Rav Steinman : Une vision qui dépasse l'entendement

Rabbi Aharon Yehuda Leib Steinman (1914-2017) a dirigé le monde orthodoxe jusqu'à l'âge de 104 ans. Sa vie était un paradoxe : il vivait dans un minuscule appartement délabré à Bnei Brak, dormait sur un matelas de campement, mais ses décisions influençaient des gouvernements et des millions de personnes à travers le monde.


La Clairvoyance du Sage


On attribue au Rav Steinman une forme de "vision claire" (Da'ate Torah), une intuition qui dépassait l'analyse logique.


Un jour, un homme d'affaires vint le consulter pour un investissement majeur qui semblait, sur le papier, infaillible. Tous les experts avaient donné leur feu vert.


Le Rav l'écouta, ferma les yeux un instant, puis lui dit simplement :



« Ne fais pas cette transaction. Quelque chose ne va pas avec les fondations. »



L'homme, perplexe, pensa que le Rav parlait des fondations financières. Il fit d'autres audits, tout semblait parfait. Mais par respect, il se retira du projet.


Quelques mois plus tard, le bâtiment en question s'effondra littéralement lors de sa construction à cause d'un défaut structurel majeur caché dans le sol. Le Rav n'était jamais sorti de sa chambre d'étude, mais il avait "vu" le danger.


Le Miracle de la Vitalité


Le plus grand prodige de la vie du Rav Steinman était sans doute sa propre existence. Les médecins qui l'examinaient ne comprenaient pas comment un homme qui mangeait à peine l'équivalent d'un petit morceau de pain et quelques légumes par jour pouvait avoir une activité cérébrale aussi intense 20 heures sur 24, comme en témoigna un jour l'un de ses médecins personnels :



« Il ne vit pas selon les lois de la biologie, mais selon la force de sa volonté spirituelle ».



Sa longévité et sa lucidité totale jusqu'à son dernier souffle sont restées pour beaucoup le signe qu'un homme totalement détaché du monde matériel peut s'affranchir, en partie, des limites physiques imposées à la nature humaine.


Cette perception qui semblait défier les lois de la physique chez le Rav Steinman s'enracine dans ce que le Talmud appelle l'Ich HaÉlo-him - L'Homme de D-ieu (Dévarim Rabba 11, 4).


Le Tsadik devient un pont entre les mondes et ne voit plus avec ses yeux de chair, mais avec la clarté de celui qui s'élève au-dessus de la condition humaine.


C'est ce que le Talmud (Moed Katan 17a) exprime en le comparant à "un ange de l'Éternel".  


L'analogie avec l'ange (מלאך) rejoint celle de Ich HaÉlo-him. Un ange n'a pas de volonté propre, il est une mission incarnée. De même, les grands rabbanim sont perçus comme ayant totalement annulé leurs désirs personnels. C'est cette "transparence" qui permet la vision surnaturelle. Puisqu'il n'y a plus d'égo donc plus d'écran entre l'homme et la source divine, la vérité coule sans filtre.


Son intuition n'est plus humaine, elle est le reflet d'une Torah devenue indissociable de son être.