7 octobre : Noam et Gali Tibon sur la route de leurs petites-filles
Le 7 octobre 2023, Noam et Gali Tibon quittent Tel-Aviv pour rejoindre leur fils et ses deux petites filles, enfermés à Nahal Oz. En chemin, ils secourent des rescapés du festival Nova et des soldats blessés. Leur trajet, puis la progression de Noam avec les combattants, se reconstitue grâce aux messages conservés et aux témoignages de la famille.

À Nahal Oz, les détonations se rapprochent de la maison d’Amir Tibon. Avec son épouse Miri, il s’est enfermé dans la pièce sécurisée où dorment leurs deux petites filles. Dans la matinée du 7 octobre 2023, son père lui annonce qu’ils viennent les chercher.
Depuis Tel-Aviv, Noam et Gali Tibon prennent la route du sud. Ils savent que leur fils et sa famille sont menacés. Mais, entre eux et la maison, les routes sont devenues des lieux de combat. Et avant d’atteindre leurs petites-filles, ils vont rencontrer d’autres personnes qui ne peuvent pas attendre.
La chambre des enfants devient leur dernier refuge
La journée commence vers 6 h 30 par le sifflement d’un mortier. Miri réveille Amir. Ils rejoignent aussitôt la pièce renforcée qui sert de chambre à Galia, trois ans, et à Carmel, qui n’a pas encore deux ans.
Le couple habite Nahal Oz, un kibboutz tout proche de la bande de Gaza. Les attaques de roquettes ou de mortiers font partie des dangers auxquels les habitants sont habitués. Mais cette fois, ils entendent des tirs d’armes automatiques. Ils se rapprochent. Les assaillants sont entrés dans le kibboutz.
Ce 7 octobre est aussi un Chabbat et le jour de Sim'hat Torah en Israël, cette fête qui célèbre l’achèvement et la reprise de la lecture de la Torah. Dans la maison des Tibon, les parents demandent aux fillettes de rester silencieuses. Des terroristes tirent vers le salon. La famille n’a plus la possibilité de partir.
Amir, journaliste à Haaretz, prévient ses parents et échange avec ses collègues. Le réseau fonctionne par intermittence. À travers les messages, Noam comprend que son fils, sa belle-fille et ses petites-filles sont pris au piège.

Gali prend le volant, Noam cherche du secours
Noam Tibon a 62 ans. Général à la retraite, il a servi pendant trente-cinq ans dans l’armée israélienne. Ce matin-là, il ne dispose ni d’une unité à commander ni d’un véhicule militaire. Il prend son pistolet personnel. Gali, son épouse, conduit leur voiture, ce qui lui permet de multiplier les appels.
Dans leur entretien à ABC News, un an après l’attaque, ils racontent qu’ils se trouvaient sur la côte de Tel-Aviv pour leur baignade matinale lorsqu’ils ont reçu les nouvelles alarmantes. Noam contacte des responsables militaires. À mesure que les messages de son fils arrivent, il décide de se rendre lui-même sur place.
Le trajet ordinaire vers Nahal Oz devient une progression à travers une région attaquée. Les deux parents découvrent des véhicules incendiés, des morts et des échanges de tirs. Ils ignorent encore tout ce qui s’est passé dans les localités du sud.
Dans la maison, Amir et Miri continuent d’attendre. Ils ne peuvent suivre le trajet de leurs parents. Ils savent seulement que ceux-ci tentent de les rejoindre, tandis que leurs propres moyens de communication s’épuisent.
Sur la route, des inconnus ont aussi besoin d’eux
Un jeune couple apparaît près de leur itinéraire. Il a fui le festival Nova. Les deux rescapés demandent de l’aide ; Gali se souviendra qu’ils étaient pieds nus.
Noam et Gali les font monter. Continuer vers Nahal Oz reviendrait à les conduire vers les combats. Les Tibon les emmènent donc vers un endroit sûr avant de reprendre leur route vers le kibboutz.
Leur fils est toujours menacé. Pourtant, ils ont secouru ces inconnus. Dans ses entretiens ultérieurs, Noam reviendra sur cette décision : il ne pouvait laisser derrière lui des personnes qui avaient besoin d’aide. Cette solidarité entre Israéliens va de nouveau déterminer la suite du trajet.
À proximité de Mefalsim, Noam obtient l’aide d’Avi Zaafrani, un combattant de l’unité antiterroriste. Ils progressent vers Nahal Oz et rejoignent des soldats de l’unité Maglan pris dans un affrontement. Des militaires ont été tués ; d’autres sont blessés.
Noam participe au combat, puis ramène trois blessés vers l’endroit où Gali attend. Elle repart avec eux pour qu’ils reçoivent des soins. Alors que leur propre famille reste enfermée, les deux grands-parents donnent aussi la priorité au secours des vies menacées qu’ils rencontrent.
Le véhicule familial s’éloigne donc encore une fois du kibboutz. Noam poursuit sa mission grâce au général de réserve Israel Ziv, qui le prend dans son véhicule. Le chemin jusqu’à ses petites-filles passe désormais par d’autres hommes venus combattre et secourir les habitants.
Les téléphones se taisent avant que la maison soit atteinte
À Nahal Oz, l’électricité est coupée. La pièce sécurisée devient chaude et reste plongée dans l’obscurité. Les batteries des téléphones d’Amir et de Miri finissent par se vider. La famille ne peut plus savoir où en sont les secours.
Amir rapportera ces heures dans un extrait de son livre publié par The Atlantic en octobre 2024. Les parents tentent de maintenir leurs filles au calme, sans pouvoir leur donner l’heure à laquelle elles seront autorisées à sortir.
Noam et Israel Ziv atteignent le kibboutz et rejoignent les forces présentes. Noam progresse avec des soldats de Maglan. Il connaît les lieux, mais atteindre la maison de son fils impose de traverser une localité où des terroristes se trouvent encore. Le sauvetage avance avec les combats et la recherche des habitants.
Pendant ce temps, derrière la porte fermée, Amir et Miri n’ont plus qu’à écouter. Les sons venus de l’extérieur sont leur dernier lien avec ce qui se passe autour d’eux.
La voix que Galia attendait
Vers 16 heures, après environ dix heures d’enfermement, Noam arrive enfin devant la maison. Il frappe à la fenêtre protégée de la pièce sécurisée et se fait reconnaître.
À l’intérieur, Galia entend la voix familière. Elle annonce que son grand-père est là. Dans l’extrait d’Amir Tibon, ces mots sont rapportés par une formule très simple : « Saba est là », saba signifiant grand-père en hébreu.
Amir, Miri et leurs deux filles sont vivants. La promesse de la matinée a trouvé son terme au pied de cette fenêtre. La journée, elle, n’est pas finie. Noam reste auprès des forces qui sécurisent le kibboutz. Dans la soirée, la famille est évacuée avec les autres habitants.
Ce sauvetage doit à la fois à l’initiative de Noam et Gali et à l’action des policiers, des soldats et des autres sauveteurs rencontrés sur leur route. Le récit familial laisse apparaître leurs noms et leur rôle : les grands-parents ont pu atteindre leurs petites-filles parce que plusieurs personnes ont accepté d’aider, de combattre ou d’évacuer les blessés.
Les messages conservés, les photographies des impacts dans la maison et les témoignages croisés permettent de reconstituer cette progression. Le projet documentaire Kan 7.10.360, consacré à la famille Tibon de Nahal Oz, en présente la chronologie. Le récit est recoupé avec l’entretien de Noam et Gali à ABC News, « A year after the attack, Israeli couple recounts trying to get to their son on Oct. 7 », du 7 octobre 2024 ; l’extrait d’Amir Tibon, « How My Family Survived the October 7 Massacre », publié dans The Atlantic le 4 octobre 2024 ; et les entretiens de Noam Tibon et du réalisateur Barry Avrich au Jewish Standard, le 2 octobre 2025, et au Jerusalem Post, le 6 octobre 2025.
Ces récits ont également nourri le documentaire The Road Between Us: The Ultimate Rescue, de Barry Avrich. Ils participent à la transmission de la mémoire du 7 octobre, que prolonge aussi la conservation des témoignages et documents par la Bibliothèque nationale d’Israël. Pour les Tibon, cette journée demeure celle d’une route interrompue pour secourir des inconnus, puis d’une voix enfin reconnue derrière une fenêtre fermée.