À Montréal, les parachutistes juifs de l’Europe occupée, à l’honneur
Un hommage annoncé à Montréal remet en lumière les parachutistes juifs envoyés en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Aux côtés de Hannah Senesh, Haviva Reik, Enzo Sereni et leurs camarades tentent de maintenir des liaisons et de porter secours aux persécutés. Le récit suit plusieurs équipes, leurs actions et les limites de leurs missions.

En septembre 1944, Haviva Reik arrive en Slovaquie, où une insurrection vient de se dresser contre le pouvoir allié de l’Allemagne nazie. À Banská Bystrica, elle et ses camarades apportent une aide matérielle aux réfugiés juifs, cherchent des logements et préparent des possibilités de fuite. Ces volontaires sont venus de la terre d’Israël après une formation militaire britannique.
Leur histoire retrouve une place dans l’actualité à l’approche du 8 novembre 2026. Le Musée de l’Holocauste Montréal annonce, à 16 heures, une rencontre avec l’écrivain Douglas Century autour de son livre The Crash of the Heavens, dans le cadre de la commémoration de la Nuit de Cristal. Hannah Senesh occupe une place centrale dans cet ouvrage. Son parcours appartient cependant à une aventure collective : celle des parachutistes juifs envoyés en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.
Ils avaient quitté l’Europe et se portaient volontaires pour y retourner
Lorsque les informations sur l’extermination des Juifs d’Europe parviennent au Yichouv, la communauté juive de Palestine sous mandat britannique, ses responsables cherchent comment atteindre les communautés menacées. En 1942, l’Agence juive propose aux Britanniques d’envoyer des émissaires capables d’aider à organiser la résistance et le sauvetage. Le projet dépend de l’armée britannique : elle seule peut fournir la formation, les avions et les liaisons nécessaires à une telle opération.
Beaucoup de candidats ont récemment quitté les pays où ils souhaitent être envoyés. Ils en parlent la langue et en connaissent les usages. Parmi eux se trouvent des membres de la Haganah et du Palmah, des militants de mouvements de jeunesse et des Juifs déjà engagés dans l’armée britannique. Leur démarche s’inscrit dans l’engagement des soldats juifs dans les armées alliées, avec une tâche particulière : rejoindre clandestinement les populations et les résistants derrière les lignes ennemies.
Le nombre de départs reste très inférieur aux espoirs initiaux. Le United States Holocaust Memorial Museum retient environ 250 volontaires, 110 personnes formées et 37 envoyées en mission entre 1943 et 1945. Trente-deux sont parachutées, cinq entrent par d’autres voies. L’expression « les parachutistes juifs » désigne donc un ensemble de petites équipes dispersées, dont les itinéraires et les conditions d’action diffèrent profondément.
Une radio, des contacts et deux missions à remplir

Les Britanniques ont leurs propres objectifs. Le Special Operations Executive, le SOE, recherche notamment des opérateurs radio pour maintenir les liaisons avec les partisans. Le MI9 s’occupe du secours aux prisonniers de guerre et aux aviateurs alliés abattus. Pour les volontaires juifs, ces tâches militaires s’accompagnent d’une autre responsabilité : entrer en contact avec les Juifs menacés et leur apporter l’aide rendue possible par les circonstances.
Cette double mission explique la place des transmissions et des réseaux locaux. Un émissaire isolé ne peut agir qu’en trouvant des interlocuteurs, des abris et des moyens de communiquer. Les parachutistes arrivent dans des pays où existent déjà des organisations clandestines et des résistances juives dans les ghettos et les maquis. Leur action doit composer avec ces réalités, avec les décisions britanniques et avec l’évolution du front.
La préparation commence en 1943. Toutefois, savoir sauter et manier un poste radio ne garantit ni le passage d’une frontière ni le maintien d’une couverture. Certains volontaires sont arrêtés avant de pouvoir accomplir leur tâche. D’autres parviennent à travailler avec des partisans ou des organisations juives. L’histoire du groupe se joue dans cet écart entre la mission reçue et les possibilités rencontrées sur place.
De la Yougoslavie à la Hongrie, puis vers l’Italie
La Yougoslavie constitue l’un des points d’entrée de ces opérations. Hannah Senesh y est parachutée en mars 1944. Née à Budapest, elle a quitté la Hongrie en 1939 et rejoint ensuite le kibboutz de Sdot Yam. Après son arrivée auprès des partisans, elle reste environ trois mois en Yougoslavie avant de franchir la frontière hongroise, en juin. Entre-temps, l’occupation allemande de la Hongrie a commencé et la situation des Juifs s’est brutalement aggravée.
Elle est arrêtée peu après son passage, avec son appareil de transmission. Les interrogatoires et la menace exercée sur sa mère ne lui font pas livrer ses codes radio. Le 7 novembre 1944, elle est exécutée à Budapest, à vingt-trois ans. Son journal et ses poèmes ont contribué à faire connaître son nom, mais son départ relève du même engagement que celui de ses compagnons : tenter de rejoindre les Juifs d’Europe avec les moyens d’un agent clandestin.
Enzo Sereni suit une autre route. Né à Rome en 1905, docteur en philosophie et installé en terre d’Israël depuis 1927, il a participé à la fondation du kibboutz de Guivat Brenner. Déjà engagé dans l’armée britannique, il contribue à la préparation des volontaires avant d’insister pour partir lui-même. En mai 1944, il est parachuté dans le nord de l’Italie. Capturé, puis déporté à Dachau, il y est assassiné en novembre. Son âge et son expérience le distinguent de plusieurs de ses jeunes camarades, sans le mettre à l’abri des mêmes dangers.
En Slovaquie, secourir ceux qui cherchent un refuge
À Banská Bystrica, Haviva Reik agit avec Haim Hermesh, Rafael Reiss et Zvi Ben Yaakov. Le groupe aide les réfugiés à se loger et à trouver de quoi subsister ; il cherche aussi des cachettes et des voies d’évacuation. Le secours aux militaires alliés fait partie de ses activités. Dans cette région, les besoins immédiats des Juifs déplacés donnent à la mission une dimension très concrète.
Le pays connaît aussi d’autres initiatives de sauvetage, dont le réseau de Ben Zion Kalb, qui a aidé des Juifs à quitter la Pologne pour la Slovaquie. Ces parcours distincts rappellent que les parachutistes interviennent au milieu d’efforts déjà engagés par les persécutés eux-mêmes et par ceux qui leur portent secours.
Quand l’offensive allemande reprend le contrôle de la région, Reik refuse de partir en abandonnant ceux dont elle s’occupe. À la fin d’octobre, elle gagne les montagnes avec ses compagnons et un groupe de Juifs. Leur camp est attaqué ; elle est capturée, puis assassinée à Kremnička le 20 novembre 1944. Haim Hermesh survit. Leurs destins illustrent la précarité de cette entreprise, où une possibilité d’accueil pouvait disparaître avec le déplacement du front.
En Roumanie, des liaisons qui peuvent se poursuivre
Les missions roumaines connaissent d’autres développements. Yeshayahu Dan, appelé Shaike, Yitzhak Ben Ephraim, Dov Berger-Harari et Baruch Kamin figurent parmi les volontaires envoyés dans le pays en 1944. Les récits conservés dans le livre du souvenir de Yedinitz, aujourd’hui accessible par JewishGen, évoquent leur participation aux contacts avec les mouvements de jeunesse juifs, aux préparatifs d’autodéfense et aux tentatives de départ vers la terre d’Israël.
Certains parachutistes réussissent ainsi à retrouver des organisations avec lesquelles travailler. Les opérations britanniques de secours aux militaires alliés constituent un autre volet de leur présence. Il faut conserver la distinction entre ces activités : aider à évacuer un prisonnier allié, maintenir une liaison radio et préparer la fuite de Juifs persécutés répondent à des besoins différents. Les résultats varient selon les équipes et les périodes ; les sources ne permettent pas de résumer l’ensemble par un nombre unique de vies sauvées.
Retrouver les trente-sept derrière un nom devenu célèbre

Sur les 37 volontaires envoyés, douze sont capturés et sept ne reviennent pas de la guerre. Aux côtés de Hannah Senesh, d’Enzo Sereni et de Haviva Reik, il faut nommer Rafael Reiss, Zvi Ben Yaakov, Abba Berdichev et Peretz Goldstein. Trois femmes ont pris part à l’entreprise : Senesh, Reik et Sara Braverman. La mémoire du groupe comprend aussi les survivants, dont les parcours ont laissé d’autres témoignages sur les missions et leurs suites.
Ces personnes peuvent être retrouvées dans des documents précis. La Bibliothèque nationale d’Israël conserve une page du journal HaHoma de 1945 consacrée aux parachutistes morts. Des photographies de la Collection nationale de photographies d’Israël montrent des membres du groupe réunis à Bucarest et un opérateur radio auprès de partisans yougoslaves. La maison-musée Hannah Senesh rassemble les portraits des membres de la délégation ; sa présentation du groupe et de ses membres permet de prolonger cette découverte.
Le cadre et les effectifs sont documentés par la notice « Jewish Parachutists from Palestine » du United States Holocaust Memorial Museum. Yad Vashem publie les notices d’Enzo Sereni et de Hannah Senesh, ainsi qu’un panneau consacré à Haviva Reik dans l’exposition Heroism and Resistance: Rescue by Jews During the Holocaust. Ces sources permettent de suivre les personnes, les décisions et les missions, tout en laissant visibles leurs limites.
Comme pour les sauveteurs de livres du ghetto de Vilna, les traces conservées donnent des noms et des gestes à une histoire collective. La rencontre annoncée à Montréal offre l’occasion de revenir à ces trente-sept volontaires. Auprès des réfugiés de Banská Bystrica, des partisans de Yougoslavie ou des organisations juives de Roumanie, chacun a tenté d’établir un passage vers ceux que la persécution isolait.