Rav Aryeh Levin, le visiteur des oubliés de Jérusalem
À Jérusalem, Rav Aryeh Levin rend visite à des malades que la solitude tient à l’écart des autres. Les souvenirs transmis à son sujet racontent une présence fidèle et une attention concrète à ceux qui n’ont personne pour veiller sur eux. Une histoire réconfortante sur la bonté et la foi vécue au quotidien.

Près du Mur occidental, à Jérusalem, une mère en larmes parla à Rav Aryeh Levin de son fils, atteint de la lèpre et hospitalisé. Le rabbin décida de lui rendre visite. Ce souvenir, rapporté par Aviva et Shmuel Bar-Am, commence par la souffrance d’une famille.
La maladie peut éloigner une personne de son foyer et de ses habitudes, jusqu’à rendre les journées difficiles à partager avec ceux qui lui sont chers. Une visite permet de renouer ce lien : quelqu’un prend le temps de venir, d’écouter et de s’intéresser à ce qui se passe. Pour Rav Aryeh Levin, la peine entendue près du Mur allait devenir le point de départ d’un engagement durable.
Une porte s’ouvre sur douze vies
En se rendant auprès du fils, le rabbin découvrit douze patients juifs. Ceux-ci recevaient très peu de visites. Selon le récit, ils se réjouirent de sa venue. La démarche entreprise pour une famille l’avait conduit vers plusieurs malades isolés.

Le Bikour Holim, la mitsva de visiter les malades, accorde une place essentielle à cette présence. L’attention portée à une personne malade passe par des gestes simples : lui demander de ses nouvelles, respecter sa fatigue, écouter ce qu’elle souhaite confier. Chacun peut y apporter quelque chose de personnel. Le temps donné devient alors une manière de rappeler au malade qu’il garde sa place parmi les autres.
Un lien qui se construit au fil des visites
Rav Aryeh Levin décida de revenir chaque semaine. Il lisait des passages de la Bible et s’entretenait avec les patients. Cette première visite ouvrit ainsi un lien qui allait se prolonger.
La fidélité donne une profondeur particulière à une intention généreuse. Il est facile de penser à quelqu’un, de souhaiter l’appeler, puis de laisser passer les jours ; revenir demande de lui réserver une place dans sa vie. Ce récit nous invite à reconnaître cette dimension du Hesed, la bonté exercée envers autrui. Une bonté qui se traduit en actes peut prendre la forme discrète d’un rendez-vous auquel on reste fidèle.
Le malade qui devint un proche
Un autre souvenir, transmis par son fils et recueilli par Simcha Raz, éclaire cette attention aux personnes seules. Au cours d’une visite dans un hôpital psychiatrique, Rav Aryeh Levin remarqua un patient maltraité. D’autres malades lui expliquèrent que cet homme n’avait pas de famille pour veiller sur lui ou protester contre les mauvais traitements.
Le rabbin se présenta alors auprès du personnel comme un parent de ce patient. Par la suite, il continua de venir le voir et lui apportait de petits cadeaux. Le malade avait désormais quelqu’un qui se rendait auprès de lui. Ce geste montre jusqu’où pouvait aller son souci d’offrir une protection à celui que personne ne venait défendre.
Une foi qui fait de la place à l’autre
Ces souvenirs donnent un visage concret à la responsabilité envers autrui. Une personne reste digne d’attention lorsqu’elle est malade, isolée ou incapable de demander de l’aide ; sa fragilité ne diminue jamais sa valeur. La réflexion sur l’amour qui grandit à travers le don prolonge cette idée : se rendre disponible peut approfondir un lien, parfois même le faire naître. La bonté ouvre ainsi une relation là où la solitude avait pris toute la place.
Pour un lecteur juif, cette histoire peut nourrir la foi en rapprochant le service d’Hachem, Dieu, des gestes de chaque jour. Visiter un malade, prendre des nouvelles avec attention ou aider une personne à ne plus se sentir oubliée donne un contenu concret à cet engagement. La Torah se transmet aussi par un exemple qui accompagne les paroles. Un enfant qui voit un adulte consacrer du temps à quelqu’un découvre une manière vivante de prendre soin d’autrui.
Un souvenir qui peut trouver une suite
La mémoire des lieux permet de prolonger cette rencontre avec le passé. L’exposition historique de la maison Hansen présente l’histoire de l’ancien établissement de soins, avec des objets personnels et du mobilier conservés. Ces traces matérielles rappellent que les malades avaient une existence, des habitudes et des liens au-delà de leur maladie. Elles offrent un prolongement à la découverte du Jérusalem dans lequel Rav Aryeh Levin rendait ses visites.
L’épisode de la mère et des visites hebdomadaires est rapporté par Aviva et Shmuel Bar-Am dans Learn about Reb Aryeh, the “Prisoners’ Rabbi” of pre-state Israel who visited lepers, publié dans le Times of Israel le 9 mars 2024. Le témoignage du fils figure dans A Tzaddik in Our Time: The Life of Rabbi Aryeh Levin, de Simcha Raz, chez Feldheim, édition de 1977, pages 129-130 ; l’extrait est repris dans la collection On1Foot sur Sefaria. Ces récits de mémoire ne permettent pas de dater précisément les rencontres, mais ils transmettent des gestes et une fidélité.
Leur suite peut commencer modestement, par une visite convenue ou un appel auquel on donne toute son attention. Nous n’avons pas besoin d’attendre des circonstances exceptionnelles pour offrir un peu de notre temps. Dans le souvenir de Rav Aryeh Levin, ce temps donné rappelle une chose réconfortante : chacun peut contribuer à rendre la journée d’une autre personne plus accueillante.