Le plus grand des miracles de Baba Salé

Le dilemme 


Dans la ville de Budnib, au Maroc, la communauté juive faisait face à une épreuve. L'ancien mikvé, très vieux, était devenu inutilisable. 


Des tensions existaient entre le ministère français et le gouvernement marocain, et l'armée française avait installé son campement tout autour du fleuve. Les femmes de Taroudant ne pouvaient plus se rendre au fleuve par manque de discrétion (Tsnioute) à cause du campement militaire.


Rabbi Yisrael Abuhatzeira (Baba Salé) a immédiatement décrété qu'il fallait agir. Il ordonna que l'on abandonne tout le reste pour se consacrer à l'édification d'un mikvé magnifique. Les ouvriers arrivèrent et se mirent à l'œuvre immédiatement. En deux mois, ils terminèrent toute la construction. C'était un mikvé splendide. Tout était prêt, mais une fois terminé, il y avait un problème : nous étions à la fin du mois de Tammouz.


Vous rendez-vous compte ? La chaleur de Tammouz au Maroc, et le mikvé est vide. On voyait ce mikvé magnifique, mais le soleil brillait ardemment. Baba Salé se tint à l'extérieur, sous le soleil radieux, et dit :



« Maître du Monde, nous avons fait ce qui nous incombait, nous avons construit et préparé. À présent, c'est à Toi d'agir. »



À peine eut-il dit cela, que les cieux s'obscurcissent de nuages ! Le soleil s'est caché, il a fui, les cieux se sont couverts de nuages et une pluie de bénédiction s'est mise à tomber, remplissant ce magnifique mikvé. C'était inouï, car en Tammouz, ce n'est ni la saison des pluies, ni le moment habituel.


Cependant, après que le mikvé fut rempli, ils firent venir Baba Salé. Il y avait un petit robinet d'où l'eau avait coulé pour descendre dans le mikvé. Or, ce robinet rendait le mikvé invalide selon l'avis de Rabbi Yehouda Ayache (le Béit Yehouda). C'était un point de loi strict.


On lui dit : « Mais c'est un miracle ! Vous avez fait un miracle pour l'eau, que faire maintenant ? »
Baba Salé répondit :



« Je ne trancherai pas contre l'avis de Rabbi Yéhouda Ayache. »



Il appela les ouvriers et leur ordonna de vider entièrement le mikvé. Videz tout ! Imaginez leur réaction... Une fois le mikvé vidé, il se tint debout et dit :



« Rabbi Yehouda, nous avons suivi ton avis, nous n'avons pas agi contre toi. Nous avons respecté ta décision. Maintenant, monte là-haut [au Ciel] et apporte-nous la pluie ! »



Et à nouveau, une pluie de bénédiction tomba et remplit le mikvé. Quel miracle ! Qui peut accomplir une telle chose ? Seul le Prophète Chemouel avait ce pouvoir. Où voit-on de telles choses ?
Seul Baba Salé en était capable !


La loi de la Torah avant tout


Cette histoire illustre parfaitement le principe talmudique selon lequel le Tsadik a le pouvoir de modifier la nature, mais reste l'esclave de la Torah.


Le texte de référence se trouve dans le Talmud de Jérusalem (Taanit 3:10) et le Talmud de Babylone (Taanit 23a) concernant Honi HaMeaguel (Honi le Traceur de cercles). Lorsque le peuple manquait d'eau, Honi traça un cercle et jura de n'en pas bouger tant que D-ieu n'enverrait pas la pluie.



"Il dit devant Lui : Maître du Monde, Tes enfants ont tourné leurs visages vers moi car je suis comme un fils de la maison devant Toi. Je jure par Ton Grand Nom que je ne bougerai pas d'ici jusqu'à ce que Tu aies pitié de Tes enfants." (Michna Taanit 3, 8)
"אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, בָּנֶיךָ שָׂמוּ פְנֵיהֶם עָלַי, שֶׁאֲנִי כְבֶן בַּיִת לְפָנֶיךָ. נִשְׁבָּע אֲנִי בְשִׁמְךָ הַגָּדוֹל, שֶׁאֵינִי זָז מִכָּאן, עַד שֶׁתְּרַחֵם עַל בָּנֶיךָ."



Tout comme Honi, Baba Sali utilise son statut de "fils de la maison" (proche de D-ieu) pour exiger la pluie. Cependant, l'originalité de Baba Sali ici est de soumettre le miracle à la Halakha.


Il préfère renoncer à un miracle déjà accompli plutôt que de laisser planer un doute sur la validité rituelle du mikvé, suivant le verset :



« Ta parole est une lampe à mes pieds, et une lumière sur mon sentier. » (Psaumes 119:105)
נֵר-לְרַגְלִי דְבָרֶךָ; וְאוֹר, לִנְתִיבָתִי



C'est la démonstration que la "parole divine" (la Halakha) guide chaque pas de Baba Sali. Bien que le miracle (la pluie) soit éclatant comme le soleil, il refuse de s'y fier aveuglément. Il préfère l'application de la loi stricte (l'avis de Rabbi Yehouda Ayache) pour s'assurer que le chemin emprunté par la communauté est parfaitement pur, prouvant que la volonté de D-ieu se trouve dans le détail de Sa loi plus que dans le spectaculaire en l'occurrence, le miracle.


Témoignages et Authenticité


Ce récit est un pilier de la mémoire collective des Juifs du Tafilalet et de Budnib. Le Rav Ovadia Yossef lui-même, symbole de la rigueur législative, racontait cette histoire pour montrer que la grandeur d'un homme ne réside pas dans sa capacité à faire tomber la pluie, mais dans sa crainte du Ciel (Yirate Chamayim) qui le pousse à vider un bassin miraculeux par respect pour un code de loi.