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7 octobre à Be’eri : le Chéma Israël qui a ouvert une porte

par Rav Aharon Bieler, Lundi 5 Octobre 2026

À Be’eri, El’hanan et Mena’hem Kalmanzon, avec leur neveu Itiel Zohar, évacuent des habitants sous les tirs. Pour convaincre une femme terrifiée d’ouvrir sa pièce sécurisée, Mena’hem récite le Chéma Israël. Le récit de leur mission, poursuivie jusqu’au 8 octobre, repose sur les témoignages des sauveteurs et des rescapés.

7 octobre à Be’eri : le Chéma Israël qui a ouvert une porte
Illustration évoquant le sauvetage d’habitants de Be’eri par l’équipe El’hanan, à la porte d’une pièce sécurisée dans une habitation endommagée par l’attaque. Image générée par la IA.

La femme entend quelqu’un derrière la porte de sa pièce sécurisée. L’homme se présente comme un soldat israélien, donne son nom, indique qu’il vient d’Otniel. Elle ne lui ouvre pas. À Be’eri, ce 7 octobre 2023, une voix parlant hébreu ne suffit plus à rendre confiance.

Mena’hem Kalmanzon est pourtant venu pour la sauver. Son frère El’hanan et leur neveu Itiel Zohar sécurisent les abords de la maison. À l’intérieur, il lui faut encore convaincre une habitante terrifiée que ceux qui frappent sont bien des sauveteurs. Il racontera cette rencontre bien après les faits, lorsqu’il pourra mettre des mots sur les heures passées à chercher des vivants dans le kibboutz.

Ils quittent la fête pour rejoindre ceux qui appellent

Le matin du 7 octobre, Israël célèbre Sim'hat Torah. Les informations qui circulent révèlent bientôt une attaque d’une ampleur inhabituelle. El’hanan Kalmanzon décide de partir vers le sud. Mena’hem, son frère cadet, le contacte et lui demande s’il doit l’accompagner. La réponse est affirmative : il faut venir rapidement.

Dans son témoignage pour l’émission Giborim de Keshet 12, diffusé en novembre 2023, Mena’hem précise qu’il se trouvait alors avec sa famille à Retamim, dans le Néguev. Les deux frères se retrouvent à Otniel, revêtent leurs uniformes et prennent leurs armes. Ils appartiennent à l’équipe locale de sécurité. Leur neveu Itiel les rejoint ensuite à Be’eri.

La fête de la joie de la Torah a basculé. Les frères savent qu’une catastrophe est en cours, mais ils ignorent encore ce qu’ils vont trouver. Arrivés aux abords de Be’eri, ils découvrent des véhicules atteints, des morts, des combats. Des personnes ont réussi à sortir. Leurs proches sont toujours à l’intérieur.

Mena’hem Kalmanzon à Beit HaNassi, à Jérusalem, le 3 décembre 2023, lors d’une rencontre autour d’un rouleau de Torah destiné à Be’eri. Portrait postérieur au sauvetage. Crédit : Haïm Zach / Government Press Office of Israel.

Sortir des habitants, puis retourner en chercher

Les frères trouvent un véhicule protégé contre les tirs d’armes légères. Ils l’utilisent pour transporter des habitants jusqu’à la sortie du kibboutz. Les demandes se succèdent : une famille reste enfermée, un voisin ne répond plus, quelqu’un a envoyé un appel au secours.

Chaque retour au portail apporte donc une nouvelle destination. Il faut circuler entre les maisons alors que des soldats et des terroristes se battent encore, localiser ceux qui ont demandé de l’aide, entrer, puis faire monter les rescapés dans le véhicule. Avec Itiel, les deux frères répètent ces trajets pendant de longues heures.

Ils ne connaissent pas les lieux comme les habitants. Les indications parlent d’une maison après le jardin d’enfants, d’un tournant, d’un voisin. Mena’hem expliquera combien cette recherche est difficile. Certains appels sont devenus trop anciens : lorsque les sauveteurs arrivent, les personnes qu’ils espéraient retrouver sont déjà mortes.

Dans d’autres maisons, des habitants sont encore en vie. Mais atteindre leur abri ne suffit pas. Après avoir entendu les assaillants dans leur propre logement, ils craignent que l’appel à ouvrir soit un piège. Pour sauver une vie, les trois hommes doivent aussi réussir à être reconnus.

Les six mots qu’elle reconnaît

C’est dans l’une de ces maisons que Mena’hem se heurte à une porte qui reste fermée. Dans son récit livré à Pittsburgh en avril 2025, il décrit une femme qui lui demande de continuer à parler. Elle veut entendre son hébreu, son accent. Son nom et les indications qu’il donne ne peuvent, à eux seuls, dissiper la peur.

Il évoque les fêtes juives qui viennent de s’écouler. La femme hésite toujours. Alors il prononce à voix forte le premier verset du Chéma : « Chéma Israël, Hachem Elokénou, Hachem E’had. »

La porte s’ouvre. Selon son témoignage, la femme se met à pleurer. Il la réconforte, puis l’aide à rejoindre le véhicule avec sa sœur. Toutes deux sont évacuées.

Ce verset de Devarim 6,4 affirme l’unité d’Hachem. Pour approfondir la place du Chéma dans la vie juive, on peut consulter la présentation de Chabad.org. À cette porte, les mots ont aussi permis une reconnaissance : un Juif est venu chercher d’autres Juifs.

Mena’hem retrouvera la rescapée lors d’une rencontre organisée à Hanouka. Il lui expliquera alors qu’en récitant le Chéma, il cherchait à lui faire comprendre qui il était et pourquoi il était là. Dans cette évocation, la fraternité d’Israël prend les traits d’un homme qui attend qu’une porte s’ouvre pour conduire deux femmes hors du danger.

Une famille enfermée dans une maison en feu

Le sauvetage de la famille Fricker donne une autre mesure de cette mission. Dans l’émission de Keshet 12, Rachel Fricker et ses enfants racontent les tirs dans leur maison, puis la longue attente à l’intérieur du mamad, la pièce renforcée conçue pour protéger les habitants.

Parmi eux se trouve une femme enceinte dont le terme est dépassé. Lorsque la maison brûle, la fumée pénètre dans l’abri et la porte devient brûlante. La famille doit empêcher la fumée d’entrer davantage, tout en redoutant ce qui l’attend dehors.

Les Kalmanzon arrivent jusqu’à eux. Là encore, les habitants hésitent à ouvrir : ils ont été avertis que des terroristes peuvent parler hébreu. Les sauveteurs parviennent finalement à les faire sortir. Le témoignage de cette famille apporte au récit celui des personnes secourues, avec leurs propres souvenirs de l’attente et du danger.

Le matin revient, mais El’hanan ne rentre pas

Les heures de sauvetage se prolongent dans la nuit, puis jusqu’au lendemain. Le 8 octobre, lors d’une nouvelle intervention dans une maison, un terroriste tire sur El’hanan. Mena’hem est lui aussi blessé. Avec Itiel, il tente de secourir son frère.

El’hanan Kalmanzon meurt à 42 ans. La date du 8 octobre 2023 figure dans sa notice officielle du ministère israélien de la Défense. La petite équipe restera connue sous le nom de « Tsévet El’hanan », l’équipe El’hanan. En 2024, Mena’hem Kalmanzon et Itiel Zohar reçoivent le prix Israël dans la catégorie de la bravoure civile.

Les récits publics évoquent environ une centaine de personnes sauvées ; l’annonce du ministre de l’Éducation parle de dizaines d’habitants. Ce récit conserve cet ordre de grandeur sans en faire un décompte individuel certifié. Il s’appuie notamment sur les témoignages de Mena’hem et de la famille Fricker dans Giborim, Keshet 12, présentés par Mako le 20 novembre 2023, et sur le reportage d’Ariella Shternbach pour les informations de la chaîne 13, le 23 novembre 2023.

Le récit de Mena’hem rapporté par Adam Reinherz dans le Pittsburgh Jewish Chronicle du 25 avril 2025 permet de connaître l’épisode du Chéma. La notice officielle Yizkor d’El’hanan Meïr Kalmanzon et l’annonce du prix Israël par le ministre Yoav Kisch, le 19 mars 2024, établissent la date de sa mort et la reconnaissance accordée aux sauveteurs.

Ces témoignages et les documents conservés permettent de préserver la mémoire du 7 octobre. Ils rejoignent l’effort de collecte des archives de cette journée mené par la Bibliothèque nationale d’Israël. Au milieu de cette histoire, il reste une porte fermée, six mots reconnus et deux femmes que l’on a pu ramener vivantes.