Le réveil spirituel inattendu des générations Z et Alpha
Le dernier congrès de l’Association israélienne du marketing a mis en lumière deux chiffres qui redéfinissent la jeunesse israélienne de la période 2023-2024. D'un côté, 45 % des 12 à 25 ans (Générations Z et Alpha) témoignent d'un retour vers la tradition et la pratique religieuse, un chiffre en nette progression qui illustre une quête de racines face à l'instabilité géopolitique.
De l'autre, une saturation technologique sans précédent : 82 % de ces natifs du numérique déclarent vouloir s'éloigner des réseaux sociaux, cherchant dans le monde physique et les relations concrètes un refuge contre l'épuisement informationnel.
Le choc du 7 octobre
Sur le plan social, nous assistons à une réaction contre l'individualisme forcené des dernières décennies. Cette vanité est le pendant d'une gauche progressiste et universaliste qui pensait que la technologie et la modernité suffiraient à dissoudre les haines ancestrales. En constatant que ces valeurs progressistes se sont dissoutes face à la barbarie, la jeunesse répond par une réaffirmation d'appartenance.
45 % d'entre eux choisissent la tradition comme seul socle capable de résister. Le besoin de repères culturels et sociaux a interpellé la jeunesse israélienne. Celle-ci, marquée par la guerre, a compris que l'individu seul est vulnérable. Le choc du 7 octobre a agi comme un électrochoc, pulvérisant l'illusion d'une existence globale et sans frontières.
Le retour à la tradition (45 %) fonctionne comme un puissant ciment social. Il ne s'agit pas seulement de foi, mais de langage. En adoptant des codes communs, qu'il s'agisse des repas de Chabbate ou des fêtes, ces jeunes recréent un tissu communautaire tangible. Ils quittent l'isolement du Moi numérique pour rejoindre le Nous historique.
C'est à dire que face à l'incertitude et à l'isolement que peut générer le monde numérique, la tradition offre un cadre de rechange. Le smartphone et le portable isolent, tandis que la table de Chabbate rassemble, transformant une expérience solitaire en une appartenance historique.
Mécanisme de défense et reconstruction identitaire après le 7 Octobre
Ce besoin d'appartenance à un groupe qui partage une mémoire longue est une réponse directe à la fragmentation de la société moderne. Face à ceux qui ont voulu nier l'identité juive, la jeunesse répond par une immersion dans ses racines.
Le mécanisme psychologique de défense de cette jeunesse a été définit par la résilience et un sens.
L'incertitude chronique génère un stress post-traumatique collectif. Pour y faire face, l'esprit humain cherche des structures de stabilité. Psychologiquement, le traumatisme du 7 octobre a généré une quête de sens immédiate.
La tradition, les rites et les fêtes imposent un rythme régulier, offrant des points de repère fixes qui agissent comme des régulateurs émotionnels. Les psychologues observent que la quête de sens est le meilleur outil de prédiction de la résilience. En se tournant vers le sacré, ces jeunes ne cherchent pas une fuite, mais un cadre mental rigoureux qui leur permet de transformer la souffrance en mission.
Le rite devient un régulateur émotionnel qui offre un sentiment de contrôle et de pérennité dans un monde où tout peut basculer en un instant.
Le chiffre de 82 % concernant le rejet des réseaux sociaux marque la fin d'une lune de miel avec l'hyper-connexion. Ces générations sont les premières à subir une pollution mentale par excès d'information et de comparaison sociale. Ce que nous voyons est une forme d'autodéfense cognitive et pour protéger leur santé mentale, ces jeunes réclament un genre de reformatage de leur habitudes.
Ils privilégient la qualité sur la quantité, le silence sur le buzz, et la présence physique sur les likes.
Ce virage vers des expériences tangibles montre une maturité nouvelle : ils réalisent que la vie réelle se passe là où l'écran s'arrête. Là aussi c'est une conséquence du 7 octobre.
La vision de nos Sages
Le rapprochement vers la tradition ne peut être réduit à une simple réaction psychologique.
Pour le Rav Moché Shapira, maître de l'intériorité, le monde extérieur est celui du changement incessant, tandis que la Torah est la racine opérante. Le Rav enseignait que l'âme juive possède une étincelle qui ne peut trouver sa paix que dans l'éternité.
Pour traduire sa pensée dans les faits, en se tournant vers la religion, ces jeunes effectuent un retour à l'essence. Ils ne cherchent pas seulement un réconfort, ils cherchent la Vérité (אמת) là où le monde n'offre que du tumulte.
Le rejet massif des réseaux sociaux (82 %) résonnerait avec force dans l'enseignement du Rav Dessler. Dans son Discours sur le Don, il explique que le mal-être de l'homme provient de sa nature de Preneur (נטילה). Le monde virtuel est le monde de la saisie et de la prise par excellence. Ce monde accapare l'attention par l'image et le son.
Le Rav enseigne que le bonheur véritable ne se trouve que dans le Don (נתינה). En s'éloignant des écrans pour chercher des rencontres réelles, ces jeunes passent de la consommation narcissique à une existence de partage.
L'un des arguments les plus puissants de ce changement réside dans le récit des otages revenus de captivité. Plusieurs d'entre eux, pourtant issus de milieux laïcs ou proches de la gauche libérale, ont témoigné d'un basculement spirituel profond.
Enfermés dans l'obscurité des tunnels, privés de tout, c'est vers la prière, le Chéma' Israël ou le souvenir d'une bougie de Chabbate qu'ils se sont tournés pour survivre.
Ces témoignages de Téchouva (retour) dans l'adversité ont eu un impact foudroyant sur la jeunesse. Ils ont prouvé que lorsque tout est retiré, seule subsiste l'âme juive. Ces otages ne sont pas revenus avec des slogans politiques, mais avec une soif de valeurs éternelles que le progressisme avait fini par occulter.
Conclusion
D'un point de vue rationnel et pragmatique, ces données suggèrent un changement de paradigme pour la société israélienne de demain. Le 7 octobre a tragiquement rappelé qu'Israël ne peut subsister comme une simple start-up nation désincarnée.
Cette évolution montre que le modèle d'une société purement matérialiste et globale ne suffit plus à mobiliser la jeunesse en période de crise. L'intégration de la tradition (45 %) et la déconnexion numérique (82 %) indiquent la naissance d'un citoyen plus conscient, plus local et plus attaché à ses valeurs fondamentales.
Pour Israël, c'est une opportunité unique de renforcer sa cohésion nationale en puisant dans son héritage commun pour répondre aux défis psychologiques et technologiques du XXIe siècle. Le pays prépare une génération capable de concilier efficacité technologique et profondeur identitaire.
Ce n'est plus seulement une question de foi, c'est une stratégie de survie et de prospérité pour une nation qui a compris que sa force réside dans sa continuité.