistance IA à partir des deux photographies d’origine.

Ses funérailles réunirent une foule considérable à Fès. Le témoignage familial mentionne la présence de Juifs venus d’autres villes du Maroc ainsi que de représentants des autorités et d’autres cultes. Les images d’archives conservées par UniversTorah prolongent la mémoire de l’hommage rendu au maître.

Ses fils et la publication de Bikèch Shlomo

Parmi ses trois fils, Rabbi Moché et Rabbi Chaoul poursuivirent la tradition d’étude et de responsabilité rabbinique de la famille. Rabbi Moché présida le tribunal rabbinique de Fès. Décédé en 1944, il repose auprès de son père, dans l’ensemble funéraire connu sous le nom de « grotte des Lions ».

Portraits de Rabbi Moché Aben Danan à gauche et de Rabbi Chaoul Aben Danan à droite
Rabbi Moché Aben Danan, à gauche, et Rabbi Chaoul Aben Danan, à droite. Évocation artistique créée avec assistance IA à partir des portraits du dossier familial.

Rabbi Chaoul, auteur du recueil de responsa Hagam Chaoul, devint grand rabbin du Maroc et président du Haut Tribunal rabbinique de Rabat. Il s’installa à Jérusalem à la fin de sa vie et y mourut le 22 Nissan 5732, en 1972. Dans ses écrits, il évoque son père comme son maître et l’un des fondements de sa formation.

Après la disparition de Rabbi Shlomo, ses fils Moché et Chaoul rassemblèrent d’autres décisions dans Bikèch Shlomo, publié à Casablanca. Leur préface conserve une part essentielle de sa biographie. Elle transmet le regard de deux fils qui avaient aussi été ses élèves, avec l’admiration et la proximité que cette double relation implique.

Couverture rouge de Bikèch Shlomo dans une composition au format Open Graph
Bikèch Shlomo, recueil publié après la disparition de son auteur. Évocation artistique créée avec assistance IA à partir de la couverture du dossier d’origine.

Les deux recueils donnent à son enseignement une existence qui dépasse les audiences du tribunal. On peut y suivre l’examen d’un cas, les autorités mobilisées et le cheminement vers la décision. Les éditions consacrées à son œuvre et à celle de ses fils participent à cette transmission.

Le Rambam : un héritage de loi et de pensée

Le rattachement familial au Rambam invite à rappeler la place de ce maître dans l’histoire de la Torah. Rabbi Moché ben Maïmone naquit à Cordoue au XIIe siècle, en 1138 selon la chronologie généralement retenue par la recherche, et mourut en 1204 à Fostat, aujourd’hui intégré au Caire. D’autres traditions donnent 1135 pour sa naissance. Les persécutions almohades contraignirent sa famille à quitter l’Espagne ; son parcours la conduisit notamment à Fès, en terre d’Israël, puis en Égypte.

Statue de Maïmonide à Cordoue et volumes du Michné Torah dans une composition illustrée
La statue du Rambam à Cordoue et une édition du Michné Torah. Évocation artistique créée avec assistance IA à partir des photographies du dossier d’origine.

Le Michné Torah, également appelé Yad Ha’hazaka, expose en quatorze livres l’ensemble de la loi juive, y compris les domaines liés au Temple et à la vie nationale d’Israël. Son hébreu précis et son organisation systématique en ont fait un ouvrage majeur de la Halakha. Avec le Rif et le Roch, le Rambam compte parmi les autorités sur lesquelles Rabbi Yossef Karo s’appuie dans son travail de codification.

Son œuvre comprend aussi un commentaire de la Michna et le Guide des égarés, rédigé en judéo-arabe. Ces ouvrages abordent la transmission de la loi orale, les fondements de la foi et les difficultés de la pensée philosophique. Le lien entre la connaissance, la conduite morale et l’amour de Dieu y occupe une place essentielle. Une présentation universitaire de son parcours et de sa pensée en propose un approfondissement.

La mort de son frère David dans un naufrage bouleversa sa vie. Celui-ci contribuait à la subsistance de la famille par ses activités commerciales. Le Rambam exerça ensuite la médecine et fut lié à la cour ayyoubide. Son activité de médecin, son enseignement et son œuvre juridique et philosophique firent de lui une autorité dont l’influence dépassa largement le monde juif.

La formule « De Moché à Moché, il ne s’en leva aucun comme Moché » exprime l’admiration des générations pour cette œuvre. Elle fait écho à Dévarim (34, 10), sans être la citation littérale du verset. À Tibériade, le lieu traditionnel de sa sépulture demeure un lieu de recueillement.

Rachi et Rabbénou Tam : l’école de Champagne

Du côté des Hassarfati, le récit familial renvoie à l’héritage des maîtres de Champagne. Rabbi Chélomo ben Its’hak, connu sous l’acronyme de Rachi, naquit à Troyes vers 1040 et mourut en 1105. Formé notamment dans les écoles de Mayence et de Worms, il revint à Troyes et y enseigna. Ses commentaires de la Torah et du Talmud demeurent au cœur de l’étude juive.

La force de son œuvre tient à la précision avec laquelle il identifie la difficulté d’un texte et conduit le lecteur vers son explication. Les mots d’ancien français qu’il emploie conservent aussi la trace du monde où il vivait. Son vocabulaire de la vigne et des métiers renseigne sur la vie des communautés juives médiévales, dont les activités ne se limitaient pas à l’étude.

Mémorial Rachi à Troyes et représentation traditionnelle de Rabbénou Tam dans une composition illustrée
Le mémorial Rachi à Troyes et une représentation traditionnelle de Rabbénou Tam. Évocation artistique créée avec assistance IA à partir des images d’origine ; le portrait n’est pas un document réalisé de son vivant.

Rachi eut trois filles, Myriam, Yokhévèd et Ra’hel. Ses gendres et ses petits-fils prolongèrent son enseignement. Parmi les fils de Rabbi Méïr ben Chémouèl et de Yokhévèd figurent Rabbi Chémouèl ben Méïr, le Rachbam, et Rabbi Yaakov ben Méïr, Rabbénou Tam, l’un des plus grands maîtres des Tossafot. Rabbénou Tam était donc le petit-fils de Rachi.

Établi à Ramerupt, Rabbénou Tam contribua de façon décisive à la méthode des tossafistes : rapprocher les passages du Talmud, examiner les difficultés et discuter les solutions. Les persécutions antijuives marquèrent aussi la vie de ces communautés. En 1171, après le martyre des Juifs de Blois victimes d’une accusation mensongère de meurtre rituel, il appela à un jeûne commémoratif.

À Troyes et dans les villages de Champagne, cette mémoire reste attachée à des lieux d’étude et de transmission. UniversTorah revient sur l’ancrage juif de la ville et sa maison d’étude. Le parcours de mémoire aménagé dans la ville permet également d’en découvrir les principaux repères.

Les Hassarfati, une mémoire française dans le judaïsme marocain

Le nom Hatsarfati, ou Hassarfati selon les translittérations, signifie « le Français ». La tradition familiale rattache cette lignée à Rabbénou Tam et conserve ainsi le souvenir d’une origine française, passée par la péninsule Ibérique avant son enracinement au Maghreb.

Ces parcours s’inscrivent dans une histoire marquée par les persécutions antijuives. Les massacres de 1391 poussèrent des Juifs d’Espagne à fuir et entraînèrent des conversions forcées ; l’expulsion de 1492 provoqua ensuite une vaste dispersion, notamment vers l’Afrique du Nord, l’Italie et l’Empire ottoman.

À Fès, les Hassarfati comptèrent plusieurs maîtres importants. L’ancien dossier évoque Rabbi Vidal Hassarfati, fils de Rabbi Its’hak, né vers 1540 et mort en 1619, ainsi que Rabbi Éliyahou Hatsarfati, auquel Rabbi Shlomo rattachait sa branche maternelle. La répétition des mêmes prénoms au fil des générations exige de distinguer les personnes lorsqu’on reconstitue cette histoire.

Les attaches françaises, ibériques et marocaines de ces familles éclairent les circulations de la Torah entre les communautés. Des maîtres d’origines différentes, leurs livres et leurs méthodes ont nourri le judaïsme de Fès. La transmission familiale de Rabbi Shlomo prend place dans cet héritage plus vaste.

De Shlomo à Shlomo : l’hommage d’une communauté

Le dossier familial rapporte qu’en l’honneur de Rabbi Shlomo, on reprenait une formule inspirée de celle qui célèbre le Rambam : « Mi Shlomo ‘ad Shlomo, lo kam kéShlomo », « De Shlomo à Shlomo, il ne s’en leva aucun comme Shlomo ». Le premier nom désigne ici le roi Salomon. Cet éloge exprime l’attachement de ceux qui voyaient en leur maître une autorité de sagesse et de jugement.

Ses décisions, le souvenir de son enseignement et la publication de ses livres permettent de retrouver ce que représentait un tel maître pour la communauté de Fès : un juge auquel on confiait ses différends, un enseignant dont on recevait une méthode et un homme dont les proches voulaient transmettre la piété.

Sources et repères : Achèr Lishlomo, introduction et approbations ; Bikèch Shlomo, préface de Moché et Chaoul Aben Danan et responsum 24 ; dossier familial publié par UniversTorah ; travaux de Moché Amar sur la famille Aben Danan ; étude d’Avishaï Elbaum publiée par la bibliothèque du Rambam le 11 mars 2021 ; repères historiques de la Bibliothèque nationale d’Israël et de Troyes Champagne Tourisme. Les souvenirs personnels sont rapportés comme des témoignages familiaux.

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