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Pensée juive Israël & Identité juive

Israël et identité juive : peuple, Terre d’Israël, État, diaspora, sionisme, mémoire, langue hébraïque et transmission du judaïsme.

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Arrow 3 : quand Israël cesse d’être l’objet de l’Histoire

Pendant des siècles, la sécurité des Juifs dépendait des décisions d’autres puissances. Arrow 3 et l’essor stratégique d’Israël révèlent un renversement historique : le peuple juif est redevenu capable de décider de sa défense. Une vision juive pose alors une question plus difficile : comment exercer la puissance sans en faire une valeur absolue ?

Arrow 3 : quand Israël cesse d’être l’objet de l’Histoire
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En décembre 2025, l’Allemagne a reçu sa première capacité opérationnelle Arrow 3. L’ensemble du programme représente désormais environ 6,7 milliards de dollars, la plus importante opération d’exportation militaire jamais conclue par Israël, selon le ministère israélien de la Défense.

Ce contrat n’est pas isolé. Les exportations israéliennes de défense ont atteint 19,2 milliards de dollars en 2025, un record historique et une progression proche de 30 % en un an, selon les données officielles du ministère israélien de la Défense.

Ces chiffres racontent davantage qu’une réussite industrielle. Un peuple qui, pendant des siècles, dépendait de la protection accordée ou refusée par d’autres puissances développe aujourd’hui des systèmes auxquels des États européens confient une part de leur propre sécurité.

Le phénomène mérite d’être distingué d’une autre question déjà développée sur Univers Torah : pourquoi la souveraineté d’Israël continue de déranger certaines nations.

Système antimissile israélien Arrow 3 lors de sa livraison à l’Allemagne

Ici, la question est différente : qu’arrive-t-il à un peuple lorsqu’il cesse d’être seulement celui auquel l’Histoire arrive et retrouve la possibilité de
décider  ?

La souveraineté d’Israël : retrouver la capacité de décider

Une souveraineté ne se résume pas à un drapeau, une monnaie ou un parlement. Elle commence réellement lorsqu’un pays peut déterminer lui-même le risque qu’il accepte, les menaces auxquelles il répond et les moyens qu’il doit construire pour ne pas remettre entièrement sa sécurité entre les mains d’un autre.

C’est précisément cette autonomie que cherchent désormais plusieurs puissances régionales.

L’accord de défense conclu entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan l’illustre. Le 31 août 2026, les trois États ont décidé de renforcer leur mécanisme commun par un secrétariat permanent. Leur communiqué parle de dissuasion collective, de coopération industrielle, de développement technologique et de production militaire conjointe, selon le ministère turc des Affaires étrangères.

Cela ne signifie pas qu’ils souhaitent reproduire Israël. Mais tous arrivent au même constat stratégique : dépendre d’un protecteur extérieur signifie aussi dépendre de sa volonté politique. 

Israël connaît cette réalité depuis longtemps.

Cette transformation possède une traduction remarquable dans la pensée de Rav Joseph Dov Soloveitchik : Passer du destin à la décision.

Dans son Kol Dodi Dofek, Rav Joseph Dov Soloveitchik distingue le Goral, lle destin imposé du Yi'oud, la destinée assumée. Cette distinction repose sur deux termes particulièrement éclairants : l’homme du Goral vit comme un objet, soumis aux circonstances ; l’homme du Yi'oud devient sujet, capable de choisir sa réponse et d’orienter son existence.

C’est précisément ce passage du destin subi à la responsabilité assumée que développe Rav Soloveitchik dans plusieurs de ses enseignements.

Le Rav ne prétend évidemment pas que l’homme contrôle tout ce qui lui arrive. Le Yi'oud commence ailleurs : lorsque la question n’est plus seulement « pourquoi cela m’arrive-t-il ? », mais que vais-je faire de ce qui m’arrive ?

Quand le peuple juif redevient sujet de son histoire

Pendant des siècles, la question juive fut formulée par d’autres. Fallait-il tolérer les Juifs ? Les expulser ? Les convertir ? Les émanciper ? Les protéger ?

Même lorsqu’une société répondait généreusement, elle demeurait celle qui décidait.

La souveraineté modifie cette grammaire. Israël doit désormais répondre lui-même à des questions qu’aucune philosophie abstraite ne peut résoudre à sa place : quelle menace peut-on tolérer ? Quand l’attente devient-elle plus dangereuse que l’action ? Jusqu’où dépendre d’un allié ? Quelle technologie doit absolument rester nationale ?

Image symbolique du passage du peuple juif de la mémoire passive à la responsabilité souveraine, avec étoile de David, carte d’Israël, Torah et figures modernes face à Jérusalem.

C’est précisément ce passage de la mémoire à la responsabilité que l’on retrouve dans plusieurs enseignements de Rav Soloveitchik présentés sur Univers Torah.

La souveraineté n’est donc pas seulement un privilège. Elle impose de répondre de ses décisions. 

La Torah ne fait pas de la faiblesse un idéal

La Torah n’a jamais été conçue uniquement pour une communauté privée de pouvoir politique.

Elle légifère sur les tribunaux, le roi, l’armée, la terre, la propriété, l’économie et la guerre. Elle pense un peuple confronté aux problèmes que produit précisément la capacité d’agir.

Le Rambam l’exprime de manière juridique dans ses Hilkhot Mélakhim. Il distingue la guerre relevant d’une obligation (מלחמת מצווה), qui comprend notamment la défense d’Israël lorsqu’un ennemi l’attaque, de la guerre facultative (מלחמת רשות) dont la décision exigeait l’autorisation du tribunal de soixante et onze juges.

Le principe est capital : la Torah ne sacralise pas toute utilisation de la force, mais elle ne déclare pas non plus la force impure par nature. Elle la soumet à des catégories et à un droit. La puissance n’est pas sa propre justification. 

Le roi n’est pas la source de la loi

La Torah (Devarim 17) envisage un roi, puis limite immédiatement son pouvoir : il ne doit multiplier ni chevaux, ni femmes, ni richesses. Il doit écrire pour lui un Séfer Torah et le garder auprès de lui. Ce détail constitue presque une théorie politique à lui seul.

La Torah se trouve matériellement à côté de celui qui commande. Le souverain possède le pouvoir, mais il ne produit pas la norme. Plus sa capacité d’action augmente, plus la possibilité d’abus augmente avec elle.

Cette conception s’éloigne autant du culte de la puissance que d’une idéalisation de l’impuissance.

Une société sans armée peut discuter de la morale de la guerre sans devoir décider quel risque imposer à ses soldats, quand frapper ou quel degré d’incertitude accepter. Une souveraineté doit trancher dans des situations où toutes les options peuvent comporter un coût moral. Ne pas agir peut lui aussi devenir une décision.

Ma force et la puissance de ma main

La Torah connaît pourtant un second danger : après avoir appris à agir, l’homme peut finir par croire qu’il est l’origine de sa propre puissance. 

Dans la paracha Ékev, Moché formule précisément cette tentation :

כֹּחִי וְעֹצֶם יָדִי עָשָׂה לִי אֶת הַחַיִל הַזֶּה
Ma force et la puissance de ma main m’ont procuré cette réussite.

La réponse vient immédiatement :

וְזָכַרְתָּ אֶת ה׳ אֱלֹקֶיךָ כִּי הוּא הַנֹּתֵן לְךָ כֹּחַ לַעֲשׂוֹת חָיִל 
Tu te souviendras de D-ieu, car c’est Lui qui te donne la force d’accomplir cette réussite (Devarim huit, 17-18).

La nuance est essentielle. La Torah ne dit pas : tu n’as aucune force. Elle dit : ta force n’est pas sa propre origine.

Univers Torah a développé cette lecture dans notre étude de la paracha Ékev : le danger commence quand tout réussit.

Il n’existe donc aucune contradiction entre construire Arrow 3, former des ingénieurs, développer le renseignement, préparer une armée et reconnaître que la capacité humaine elle-même demeure une responsabilité reçue.

La faute commence lorsque le moyen devient une valeur absolue. L’indépendance se proclame, l’autonomie se construit. C’est peut-être ici que se trouve la révolution israélienne la moins commentée.

Arrow 3 et la puissance stratégique d’Israël en Europe

Israël n’a pas simplement retrouvé un territoire. Le peuple juif a dû réapprendre, à l’échelle d’un État, des disciplines dont une longue absence de souveraineté l’avait privé : renseignement national, stratégie militaire, diplomatie, industrie de défense, sécurité énergétique, alliances et anticipation des menaces.

L’indépendance juridique peut être proclamée en une journée. L’autonomie stratégique doit être reconstruite tous les jours.

Lorsque l’Allemagne installe Arrow 3, le retournement historique devient saisissant. Moins d’un siècle après la destruction des Juifs d’Europe, une technologie développée par l’État juif participe à la protection de l’espace allemand.

Il serait simpliste d’en tirer une théologie de la réussite. Mais il serait tout aussi superficiel de ne pas voir ce qui s’est produit.

Pendant des siècles, le Juif devait espérer que le souverain le protégerait. Aujourd’hui, une grande puissance européenne demande au savoir israélien de contribuer à sa propre protection.

Ce retournement ne rend pas Israël moralement infaillible. Il rend ses décisions plus lourdes. C’est peut-être précisément là que commence la question juive contemporaine de la puissance.

L’épreuve n’est plus seulement de rester fidèle lorsque l’on est faible. Elle consiste à rester fidèle lorsque l’on possède les moyens d’agir. Car la Torah n’a jamais fait de l’impuissance un idéal.
Elle exige quelque chose de plus difficile : être suffisamment fort pour protéger la vie, suffisamment responsable pour limiter cette force, et suffisamment lucide pour ne jamais confondre puissance et vérité.

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