La semence de la joie : le Hafets Haïm et le miracle du repas de Pourim

À travers un épisode marquant de la vie du Hafets Haïm, cet article explore comment un simple geste de partage durant Pourim peut semer les graines d'un salut inattendu. Il illustre la patience divine qui attend l'éveil de la générosité humaine pour manifester Sa protection.


Le partage qui sauve la ville


Dans la petite ville de Radin, pendant les années de famine, la communauté était épuisée. À l'approche de Pourim, beaucoup pensaient qu'il était impossible de célébrer la fête dignement. Le Hafets Haïm (Rabbi Israël Meir Kagan) insista pourtant pour que chacun accomplisse les Michloa'h Manote (envois de colis alimentaires), même avec le peu qu'il possédait.


Un pauvre tailleur n'avait qu'un seul morceau de pain noir. Suivant le conseil du Rav, il le coupa en deux et en offrit la moitié à son voisin encore plus démuni que lui.


À ce moment précis, un convoi militaire qui passait par là "s'égara" miraculeusement dans le village et les soldats, pressés de partir, abandonnèrent une grande partie de leurs vivres sur la place du marché. La ville fut sauvée de la faim. Le Rav expliqua que c'est la "semence" de générosité du tailleur qui avait ouvert les vannes de la survie collective.


L'action qui génère la paix


Ce récit illustre l'essence de la fête décrite dans Esther (9, 22) :



« l'envoi de plats les uns aux autres et cadeaux aux pauvres. »
"מִשְׁלֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיוֹנִים"



L'acte comme semence


Le Hafets Haïm voyait dans les Michloa'h Manote bien plus qu'une tradition sociale. Le concept est que l'unité entre les hommes crée un réceptacle pour la protection divine. En semant un acte d'amour gratuit dans un moment de crise, l'homme force, en quelque sorte, la patience divine à se transformer en intervention immédiate.


Pourim prouve que lorsque nous agissons avec bonté les uns envers les autres, nous plantons une "semence" qui fleurit instantanément en justice favorable. Le miroir de D-ieu reflète alors l'unité que nous avons créée sur terre.


Ce récit est transmis dans les familles originaires de Radin et a été consigné par les biographes du Rav dans l'ouvrage Michtav Me-Éliyahou. Les témoins de l'époque soulignaient que le Hafets Haïm ne cherchait jamais à faire des miracles spectaculaires, mais qu'il montrait comment l'observance méticuleuse de la Mitsva (le commandement) porte en elle sa propre délivrance.
La survie du village cet hiver-là est restée dans les mémoires comme le "Pourim du pain noir".