Les trois piliers de la foi à travers les Dix Plaies d'Egypte

Les dix plaies d'Égypte et le cri d'unité du Chéma Israël sont un même sujet. Nous allons découvrir que la sortie d'Égypte n'était pas seulement une libération physique, mais le symbole des trois piliers de la foi (Existence, Providence, Unicité) qui constituent l'essence de la conscience juive quotidienne.

Le Récit : L'Éducation d'un Peuple

Dans la Hagada, Rabbi Yéhouda divise les dix plaies en trois groupes : DéTsaKh, ADaCh  BéAHa'haV (דצ"ך עד"ש באח"ב), qui sont les acronymes des dix plaies dans l'ordre : Sang, Grenouilles, Poux - Bêtes féroces, Peste, Ulcères Grêle, Sauterelles, Ténèbres, Morts des premiers nés.

On pourrait croire qu'il ne s'agit que d'un moyen mnémotechnique pour se rappeler l'ordre des plaies. En fait il révèle un plan pédagogique divin !

Pharaon en déclarant « Je ne connais pas l'Éternel », avait nié l'existence de D-ieu, Sa présence dans le monde et Sa puissance absolue.
Les plaies ne furent pas des punitions gratuites, mais une déconstruction systématique de l'athéisme et de l'idolâtrie. Ce processus culmine chaque jour pour le Juif lorsqu'il ferme les yeux pour proclamer le Chém'a Israël.

Le Premier Groupe (דצ"ך) : L'Existence de D-ieu

Plaies : Sang (Dam), Grenouilles (Tséphardéa), Poux (Kinim).

Ce premier cycle vise à prouver que D-ieu existe, contrairement à la vision de Pharaon qui se considérait comme le créateur du Nil. L'avertissement est donné avant la plaie du Sang.

 « Ainsi parle l’Éternel : Par ceci tu sauras que Je suis l’Éternel... » (Exode 7, 17)
כֹּ֚ה אָמַ֣ר ה' בְּזֹ֣את תֵּדַ֔ע כִּ֥י אֲנִ֖י ה֧'

Ici, le message est l'existence même d'une force transcendante. La plaie frappe le Nil, la divinité égyptienne, pour montrer que le Créateur est au-dessus de la création.

Le deuxième Groupe (עד"ש) : La Providence Divine (Hashga'ha)

Plaies : Bêtes féroces ('Arov), Peste bovine (Déver), Ulcères (Chekh'ine).

Il ne suffit pas de savoir que D-ieu existe ; il faut comprendre qu'Il est présent et qu'Il intervient dans le monde physique, distinguant Ses serviteurs de Ses ennemis. L'avertissement est donné avant la plaie des bêtes féroces.

 « ...afin que tu saches que Je suis l’Éternel au milieu du pays (au sein de la terre). » (Exode 8, 18)
לְמַ֣עַן תֵּדַ֔ע כִּ֛י אֲנִ֥י ה' בְּקֶ֥רֶב הָאָֽרֶץ

L'expression « au milieu du pays » souligne que D-ieu n'est pas un concept abstrait relégué aux cieux, mais qu'Il dirige les événements terrestres avec précision. La distinction faite entre la région de Gochèn (où vivaient les Hébreux qui ne furent pas frappés par les plaies) et le reste de l'Égypte durant cette plaie en est la preuve flagrante.

Le troisième Groupe (באח"ב) : La Toute-Puissance (Omnipotence)

Plaies : Grêle (Barad), Sauterelles (Arbé), Obscurité ('Hoshèkh), Mort des premiers-nés (Bé'horote).

Le dernier stade est de démontrer que D-ieu n'est pas seulement présent, mais qu'Il est Unique et sans limite. Rien, ni dans la nature ni dans les astres, ne peut s'opposer à Sa volonté. L'avertissement est donné avant la Grêle.

« ...afin que tu saches que nul n'est semblable à Moi sur toute la terre. » (Exode 9, 14)
בַּעֲב֣וּר תֵּדַ֔ע כִּ֛י אֵ֥ין כָּמֹ֖נִי בְּכָל־הָאָֽרֶץ

Ce groupe montre la maîtrise absolue de D-ieu sur les éléments les plus puissants tels que le ciel, le soleil, la vie et la mort. La dixième plaie, la mort des premiers-nés, vient sceller cette vérité en brisant le dernier rempart de la résistance de Pharaon.

L'analyse et la concordance avec le Chéma

Ce développement explore la convergence entre les dix plaies d'Égypte et le cri d'unité du Chém'a Israël. Il démontre que la sortie d'Égypte n'était pas seulement une libération physique, mais le fondement des trois piliers de la foi. A savoir, l'Existence, la Providence et l'Unicité, qui constituent l'essence de la conscience juive quotidienne.

Le Ram'hal (Rabbi Moché Haïm Luzzatto), dans son œuvre magistrale Da'ate Tévounote, explique que le but de la création est la révélation de l'Unicité Divine (Yi'houd HaChèm). Cette unité ne signifie pas seulement que D-ieu est "Seul", mais qu'Il est la seule force agissante.

Voici comment les trois groupes de plaies correspondent aux intentions (Kavanote) du premier verset du Chéma :

« Écoute Israël, l’Éternel est notre D-ieu, l’Éternel est Un. » (Deutéronome 6, 4)
שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה' אֱלֹהֵינוּ ה' אֶחָד

1) "Écoute Israël, l'Éternel..." (דצ"ך - L'Existence)

  • Le Concept : L'existence nécessaire. D-ieu est la source de tout ce qui est.
  • L'intention : En prononçant le nom de l'Éternel (Y-H-V-H), on médite sur le fait qu'Il est Maître de tout, qu'Il était, qu'Il est et qu'Il sera (Haya, Hove, Yihye).
  • Lien avec les Plaies : C’est le "Je suis l’Éternel" du premier groupe (Sang/Grenouilles/Poux) qui force la reconnaissance de Sa présence fondamentale. Comme il est dit:

 « Ainsi parle l’Éternel : Par ceci tu sauras que Je suis l’Éternel... » (Exode 7, 17)
כֹּ֚ה אָמַ֣ר ה' בְּזֹ֣את תֵּדַ֔ע כִּ֥י אֲנִ֖י ה֧'

2) "...notre D-ieu..." (עד"ש - La Providence)

  • Le Concept : Elo-hénou. Ce nom de D-ieu désigne la force et la direction.
  • L'intention: On médite sur le fait que D-ieu est "Puissant et Omniprésent". Il n'est pas un D-ieu lointain, Il est "Notre" D-ieu, impliqué dans chaque détail de l'histoire.
  • Lien avec les Plaies : C’est le "Au milieu du pays" (Bêtes féroces/Peste/Ulcères). D-ieu dirige la nature avec précision, distinguant Israël de l'Égypte. Comme il est dit:

 « ...afin que tu saches que Je suis l’Éternel au milieu du pays (au sein de la terre). » (Exode 8, 18)
לְמַ֣עַן תֵּדַ֔ע כִּ֛י אֲנִ֥י ה' בְּקֶ֥רֶב הָאָֽרֶץ

3) "...l'Éternel est UN" (באח"ב - L'Unicité / Toute-puissance)

  • Le Concept : E'had (Un) implique L'annulation de toute autre force.
    • א (Aleph) - Valeur numérique 1 : D-ieu est Un.
    • ח (H'et) - Valeur numérique 8 : Il règne sur les 7 cieux et la terre (7+1=8). 
    • ד (Dalèt) - Valeur numérique 4 : Il est Maître des 4 points cardinaux.

  • Lien avec les Plaies : "Nul n'est semblable à Moi" (Grêle/Sauterelles/Obscurité/Premiers-nés). Le Ram'hal explique que la perfection finale est de réaliser qu'aucune force ne peut s'opposer à Lui et n'a de pouvoir réel face à Son Unicité. Comme il est dit :

« ...afin que tu saches que nul n'est semblable à Moi sur toute la terre. » (Exode 9, 14)
בַּעֲב֣וּר תֵּדַ֔ע כִּ֛י אֵ֥ין כָּמֹ֖נִי בְּכָל־הָאָֽרֶץ

Par ailleurs, nos Sages insistent sur l'obligation d'allonger le mot E'had (Un) (Talmud Babli, Berakhot 13b)

« Soumkhos dit : Quiconque prolonge [la prononciation du mot] "Un" (E'had), on prolonge ses jours et ses années... à condition qu'il proclame Sa royauté sur les cieux, sur la terre et sur les quatre points cardinaux. »
 סומכוס אומר: כל המאריך באחד מאריכין לו ימיו ושנותיו... ובלבד שימליך אותו בשמים ובארץ ובארבע רוחות העולם

En prolongeant le "É'had" (Un), nous témoignons que toutes les forces éparpillées aux quatre coins du monde ne sont que des instruments de Sa volonté unique.

La vision du Sfat Émèt 

C'est le Sfat Émèt (Rabbi Yéhouda Aryéh Leib Alter de Gour) qui articule le plus clairement cette idée dans ses discours sur Péssa'h et le Chéma'.

Il explique que la Sortie d'Égypte n'est pas un événement passé, c'est l'ouverture d'un canal spirituel. Chaque fois qu'un Juif dit "E'had" (Un) en y incluant tout la création (les 7 cieux, la terre et les 4 vents), il reproduit l'acte de la Sortie d'Égypte : il sort de la "limite" pour entrer dans l'Unicité infinie.

Il s'appuie sur le sens étymologique de l'Égypte en hébreu. En effet, Mitsrayim vient de Métsarim, qui signifie les "limites".

 « Par l'allongement du E'had, l'homme retire le voile de la nature qui cachait D-ieu en Égypte, et réactive la délivrance originelle. »

Il ressort que la Sortie d'Égypte n'est pas un événement révolu, mais un processus spirituel continu. dont le but ultime est la révélation de l'Unicité totale (Yi'houd HaChèm). Chaque matin, en récitant le Chéma Israël, nous ne faisons pas simplement une déclaration de foi. Nous réactivons la victoire spirituelle de la Sortie d'Égypte.