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Bipeurs du Hezbollah : comment Israël a déjoué l’alerte avant l’explosion

par Rav Meïr Hazan, Mardi 29 Septembre 2026

Le Hezbollah croyait ses bipeurs sûrs. En août 2024, leur examen menace de révéler le piège avant la détonation. Israël mène alors une bataille invisible pour conserver l’avantage. Les révélations d’aujourd’hui éclairent le véritable enjeu de l’opération.

Bipeurs du Hezbollah : comment Israël a déjoué l’alerte avant l’explosion

Le Hezbollah croyait ses bipeurs sûrs. En août 2024, certains appareils sont examinés : le piège israélien risque d’être découvert avant la détonation. Israël doit empêcher l’adversaire de comprendre ce qui se prépare tout en préservant l’effet de surprise. Les explosions de septembre n’en montrent que l’issue. L’objectif était de retourner contre le Hezbollah son propre système de communication, choisi pour échapper à la surveillance israélienne, alors qu’il tirait sur le nord du pays. Comment cette mission a-t-elle failli basculer ?

Un partisan du Hezbollah en pleurs cachant son visage sous des drapeaux jaunes, illustrant la détresse du mouvement après l'attaque des beepers
La détresse et le désarroi s'emparent des rangs du Hezbollah après l'attaque simultanée des pagers au Liban, marquant un tournant sécuritaire sans précédent pour l'organisation.

Août 2024 : l’opération a failli être découverte avant l’explosion

Les bipeurs explosent le 17 septembre 2024 ; les radios, le lendemain. Deux ans plus tard, des propos de l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, recueillis auparavant mais retenus par la censure militaire, sont rendus publics. Dans son entretien à la chaîne israélienne 12, il situe le premier signal d’alerte au début d’août : quelqu’un, au Hezbollah, aurait commencé à soupçonner les appareils. Selon lui, Israël l’a éliminé en frappant aussi une autre personne, afin que le motif précis ne soit pas compris. Des bipeurs étant examinés et du matériel de contrôle arrivant au Liban, l’opération risquait d’être éventée.

Un récit publié par Ynet ajoute que des équipements destinés à vérifier les bipeurs ont été détruits avec d’autres cibles. Benyamin Netanyahou avait évoqué en 2025 des appareils envoyés en Iran pour examen et la destruction d’un scanner. Ces éléments proviennent de responsables israéliens : l’identité de l’homme abattu et le détail des frappes ne sont pas vérifiables indépendamment dans les documents publics. Il serait donc trompeur de présenter chaque étape comme établie par une enquête extérieure.

Benjamin Netanyahu s'exprimant avec fermeté à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies à New York.
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à la tribune lors de l'Assemblée générale des Nations unies, au cœur d'une séquence diplomatique tendue et très polarisée.

Gallant livre surtout une information stratégique : les radios piégées devaient constituer le volet principal, mais le risque de découverte des bipeurs a précipité leur activation. La plupart des radios étaient encore entreposées lorsqu’elles ont explosé le 18 septembre. Les responsables israéliens ont donc choisi d’agir tant que leur accès au dispositif du Hezbollah restait intact, au prix d’un effet moindre sur les radios. Notre analyse de la mort de Nasrallah et de la persistance du Hezbollah montre pourquoi ces coups ne dispensent pas d’empêcher la reconstitution de ses forces.

Israël affronte un Hezbollah dont la violence dépasse ses frontières

Le Hezbollah ne se réduit ni à la défense du territoire libanais ni à un appareil politique ordinaire. Soutenu, équipé et formé par l’Iran, engagé dans la guerre de Syrie aux côtés du régime Assad, il a ouvert le 8 octobre 2023 un front contre Israël. Ses tirs ont provoqué l’évacuation de dizaines de milliers d’habitants du Nord. La résolution 1701 prévoit entre la Ligne bleue et le Litani une zone sans forces ni armements autres que ceux de l’État libanais et de la mission de l’ONU. Cette exigence n’a pas empêché la présence armée du Hezbollah près de la frontière.

Le bilan de ses réseaux hors d’Israël interdit l’amnésie. En 1983, l’attentat contre l’ambassade américaine de Beyrouth ; caserne des Marines, que les archives diplomatiques américaines rattachent à des militants chiites liés à l’Iran, 241 militaires. Le même jour, 58 parachutistes français. En 1985, le détournement du vol TWA 847, durant lequel le plongeur américain Robert Stethem est assassiné ; il décrit l’un d’eux comme membre présumé du Hezbollah. Michel Seurat, chercheur français enlevé au Liban par une organisation affiliée au Hezbollah, meurt en captivité. Le l’attentat de l’AMIA à Buenos Aires, qui fait 85 morts en 1994 ; il documente aussi des préparatifs ou stocks d’explosifs découverts à Chypre et à Londres. Il s’agit d’accusations judiciaires pour cette personne, non d’une condamnation définitive.

Montage en fondu évoquant les attentats de Beyrouth, le détournement du vol TWA 847, les otages au Liban et l’attentat de l’AMIA.
Illustration générée par IA pour les besoins de cet article. Elle évoque plusieurs attentats et prises d’otages liés au Hezbollah, notamment les attaques contre les Marines américains et les parachutistes français à Beyrouth
en 1983.

Ces hauts faits, pour employer l’expression que leur barbarie rend insupportablement ironique, montrent pourquoi l’affaire concerne aussi Paris, Washington et l’Europe. Ils ne prouvent pas, en revanche, que les bipeurs ont empêché un attentat précis sur le sol européen. L’enquête d’Univers Torah sur les cibles juives de réseaux liés à l’Iran en Europe expose une menace voisine, sans confondre ces réseaux avec chaque opération du Hezbollah.

On demande à Israël de patienter, mais qui arrêtera le Hezbollah ?

En septembre 2024, les habitants du nord d’Israël ne débattaient pas d’un risque théorique : des dizaines de milliers d’entre eux avaient quitté leur foyer après des mois de tirs. À la réunion du Conseil de sécurité du 20 septembre 2024, la France a réclamé la désescalade. Mais après des années sans désarmement du Hezbollah au sud du Litani, demander de la retenue à Israël sans indiquer comment mettre fin aux tirs revient à lui laisser le coût quotidien de l’attente. La décision de protéger ces habitants appartient d’abord à leur État : elle ne naît pas d’une approbation accordée à Washington, à Paris ou à l’ONU.

Les chancelleries redoutent une guerre régionale et les conséquences pour le Liban ; ce calcul mérite d’être pris au sérieux. Il ne remplace pas un plan capable d’éloigner les combattants, les missiles et les réseaux de commandement de la frontière. Les explosions de bipeurs ont aussi tué des civils et provoqué des blessures dans des lieux publics : leurs effets doivent être examinés avec précision. Cette exigence vaut également pour ceux qui réclament l’inaction à Israël : quels moyens concrets ont-ils employés pour empêcher le Hezbollah de continuer à tirer ?

Affluence de foule et ambulances devant l'hôpital universitaire américain de Beyrouth après l'attaque des beepers attribuée à Israël au Liban.
Mouvement de foule et présence massive d'ambulances devant l'hôpital au Liban à la suite de l'attaque des beepers orchestrée par Israël, submergeant les services d'urgence de blessés.

Gallant raconte qu’en octobre 2023, à propos d’une vaste offensive contre le Hezbollah, le conseiller américain Jake Sullivan lui avait opposé un refus. Son témoignage éclaire le prix d’un désaccord sur le moment d’agir ; il ne démontre pas un veto général des présidents Obama ou Biden contre toute élimination ciblée. Israël doit pouvoir juger la menace sur son territoire sans que la peur de déplaire à un allié tienne lieu de stratégie. Notre analyse du prix politique des alliances examine une autre expression de cette tension.

L’Europe condamne les armes du Hezbollah ; Israël affronte leur usage

La liste antiterroriste de l’Union européenne vise la branche militaire du Hezbollah, y compris son organisation de sécurité extérieure. En mars 2026, la diplomatie française a demandé explicitement que le Hezbollah cesse ses opérations et remette ses armes, tout en exigeant aussi d’Israël la fin de ses frappes massives. Paris sait donc nommer le problème. Tant que les armes demeurent, les Israéliens en supportent pourtant les effets immédiats. Qui vérifie le désarmement, qui interrompt les flux financiers et d’armes, et que vaut une obligation proclamée lorsqu’elle n’est pas suivie d’effet ?

Israël agit d’abord pour ses citoyens ; c’est la responsabilité de tout État. En affaiblissant un appareil qui dispose aussi d’une organisation extérieure, il peut également réduire une menace pour d’autres pays. Aucune preuve publique ne permet de prétendre que chaque agent neutralisé au Liban préparait une cellule à Paris. La DGSI attribue les attaques contre Charlie Hebdo à Al-Qaïda et celles du 13 novembre 2015 à l’État islamique : confondre ces organisations avec le Hezbollah serait une erreur. La question utile est celle des réseaux réellement liés à l’Iran, de leur financement et de l’application de la résolution 1701. Elle prolonge notre dossier sur les arsenaux du Hezbollah et les appels français au cessez-le-feu.

Face à celui qui vient tuer, la Torah refuse l’attente passive

La Torah interdit de rester passif devant le sang d’autrui (Vayikra 19, 16). Le Rambam en tire le devoir de secourir celui que l’on peut sauver (Hilkhot Rotséa’h OuChemirat haNéfech 1, 14). La Guemara reconnaît la défense face à celui qui vient tuer (Sanhédrin 72a). Ces textes ne livrent pas un verdict juridique sur les bipeurs ; ils éclairent la faute que peut constituer une attente imposée à ceux dont les vies sont menacées. La protection des innocents demeure une exigence jusque dans l’action défensive.

Les familles du nord d’Israël ont droit à une sécurité qui se mesure chez elles, loin des abris et des évacuations. Ses alliés ne peuvent exiger qu’il patiente sans obtenir le retrait des forces qui tirent depuis le Liban. S’ils voient dans le Hezbollah une menace internationale, ils doivent en démanteler les réseaux et rendre ses armes inutilisables. Israël doit défendre ses citoyens et examiner sans complaisance les dommages causés aux innocents. Les bipeurs ont révélé sa capacité d’action ; la prochaine épreuve sera d’empêcher que le Hezbollah reconstitue l’appareil qui a rendu cette action nécessaire.