La bouffonnerie diplomatique de Macron et son protégé le Hamas
Deux jours après la mort de Netanel Shukrun devant son fils, Emmanuel Macron minimise à l’ONU la présence du Hamas en Cisjordanie. Ce que les dossiers de sécurité établissent et pourquoi sa formule est politiquement dangereuse.

Dans le confort des chancelleries, on peut disserter sur la sécurité d’Israël pendant que les morts n’ont aucune tribune pour démentir les certitudes du moment. Même le 7 octobre n’a pas imposé à tous l’effort élémentaire de nommer les organisations qui menacent les Juifs. À l’ONU, Emmanuel Macron a affirmé que le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie. Deux jours auparavant, Netanel Shukrun, père de six enfants et citoyen français selon le gouvernement israélien, y était abattu sous les yeux de son fils. Que vaut une leçon de sécurité fondée sur l’effacement d’une menace documentée ? Qualifier cette sortie d'hypocrisie serait un euphémisme. Comment un chef d'État peut-il afficher un tel décalage avec le terrain, balayant des décennies de terrorisme quotidien en Cisjordanie juste pour briller sous les projecteurs new-yorkais ?
Une phrase prononcée deux jours après la mort de Netanel Shukrun
Le 20 septembre, Netanel Shukrun se rend à une source près de Névé Tzouf avec son fils Yoav, avant Yom Kippour. Un homme tire depuis une voiture. Le père est mortellement atteint ; son fils, âgé de 16 ans, échappe aux tirs après avoir entendu son avertissement. Le défunt laisse une épouse et six enfants. Le récit recueilli auprès de sa famille par le Times of Israel donne à ces faits leur dimension humaine, que les formules diplomatiques ne sauraient effacer.

Le 22 septembre, à la tribune de l’ONU, le président français dénonce les violations commises contre les Palestiniens en Cisjordanie et glisse cette affirmation : le Hamas n’a jamais sévi sur ce territoire, selon la dépêche Reuters consacrée à son discours. Critiquer les violences de colons ou contester les choix du gouvernement israélien appartient pleinement au débat. Mais aucune de ces critiques n’exige d’effacer le Hamas de la carte des menaces. La phrase de Macron a transformé une position politique défendable en contrevérité factuelle.
Le premier ministre Benjamin Netanyahou a rappelé que Shukrun possédait également la nationalité française et accusé un terroriste du Hamas de l’avoir tué. Sur ce dernier point, une précision s’impose : Reuters rapporte que le mouvement a salué l’attaque, sans la revendiquer. L’appartenance du tireur au Hamas, affirmée par des responsables israéliens, ne peut donc être tenue ici pour définitivement établie. Cette réserve ne disculpe en rien la phrase présidentielle : l’existence du Hamas en Cisjordanie est documentée indépendamment de cet attentat.
Hamas en Cisjordanie : ce que documentent les dossiers de sécurité
En juin 2025, le service de sécurité intérieure israélien annonçait avoir démantelé à Hébron une infrastructure du Hamas : plus de 60 personnes arrêtées, des armes saisies et, selon son enquête, des projets d’attentats par armes à feu et explosifs. En février de la même année, il annonçait l’arrestation dans la région de Jénine d’un cadre local du mouvement soupçonné de préparer des attaques. Ce sont des communications des autorités israéliennes, à attribuer comme telles ; leur précision rend néanmoins intenable l’idée d’une absence historique d’activité.
Un diplomate français a ensuite expliqué au Times of Israel que Macron voulait dire que le Hamas ne gouverne pas la Cisjordanie. C’est exact : l’Autorité palestinienne administre une partie du territoire et le Hamas n’y exerce pas le pouvoir qu’il a détenu à Gaza. Mais gouverner, recruter, financer ou préparer des attentats sont des choses différentes. Si le président voulait parler du gouvernement palestinien, pourquoi a-t-il choisi un verbe qui nie l’action d’une organisation armée ? La rectification officieuse souligne précisément ce qui manque à sa formule publique.
La déclaration qui change la lecture de la sécurité israélienne
La conséquence dépasse une erreur de vocabulaire. Si l’on décrit la Cisjordanie comme un territoire où le Hamas n’a jamais agi, toute mesure israélienne de sécurité peut paraître dépourvue de motif. Il devient alors plus facile de condamner indistinctement les opérations visant des cellules armées et les abus réels commis contre des civils palestiniens. Or la critique des abus gagne en crédibilité lorsqu’elle distingue ces situations. En supprimant une menace documentée, Macron affaiblit aussi la précision nécessaire pour juger l’action d’Israël.

Cette question rejoint celle que nous avons déjà examinée dans Le piège n’est pas la paix, c’est l’aveuglement : ce qu’Israël savait déjà. L’article porte précisément sur la nécessité de ne pas confondre volonté de paix et abandon de la vigilance stratégique.
On peut soutenir qu’une occupation prolongée, l’extension des implantations et la violence de certains colons nourrissent l’instabilité et compromettent la perspective d’un accord politique. Ces arguments exigent d’être examinés. Ils n’annulent pas l’existence du Hamas ni la responsabilité de protéger les civils contre les attaques. Un chef d’État qui prétend contribuer à une solution doit tenir ensemble ces réalités, surtout devant une assemblée où chacune de ses phrases sert ensuite d’argument diplomatique.
La dimension française rend cette négligence plus grave. Netanyahou a présenté Shukrun comme un citoyen français ; une confirmation consulaire publique serait souhaitable. En France, le ministère de l’Intérieur indique que les actes antisémites ont représenté 53 % des faits antireligieux recensés en 2025. Rien ne permet d’attribuer ces actes à cette phrase de Macron, prononcée bien plus tard. Mais lorsqu’une famille juive française voit la violence qu’elle subit disparaître du raisonnement présidentiel, sa défiance n’a rien d’irrationnel. La parole d’État doit protéger aussi la possibilité de nommer précisément les victimes et leurs agresseurs.
L’Iran et la cohérence du regard
Cette exigence vaut également face à Téhéran. Une mission d’enquête des Nations unies conclut que la répression des manifestations commencées fin 2025 a comporté des meurtres, des tortures et d’autres crimes contre l’humanité. L’organisation HRANA avait vérifié au moins 7 005 morts au 12 février 2026, avec plus de 11 000 autres cas encore examinés. Le bilan réel pourrait être supérieur. Je ne peux pas confirmer les chiffres de 50 000 ou 80 000 morts avancés ailleurs. La violence du régime est suffisamment attestée pour qu’on n’ait pas besoin de gonfler un bilan incertain.
Le reproche adressé à Macron n’exige donc ni de deviner ses sentiments envers Israël ni de lui prêter une haine que les faits ne démontrent pas. Il porte sur une responsabilité plus vérifiable et, à ce titre, plus accablante : à la tribune des Nations unies, il a énoncé une fausseté qui retire à des victimes et à une menace leur place dans son analyse. Qu’il corrige publiquement sa phrase, reconnaisse l’activité du Hamas en Cisjordanie et dise clairement ce qu’il sait de la mort de Netanel Shukrun. La diplomatie française peut défendre les droits des Palestiniens sans perdre les faits qui permettent de défendre aussi les vies israéliennes.

La justice, la justice tu poursuivras (צדק צדק תרדף) (Deutéronome 16,20) : on ne poursuit pas la justice en rayant du tableau les menaces qui pèsent sur les Juifs. Le Tana Avtalion prévenait déjà les sages :
« חכמים היזהרו בדבריכם »
« Sages, prenez garde à vos paroles » (Pirqé Avot 1,11), parce qu’une parole d’autorité peut transmettre bien plus qu’une erreur.
Rabban Chimon ben Gamliel faisait tenir le monde sur la justice, la vérité et la paix (Pirqé Avot 1,18) ; la paix perd son sens lorsque la vérité des victimes devient négociable. Ceux qui camouflent leur hostilité envers les Juifs dans les usages de la diplomatie n’obtiennent pas de brevet de vertu à force d’employer le mot équilibre. À cette hypocrisie, il faut opposer une exigence simple : que les chancelleries nomment le Hamas là où il agit, au lieu d’imposer aux familles endeuillées une géographie commode du terrorisme.