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Terre d’Israël : le lien juif face au déni arabe et islamiste

par Rav Meïr Hazan, Mardi 27 Octobre 2026

Terre d’Israël, Jérusalem, Temple de Salomon : le lien historique du peuple juif affronte le déni arabe et islamiste. Des discours de l'université Al-Azhar au programme du Hamas, les textes révèlent une entreprise d’effacement que contredisent les archives musulmanes elles-mêmes. Une défense documentée de l’appartenance juive à sa terre.

Terre d’Israël : le lien juif face au déni arabe et islamiste
Du Beth Hamikdach, symbole de la souveraineté juive à Jérusalem, à l’apparition de l’islam plusieurs siècles après sa destruction, cette illustration rappelle l’antériorité historique et le lien millénaire du peuple juif avec sa capitale.

Le peuple juif n’a pas à demander à ses adversaires la permission d’appartenir à la terre d’Israël. Pourtant, une part du débat consiste à transformer son enracinement en intrusion : Jérusalem serait exclusivement arabe, son histoire juive une fabrication, sa souveraineté une anomalie. Pour combattre ce discours, il faut examiner les autorités sunnites et les mouvements islamistes qui le portent. Une pièce du dossier dérange ce récit : les sources musulmanes elles-mêmes conservent la mémoire qu’il voudrait abolir.

Jérusalem : le déni du droit juif dans un sermon d’Al-Azhar

Le 15 décembre 2017, le portail officiel d’Al-Azhar rapporte un sermon d’Ibrahim al-Hodhod, ancien président de son université, prononcé dans la mosquée de l’institution. Son propos ne porte pas seulement sur la décision américaine concernant Jérusalem. Il récuse le droit historique des Juifs à Jérusalem, présente la ville comme historiquement arabe et prétend même trouver dans la Torah une confirmation de son argumentation.

Coupure de presse montrant Ibrahim El Hodhod, ancien recteur de l’Université Al-Azhar, affirmant que toutes les langues disparaîtront sauf l’arabe.
Ibrahim El Hodhod, ancien recteur d’Al-Azhar : de la prétendue suprématie de l’arabe à la négation des droits historiques des Juifs sur Jérusalem.

Le cadre compte. Cette parole est diffusée par une grande institution de l’islam sunnite, depuis une chaire. Le déni ne se limite donc ni aux tracts militants ni aux discours d’une organisation palestinienne. Il reçoit ici une autorité religieuse et universitaire. Une revendication politique gagne ainsi l’apparence d’une évidence sacrée, alors qu’elle suppose d’écarter l’histoire du peuple dont Jérusalem porte les traces et les textes.

En diffusant ce sermon, Al-Azhar donne son autorité institutionnelle à un discours qui prive Israël de sa profondeur historique. Présenter Jérusalem comme exclusivement arabe permet de faire passer la souveraineté juive pour une usurpation. Cette prétention à l’exclusivité doit être combattue : le caractère sacré de Jérusalem pour les musulmans ne leur confère aucun droit d’en exclure le peuple juif. Israël n’a pas à accepter l’effacement de son histoire comme condition de sa reconnaissance.

Le procédé enferme Israël dans une accusation sans issue : sa mémoire serait suspecte parce qu’elle soutient son existence, puis son existence serait illégitime faute de mémoire recevable. Il faut briser ce raisonnement circulaire. Un témoignage historique se juge sur son contenu, sa date et sa provenance, jamais sur la nationalité de ceux auxquels il donne raison.

Temple de Salomon : ce que reconnaissait une autorité musulmane

Un document publié bien avant les controverses actuelles permet de mesurer le déplacement. Dans les années 1920, le Conseil suprême musulman de Jérusalem, alors présidé par Hadj Amin al-Husseini, diffusait un guide intitulé A Brief Guide to al-Haram al-Sharif. Sa notice historique reconnaissait sans ambiguïté l’identification du site avec celui du Temple de Salomon. Elle rappelait également la tradition de l’autel élevé par David. Ce témoignage émane de l’autorité musulmane qui présentait le sanctuaire aux visiteurs.

le mufti de Jérusalem Hajj Amin al-Husseini passe en revue une unité de Bosniaques musulmans .
Haj Amin al-Husseini, le mufti de Jérusalem, était un antisémite méprisable et un ardent partisan nazi. Ici on le voit passer en revue une unité de Bosniaques musulmans au service des nazis.

Cette reconnaissance ne faisait pas de ses rédacteurs des partisans du sionisme. Elle montre quelque chose de plus utile : une institution musulmane pouvait affirmer sa propre relation au lieu sans nier son histoire juive. La négation de cette histoire n’est donc pas une obligation imposée par toute mémoire islamique. Elle procède d’un choix, que l’archive permet de rendre visible.

Employer le terme judaïsation pour dénoncer toute référence juive au mont du Temple est une falsification de l’histoire. Le Temple de Salomon et le Second Temple se dressaient à Jérusalem bien avant l’apparition de l’islam. Les Juifs n’ont donc pas besoin de justifier leur présence dans leur propre histoire. Présenter leur attachement à ce lieu comme une tentative de judaïsation c’est faire passer une réalité historique incontestable pour une entreprise de conquête. On peut débattre des décisions politiques actuelles, mais on ne peut pas effacer trois mille ans d’histoire juive simplement parce que cette histoire dérange.

Le document n’est évidemment pas le fondement du lien juif : celui-ci ne dépend pas de l’approbation d’un conseil religieux musulman. Sa force est de contredire, depuis une source musulmane, la présentation de l’ancienneté juive comme invention récente. Le dossier consacré à l’effacement de l’histoire juive en Israël rassemble déjà les autres preuves. Ici, l’apport nouveau est la contradiction entre une mémoire attestée et sa négation politique.

Le Coran associe les fils d’Israël à la Terre sainte

La contradiction remonte plus loin. La sourate 5 présente Moïse s’adressant à son peuple et lui ordonnant d’entrer dans la Terre sainte que Dieu lui a prescrite. Le verset 21, accessible dans une traduction française du passage coranique, appartient à un récit qui rappelle les prophètes et les rois donnés à ce peuple, puis son refus d’avancer et les quarante années d’errance.

Illustration de Moché Rabbénou s'adressant aux enfants d'Israël et leur montrant la Terre sainte que Dieu leur a destinée.
Même le Coran reconnaît le lien des enfants d'Israël avec la Terre sainte : dans la sourate 5, verset 21, Moïse rappelle à son peuple que Dieu lui a prescrit cette terre. Une reconnaissance explicite inscrite dans le texte sacré de l'islam. Générée par IA.

Ce passage ne constitue ni une carte des frontières contemporaines ni une reconnaissance anticipée de l’État moderne d’Israël. Il établit un point plus élémentaire : la mémoire religieuse musulmane connaît le rapport des fils d’Israël à cette terre. Présenter ce rapport comme une fiction étrangère à toute tradition islamique exige donc d’effacer une partie du récit coranique lui-même.

La défense juive n’a pas à se placer sous l’autorité du Coran. Elle peut néanmoins demander à ceux qui l’invoquent de respecter ce qu’il raconte. Une controverse sur l’interprétation ne permet pas de transformer en inexistence un lien expressément conservé par le texte.

Le Hamas refuse Israël du Jourdain à la Méditerranée

Le programme politique du Hamas de 2017 expose la traduction territoriale de ce refus. Son article 2 définit la Palestine du Jourdain à la Méditerranée ; l’article 3 la qualifie de terre arabe et islamique ; l’article 19 exclut la reconnaissance de la légitimité d’Israël. L’article 20 évoque certes un État palestinien sur les lignes de 1967 comme formule de consensus national, mais maintient expressément le rejet d’Israël et l’objectif de libérer toute la Palestine.

Manifestations de soutien aux Palestiniens depuis le début de la guerre entre Israël et le groupe terroriste islamiste Hamas.
Le slogan est régulièrement utilisé dans les manifestations de soutien aux Palestiniens depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas (ici une manifestation à Chicago, le 22 août 2024). (Chris Riha/Zuma Press Wire/Shutt)

Le même document affirme distinguer les Juifs, comme fidèles, du projet sioniste. Cette précision doit être rapportée. Elle ne change cependant pas le résultat territorial : aucun espace n’est reconnu comme pouvant légitimement relever de la souveraineté juive. La discussion ne porte donc pas uniquement sur une implantation ou sur le tracé d’une frontière. Elle touche à l’existence d’Israël, jusque dans ses limites les plus restreintes.

Voilà ce qu’il faut faire apparaître : lorsqu’un programme revendique toute la terre et refuse toute légitimité à Israël, présenter son objectif comme une simple correction territoriale en dissimule la portée. Les mots doivent être confrontés à l’ensemble du texte.

La conquête arabe n’a pas aboli l’appartenance juive à Israël

La conquête arabe du VIIe siècle a profondément transformé le pays. Elle n’a pas rétroactivement créé Jérusalem, les royaumes d’Israël ou la mémoire biblique. Qu’une civilisation s’enracine sur une terre ne lui confère pas le pouvoir d’annuler l’appartenance du peuple qui y a formé son histoire. Une succession de souverainetés ne constitue pas un acte d’effacement des peuples.

Le judaïsme exprime cette appartenance jusque dans des règles concrètes. Dévarim (26, 3) rattache l’offrande des prémices à la terre promise aux pères. Le Rambam décide que le converti apporte les prémices et prononce la déclaration : Avraham est aussi son père dans l’alliance, (Michné Torah, Hilkhot Bikourim 4, 3). L’entrée dans le peuple permet ainsi de s’inscrire dans cette histoire.

Ce cas éclaire une réalité que le discours de l’intrusion escamote : l’appartenance juive se transmet dans une communauté vivante, capable aussi d’accueillir ceux qui la rejoignent. Elle dépasse la conservation d’un souvenir archéologique. Notre dossier Israël face aux nations développe cette dimension collective. Ici, le point décisif est simple : aucun pouvoir ultérieur ne peut décréter que cette continuité n’a jamais existé.

Reconnaître Israël : le choix déjà fait par des États arabes

Les décisions des États arabes montrent d’ailleurs que le refus n’est pas une fatalité. Après les traités de paix de l’Égypte et de la Jordanie, les Émirats arabes unis et Bahreïn ont choisi la normalisation avec Israël en 2020. Ces décisions ne règlent pas chaque différend. Elles démontrent néanmoins qu’un gouvernement arabe peut établir des relations avec Israël sans renoncer à sa culture ni à sa religion.

Cette diversité oblige à identifier les responsabilités : un prédicateur d’Al-Azhar, une direction islamiste et un gouvernement signataire d’un accord ne parlent pas d’une seule voix. L’analyse gagne en force lorsqu’elle désigne chaque acteur et ses engagements. Elle peut alors distinguer une coopération effective, une reconnaissance diplomatique et la persistance d’un enseignement qui présente encore l’enracinement juif comme une usurpation.

L’avenir dépendra notamment de cette capacité à remplacer la négation par une reconnaissance durable. Les désaccords territoriaux appellent des négociations et des garanties concrètes. Ils ne justifient aucune falsification du passé. Le peuple juif appartient à la terre d’Israël : défendre cette vérité exige de nommer ceux qui la nient, de produire leurs textes et de leur opposer les faits.