La survie du peuple juif est gravée dans son ADN

Au delà des épreuves

Ce dossier s'articule et s'inspire de l'œuvre magistrale Nétsa'h Israël du Maharal de Prague. Elle met en relief la dynamique singulière de la haine des nations envers le peuple juif, une hostilité qui, loin de briser l'identité d'Israël, agit comme le révélateur d'une force transcendante. À travers les enseignements du Maharal, nous explorons comment le peuple juif s'en remet à sa source divine pour s'accommoder des épreuves de l'histoire et les transformer en une résilience éternelle.

Pour comprendre ce qui vibre en nous, il faut poser l'oreille sur le sol de notre histoire et écouter. Notre mémoire s'identifie à l'Exil, la Galoute. C'est la blessure fondatrice qui a sculpté notre âme. Comment avons-nous survécu ? Les empires sont devenus des légendes, et nous sommes encore là.

La réponse à cela, nos Sages l'ont gravée dans nos cœurs. Quand les murs de pierre de Jérusalem sont tombés, nous avons bâti des murs de parchemin et d'encre. La Torah est devenue notre seule terre. En son sein, nous n'étions jamais vraiment exilés.
Comme l'enseignait nos sages, l'homme juif trouve sa réalité et sa liberté dans le cadre de la loi divine. C'est là qu'il a bâti sa demeure pendant deux mille ans et son espoir n'était pas un rêve vague.

C'était une certitude, celle de Rabbi 'Akiva riant devant les ruines, certain que la prophétie de la reconstruction s'accomplirait (
Makkot 24b).
Le Talmud raconte que Rabbi 'Akiva se trouvait avec d'autres sages (Rabbane Gamliel, Rabbi El'azar ben 'Azaria et Rabbi Yéhochoua') sur le Mont Scopus, surplombant les ruines du Temple détruit. En voyant un renard sortir du lieu où se trouvait autrefois le Saint des Saints (la zone la plus sacrée du Sanctuaire), les compagnons de Rabbi 'Akiva éclatèrent en sanglots. Rabbi 'Akiva, lui, se mit à rire.

À leurs interrogations sidérées, il expliqua sa démarche par un raisonnement de corrélation prophétique.

Il basera sa thèse sur la preuve par l'absurde. Il existait deux prophéties, celle du prophète Ouria, qui prédisait la destruction totale :Sion sera labourée comme un champ. L'autre, celle de Zacharie, qui prédisait le futur retour des vieillards sur les places de Jérusalem.

Rabbi Akiva affirma que tant que la prophétie de la destruction ne s'était pas réalisée dans toute sa rigueur (voir un renard dans le Saint des Saints étant le comble de la désolation), il pouvait craindre que la promesse de reconstruction ne s'accomplisse pas non plus.

En voyant le Malheur s'accomplir précisément, il acquit la certitude absolue que le Bonheur promis par D-ieu s'accomplirait avec la même précision.
Ses compagnons lui répondirent alors par cette phrase
célèbre :

'Akiva, tu nous as consolés ! 'Akiva, tu nous as consolés !

Cette force de vision, qui permet de discerner l'aube à travers les ténèbres de la ruine, a traversé les siècles pour s'incarner à nouveau lorsqu'au milieu des cendres de l'Europe.

La renaissance du peuple et sa terre

Le retour en 1948 du peuple juif sur sa terre ancestrale n'était pas un simple événement politique. C'était un coup frappé à la porte de l'histoire par le Divin lui-même, nous demandant de nous réveiller, de prendre nos responsabilités. Pour le Rav Kook, c'était plus encore, c'était le commencement fragile et sacré de notre délivrance.

Chaque parcelle de terre cultivée, chaque soldat défendant nos frontières, devenait un acte saint, une participation à l'œuvre divine. Nous avons répondu à l'appel. Et nous nous sommes heurtés à une haine que nous connaissions trop bien.  

Ce n'est pas un conflit pour un territoire. C'est, comme nous l'a enseigné le Rav Moché Shapira, une guerre métaphysique. Une guerre du Emète (de Vérité) contre le Shékèr (le Mensonge). Car Israël, disait-il, est le cœur du monde et quand le cœur est attaqué, c'est l'humanité entière qui est menacée par une idéologie qui cherche à nier la présence de D-ieu dans le monde en effaçant Son peuple.

Quand nous entendons "Du fleuve à la mer", nous n'entendons pas un slogan politique. Nous entendons la proclamation de ce mensonge, le projet d'arracher le cœur du monde.

La Haine métaphysique des nations du monde

Et au fond de cette haine, il y a un tourment, une frustration qui les dévore. Celui du fantasme de notre destruction, qui se heurte à notre existence obstinée. Ils sentent, sans le comprendre, que notre part d'éternité, cette permanence leur est insupportable à vivre. C'est là que se situe notre épreuve, notre point de libre arbitre, comme l'expliquait le Rav Dessler.

Le monde est un champ de bataille entre deux forces : la volonté de donner (Nétina) et la volonté de prendre (Kabala). Nos ennemis incarnent la volonté de prendre jusqu'à son paroxysme. Notre défi, notre mission, même au cœur de la guerre, est de rester un peuple tourné vers la volonté de donner, un peuple qui donne  la vie, le sens, l'étude.

Espoir et mission du peuple juif

Alors, nous nous tournons vers la sagesse de Hillel, qui résonne avec une urgence nouvelle :

Si je ne le fais pas pour moi, qui le fera ? (Pirké Avote chapitre 1).

Nous avons appris dans notre chair que nous ne pouvons plus déléguer notre sécurité. Notre combat n'a de sens que s'il est là pour protéger un espace où la vie, la Torah, la bonté, le don peuvent s'épanouir.


Nous nous battons pour le droit de rester un peuple ou chacun se préoccupe de l'autre. Et si pas maintenant, quand ? L'heure est grave et le mensonge se répand dans un monde semble qui ivre de haine. Nous n'avons pas le luxe d'attendre, chaque jour est un combat pour le Emète (la vérité) dont parlait le Rav Shapira.

Notre détermination, celle du peuple juif depuis toujours, n'est donc pas de l'arrogance mais la synthèse de ces leçons. C'est la foi en la sainteté de cette terre, la conscience historique du Rav Soloveitchik, la lucidité spirituelle du Rav Dessler et la profondeur métaphysique du Rav Shapira. C'est le combat d'un peuple qui sait qu'il est le gardien d'une flamme qui ne doit jamais s'éteindre. Le peuple d'Israël vit et il continuera de donner sa lumière au monde.